• Scoop

    La question rituelle du lundi matin, à ceux qui ont fait l'astreinte du week-end, est :
    — Alors, vous avez beaucoup bossé, ce week-end ? 
    Des fois tu n'as pas le temps de la poser tellement Chef-Chéri a hâte de raconter à tout le monde le combo clamshell + laparotomie du dimanche matin.
    Des fois le Co te répond, blasé, qu'il a passé deux nuits aux Urgences à drainer des plèvres et donner des avis. Ou, plus fréquemment, que les infirmiers de nuit l'ont harcelé au téléphone toutes les heures.

    Rarement, l'astreinte, l'œil vif et le poil brillant, répondra :
    — Ah, on n'a pas trop bossé, par contre j'ai un scoop !
    — Dis, dis !
    — Le jeune du pneumothorax que t'as drainé l'autre jour aux Urgences ! [NdA : dénomination non spécifique, en général on en a toujours deux ou trois dans le service mais on les reconnaît, comme une chatte ses chatons, à leur cri d'oisillon esseulé et à l'état de bullage de leur drain.] 
    — Alors !
    — Il a plaqué sa copine !
    — Nooooon !!!

    Il faut en effet savoir une chose. On a l'habitude des familles difficiles à gérer (un jour, je fera une méga-étude sur les relations pathologiques patients/parents chez les pneumothorax récidivants, un jour), des familles chiantes qui posent quinze mille questions, des familles qui quittent la chambre en claquant la porte parce qu'elles se sont engueulées avec le patient, des familles pot-de-colle qui ne laissent pas respirer les patients, et même ponctuellement des réglements de vendettas familiales dans la chambre, mais on n'a pas, du tout, l'habitude des ruptures amoureuses initiées par le patient.

    En fait, monsieur P (comme Plaquage), se remettait mal d'une rupture d'il y a deux mois. Pendant la pose du drain, il avait d'ailleurs bien râlé là-dessus ; plus que la copine, c'était l'appartement de la copine qui lui manquait. Parce que retourner vivre chez ses parents à vingt-et-un ans, c'est la loose.
    En entendant ça, j'ai failli lui expliquer que moi, j'étais restée jusqu'à l'âge mûr de vingt-quatre ans (et l'internat et son autonomie financière), puis je me suis retenue, ça aurait pu être mal perçu.
    Mais dans la chambre se trouvait une nouvelle copine, parce qu'une de perdue, dix de retrouvées, alors j'avais classé l'affaire.

    Sauf que dans le week-end monsieur P a eu mal, pis il ne dormait pas non plus à cause du drain, bref il s'est énervé et il a lourdé sa nouvelle copine depuis son lit d'hôpital. D'habitude, c'est plutôt le valide qui plaque le malade, enfin bon.

    L'ex-nouvelle copine est partie en pleurant.
    Monsieur P s'est retrouvé seul avec sa mère, son drain et son voisin de chambre. 
    Et Co a eu une histoire de chasse de plus à raconter. 


  • Commentaires

    1
    Vendredi 30 Mars 2012 à 14:13
    nfkb

    ouha, le clamshell ça déchire ;) 

    vivant le patient ?

    2
    Dimanche 1er Avril 2012 à 13:41

    Clamshell ET laparotomie dans le box de réa.

    Une rate en moins plus tard, vivant et en forme.

    3
    **Mimi** Profil de **Mimi**
    Dimanche 1er Avril 2012 à 19:35

    Même pas un p'tit sepsis pour faire genre ??? 
    Ouah...  

    (c'est moins impressionnant mais j'ai récemment eu droit à une évacuation d'hématome cervical suffocant, même pas le temps de trouver des gants stériles ni de mettre de béta... juste un poil de bétadine après... eh ben le pontage de carot s'est même pas infecté. Yes ! Et pi la laparo pour clampage hypogastrique au beau milieu des urgences, ça a fini avec un octogénaire reparti sur ses 2 pieds et lui aussi en pleine forme. Les bonnes étoiles et les anges gardiens, on va finir par croire que ça existe. En revanche, les ECMO sous Lucas, j'en ai pas encore sorti une vivante, faudrait leur inventer une divinité dédiée, y'a du boulot...)

    4
    Lundi 2 Avril 2012 à 15:27
    Lafillementalo

    Un jour, de mon lit d'hôpital où je venais d'être opérée moins de 24 heures auparavant d'une appendicite, et à côté duquel trônait le landau de mon bébé de trois semaines, j'ai dit au mec qui a déboulé de nulle part dans la chambre: "je sors dans 5 jours, soit exactement le temps que je te laisse pour faire tes valises, et contacter un avocat, nous divorçons".


    Il ne m'a pas crue.


    Il a eu tort.

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