• Une histoire d'emboles

    Madame X, la petite soixantaine en grande forme, avait passé une coloscopie, parce que son père était mort jeune d'un cancer du côlon. La colo avait retrouvé une lésion sténosante ulcérée suspecte du haut sigmoïde — biopsies positives, c'était un ADK.

    Colectomie sigmoïdienne programmée ; l'intervention s'est bien passée (laparotomie), rien ne collait dans le ventre, que du bonheur.

    En post op, madame X a eu une reprise de transit un peu difficile, nécessitant la pose d'une sonde naso-gastrique. A J3, elle allait beaucoup mieux. On (entendez mon chef et moi) a clampé la sonde et programmé, dans la matinée, un ASP et le premier lever au fauteuil si ça se passait bien.

    A dix heures et demie, madame X est revenue de l'ASP et s'est installée au fauteuil, toute guillerette.
    A onze heures et demi, madame X ne s'est pas sentie bien. Elle a sonné ; lorsque l'aide-soignante est arrivée avec l'infirmière, elles l'ont trouvée toute pâle. Madame X avait de la difficulté à s'exprimer et elle était dyspnéique. Les deux femmes en blanc l'ont recouchée en vitesse et ont appelé l'anesthésiste.
    Dix minutes après, madame X était intubée ventilée avec 60 % de saturation.

    Vingt minutes après, madame X passait un scanner. Quand je suis descendue à la radio négocier avec le radiologue, je lui ai expliqué qu'on hésitait cliniquement entre une embolie pulmonaire massive ou un AVC postérieur, massif lui aussi.

    Devinez quoi ? C'était les deux.

    Madame X a fait une embolie pulmonaire massive et bilatérale. Et comme elle ne devait pas avoir de chance dans la vie, elle avait un foramen ovale perméable. Et elle a envoyé une embole dans le tronc basilaire. D'où un AVC postérieur massif, son polygone de Willis n'étant pas de première jeunesse, avec tous les troubles végétatifs qui vont bien.

    Et le pire, c'est qu'elle était sous Lovenox à doses préventives.

    Son histoire s'est très mal finie. Ou plutôt bien, si l'on considère la qualité de vie qui l'attendait à la sortie.
    Réa, contre-indication à la fibrinolyse (chirurgie trop récente), tentative de thrombo-aspiration du caillot du tronc basilaire (il s'est aussitôt reconstitué), circulation extra-corporelle (ECMO)... Et puis un cerveau mort.

    C'était il y a quelques temps, mais j'ai toujours une petite peur au premier lever, maintenant. 

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  • Commentaires

    1
    Samedi 27 Février 2010 à 17:14
    Foramen persistant, ça doit être 15 à 25% de la population, EP en post-op' 0,1 % (pas sur, peut-être moins), tu parles d'un manque de chance !
    2
    LaurenceB
    Mercredi 16 Juin 2010 à 00:32
    Beeeuuh pas gai, ça...
    3
    Mercredi 26 Juin 2013 à 04:32

    Je decouvre ce blog peu a peu, beaucoup de choses interessantes...

    Ma grand mere a fait une embolie pulmonaire apres une operation, j etais a l etranger quand cela c est passe, on a bien flippe. Maintenant elle va mieux, mais pour la refaire operer maintenant, c est whalou! Et pourtant elle etait infirmiere...

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