• Transplantation rénale appariée

    Via cnn.com

    Un nouveau système de dons d'organes aux États-Unis.
    Tout le monde sait comment fonctionnent les transplantations d'organe. Les patients en attente sont inscrits sur une liste, tandis que l'on cherche des donneurs HLA-compatibles sur une liste correspondante.

    Dans le cas des reins, le donneur peut être une personne vivante (puisqu'un seul rein suffit à assurer les diverses fonctions). Un rein unique impose toutefois des précautions particulières.

    Quoi qu'il en soit, en France, le Code de Santé Publique interdit qu'un donneur connaisse l'identité du receveur, ou que le receveur sache qui est son donneur. En France, le don est anonyme et gratuit ; il s'agit d'un acte purement altruiste ne devant être influencé par aucune contrainte financière ou émotionnelle.
    Aux États-Unis, toutefois, l'anonymat du don n'est pas un principe. Le Washington Hospital Center a ainsi mis en place un système de « greffes appariées ».

    Le principe est assez simple : vous êtes en attente de greffe rénale, parfois depuis longtemps. Si l'un de vos proches accepte de donner un rein (non pas à vous, en raison d'une incompatibilité immunologique), vous entrerez dans un programme spécial. On vous cherchera un donneur compatible parmi les donneurs volontaires des autres receveurs, ce qui vous fera théoriquement gagner quelques années par rapport aux listes standards. Vous recevrez le rein du proche de l'autre insuffisant rénal, et votre proche lui donnera son rein.

    L'article de CNN fait une véritable éloge de ce système nouveau, sans aborder toutefois les limites.
    Limites techniques, tout d'abord : le pool de donneurs « appariés » étant plus réduit que le pool national, comment l'attente peut-elle être écourtée de manière aussi drastique ?
    Et limites éthiques, ensuite. Le don d'organe est un sujet qui touche chacun de nous de la manière la plus intime qui soit. Quand il s'agit d'un donneur vivant, la thématique est peut-être encore plus importante, car un tel don a des conséquences. Il y a tout d'abord le prélèvement, la néphrectomie, une intervention chirurgicale qui n'est pas anodine, avec son lot statistique de complications en per et post opératoire. Puis les conséquences de la perte d'un rein ; vivre avec un rein unique est possible et se fait bien, mais une simple pyélonéphrite peut prendre des dimensions assez catastrophiques — bref, s'amputer d'un rein est une décision lourde de conséquences qui ne doit pas se prendre à la légère.
    Lorsque la compatibilité existe entre le proche et le receveur, la question est différente. Ici, on parle d'un proche qui va subir une intervention non anodine, alors qu'elle n'est pas impérative. L'être humain étant ce qu'il est, ne peut-on imaginer des chantages affectifs et autres manipulations afin de forcer la main au proche, de la part du receveur ? L'acte de générosité absolue qu'est le don d'organe ne risque-t-il pas de se trouver ainsi la proie d'émotions fluctuantes et de décisions forcées, à une échelle plus importante que lors du « simple » don d'un proche compatible ?
    En outre, si l'on en juge d'après l'article de CNN, les deux couples de donneurs et de receveurs se connaissent. C'est une approche très américaine à mon goût, qui joue sur le pathos et les bons sentiments.

    Un peu de googlage permet toutefois de s'affranchir en partie du biais journalistique de CNN. Le NEJM a publié en 2009 un article qui réexplique le principe de ces transplantations appariées, ainsi qu'un autre concept, celui du « donneur altruiste ». Quelqu'un décide de donner l'un de ses reins et déclenche ainsi une chaîne de transplantations.
    La technique est également mieux exposée. Donneurs et receveurs sont appariés au niveau national, plutôt que dans un pool restreint de volontaires, au contraire de ce qui ressortait de l'article de CNN. 
    La discussion est la partie la plus intéressante de l'article ; les auteurs y exposent comment, à leur sens, la présence d'un donneur altruiste en début de chaîne permet d'éviter certains conflits et désistements inhérents au don apparié strict.

    Toutefois, le site de l'organisation ne répond pas clairement à la question de l'anonymat. Si quelqu'un a trouvé plus d'informations quelque part à ce sujet...

    Ces chaînes de don débutées par un « donneur altruiste » paraissent une solution efficace au manque de greffons, et les chiffres sont assez éloquents. Mais je reste toutefois dubitative quant aux aspects éthiques, anonymat et liberté du consentement en tête de liste. 

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