• Surveillance

    Monsieur Trucmuche a un adénocarcinome au poumon gauche. Bon, à part ça, il picole un certain nombre de litres de bières chaque jour ( « jamais du vin, c'est de l'alcool ! » ) et fume un nombre, également certain, de cigarettes. Quand on le regarde, on se croirait à la sortie d'un pub anglais : monsieur Trucmuche n'est pas bien grand, assez gros, a le cheveu blond, court et rare, et l'œil morne.

    Alors, monsieur Trucmuche, vu la taille de sa tumeur, il lui faudrait une petite chimio ou deux avant de penser à l'opérer. Mais monsieur Trucmuche ne veut pas de la chimio. Par contre, il veut vraiment qu'on l'opère. Et opéré il fut, malgré des marges de résection tellement pourries que même sans extemporané on savait que c'était envahi, mais genre la tumeur coupée au milieu, et pas trois cellules qui se battent en duel au-dessus d'une bronche.

    Le post-op fut difficile, à cause de la prévention du DT, de la gestion du sevrage tabagique, du drain qui lui faisait mal, et j'en passe. 

    Mais monsieur Trucmuche voulait vraiment rentrer chez lui le dimanche matin, parce que l'après-midi avait lieu une petite cérémonie du souvenir pour l'un de ses copains mort l'année d'avant d'une cirrhose. Comme il n'allait pas si mal, il a eu le feu vert, malgré un petit 38° le matin.

    Sortie autorisée, donc, mais avec consignes de surveillance de sa température. Et, juste avant qu'il parte, l'infirmière lui a repris la température — 37°7, la vie est belle. Puis l'infirmière s'est tournée pour s'occuper du voisin de chambre, et je suis rentrée porter ses ordonnances à monsieur Trucmuche.

    Après moult explications quant au bon usage du Doliprane, monsieur Trucmuche a pointé le thermomètre auriculaire du doigt et m'a demandé, avec son bel accent empâté d'éthylique rural :
    — C'est quoi ça ?
    — Ben, un thermomètre.
    — Ha d'accord. 

    Une fois les papiers remis, je suis partie, l'infirmière m'a accompagnée, et bon vent, le VSL attendais déjà.

    Vingt minutes après, l'infirmière cherchait son thermomètre pour faire son tour.

    Il n'était nulle part dans le service ; monsieur Trucmuche l'avait emporté.

    On lui a passé un coup de fil pour lui demander de le rapporter quand il reviendrait en consultation post-op. Il a dit oui oui, et quand la consultation est venue, peanuts. Et à part ça, il n'a pas voulu de chimio ni de radiothérapie, ce qui rendait l'intervention totalement inutile.

    Au moins, il aura surveillé sa température.


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  • Commentaires

    1
    Samedi 21 Août 2010 à 21:23

    Qu'on lui facture le thermomètre !

    2
    Eule
    Dimanche 22 Août 2010 à 14:06

    J'aime bien votre style, elle a du mordant. Vous devez bien en voir tous les jours, mais bon c'est aussi ca la vie (qui la rend un peu espicé).

    Bon dimanche

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