• Une souris verte...

    Monsieur Dété picole, mais on ne le savait pas.

    Remarquez qu'on s'en est vite rendu compte en post-op. Arrêter le Ricard du jour au lendemain, c'est rarement une bonne idée.

    Disons qu'il était trémulant dès le retour dans le service. Alors on l'a hydraté, vitaminé et un peu mais pas trop Seresté, histoire qu'il ne s'encombre pas trop sur son poumon opéré de frais.
    Et pour suivre l'évolution, on a eu un bon marqueur. Monsieur Dété voyait une souris sur le mur. En fonction de l'activité de la souris, on savait s'il fallait monter le Seresta.

    — Elle est là, la souris, aujourd'hui, monsieur Dété ?
    Monsieur Dété regardait alors un point précis du plafond, un petit moment pour être sûr, et répondait invariablement :
    — Oui, elle est bien là.
    Heureusement, elle ne lui faisait pas peur.

    Un jour, il a répondu, en fixant le mur des yeux :
    — Oui, elle est toujours là... Mais c'est pas vraiment une souris, elle a des ailes qui bougent... Oui, je crois bien qu'en fait c'est un papillon.
    Ce jour là, on a commencé le Tiapridal. 

    Voilà voilà.

    Après quarante-huit heures de Tiapridal, quand je lui ai redemandé si la souris était là, il a bien regardé, et m'a dit :
    — Non... Elle est pas là aujourd'hui. En fait je l'ai pas vue depuis ce matin.
    Avec ma bonne habitude de répondre n'importe quoi du tac-au-tac, j'ai proposé :
    — Elle est peut-être partie en vacances. 
    Monsieur Dété m'a regardée comme il regardait le mur, d'un air un peu songeur, et a tranquillement répondu :
    — Eh c'est bien possible, ma foi... 

     


  • Commentaires

    1
    Mardi 2 Novembre 2010 à 13:46

    bravo pour le verbe" serester " 

    votre patient sans sa souris verte et son ricard il va vite déprimer ...

    2
    Aqualonne
    Mardi 9 Novembre 2010 à 05:38

    C'est joliment poétique cette aventure de la souris, qui part finalement en vacances quand monsieur Dété va mieux. Fais en un compte pour enfants, avec une souris et son baluchon ;)

    3
    M.
    Vendredi 2 Novembre 2012 à 18:40

    Je rejoins le com de Aqualonne. C'est tres poetique. Vous, les soignats, avez tout de meme une patience d'ange...

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :