• Robert Monod : du trocart à la libération de Paris

    Robert MonodUn des instruments souvent utilisés en chirurgie thoracique est le trocart de Monod, utilisé pour la mise en place de drains pleuraux. Une fois le trajet du drain préparé et l'espace pleural franchi, on insère le trocart avec son mandrin, dont le retrait permet le passage du drain souple sans léser (en théorie) le poumon ni le diaphragme.

    Le trocart tient son nom de Robert Monod, né le 17 décembre 1884 à Pau dans une famille de sept enfants. La famille Monod a amplement fourni la médecine en esprits novateurs, qu'il s'agisse du cousin Henri (santé publique), du cousin Octave (débuts de la curiethérapie) ou du cousin Jacques (prix Nobel). Un autre cousin, Olivier, devint lui aussi chirurgien thoracique et travailla tant sur l'aspergillose que sur les lésions tuberculeuses. Il fut d'ailleurs parmi les fondateurs du Centre Chirurgical Marie-Lannelongue, où j'ai la chance de réaliser mon interCHU.

     

    Robert épousa Gabrielle Hervé (elle aussi médecin) en 1912, trois mois avant la naissance de leur fille ainée Geneviève.

    Son ouvrage sur l'anesthésie en pratique chirurgicale illustre la frontière encore floue entre les deux disciplines. Étant encore interne, il participa au développement de la transfusion sanguine peropératoire — son mémoire de médaille d'or en 1913 était consacré au sujet. Plus tard, il participa au développement de l'anesthésie par gaz inhalés en modifiant l'appareil d'Ombredanne, et fut l'un des premiers chirurgiens français à utiliser l'anesthésie intraveineuse. Robert Monod fonda en 1934 la Société d'études sur l'Anesthésie et l'Analgésie, et fut d'ailleurs rédacteur en chef des Annales Françaises d'Anesthésie-Réanimation entre 1935 et 1951.

    Il publia un traité sur les abcès du poumon, en 1932, mais c'est en 1934 qu'il entra dans l'histoire de la chirurgie thoracique, en réalisant les premières exérèses pulmonaires majeures. Les indications, à l'époque, étaient essentiellement infectieuses et portaient sur des lobes détruits par des abcès à pyogènes ou la tuberculose (ce dernier lien est un historique remarquable des techniques chirurgicales de traitement de la tuberculose pulmonaire).

    Robert Monod : du trocart à la libération de Paris

    Source : Gallica. La lobectomie inférieure droite est en général la première sur laquelle les internes opèrent sous contrôle d'un senior, encore aujourd'hui.

    Poursuivant ses travaux sur les exérèses majeures, il développa, dans sa carrière à l'hôpital Laënnec, les lobectomies (1938) et pneumonectomies pour cancer (1939), avec initialement des succès mitigés. Il eut toutefois l'immense mérite de dire que c'est une connerie de ligaturer le hile pulmonaire en masse, et que si on veut donner une chance au malade c'est mieux de lier séparément l'artère, les veines et la bronche.

    Son fils, Claude Monod, lui aussi chirurgien, fut à la tête du maquis de Bourgogne-Franche Comté en 1944, où il mena de nombreuses opérations de sabotage. Entré en résistance alors qu'il était interne à l'hôpital Saint-Louis, il mourut en 1945, à l'âge de 28 ans, dans les premiers jours de la bataille d'Allemagne, laissant une veuve et trois enfants.

    Après guerre, Robert publia un ouvrage sur la libération de Paris — son fils, son frère (médecin à Arcachon) et deux de ses cousins ayant été résistants. Sa fille Geneviève fut même décorée de la médaille de la Résistance pour son implication dans la presse clandestine. Cet esprit militaire familial, Robert Monod l'avait expérimenté lui aussi en opérant au front pendant les deux guerres mondiales (ce qui lui valut la légion d'Honneur) et en rejoignant lui-même les réseaux de résistance sous le nom de Profumo, personnage de Shakespeare. Il opèrera et cachera ainsi des résistants dans son service de Laënnec.

    Par la suite nommé professeur, Robert occupa la chaire de clinique de chirurgie pleuro-pulmonaire à partir de 1950. Il siégea plus tard à l'Académie de Chirurgie, dont il fut président en 1953 et fut également président de la Société de Chirurgie Thoracique, ancêtre de notre SFCTCV, en 1949.

    Robert Monod mourut à Paris le 26 mars 1970. Vous pouvez lire ici sa nécrologie dans le Bulletin de l'Académie de Médecine.

     

    Trocart de Monod


  • Commentaires

    1
    Jeudi 18 Juin 2015 à 19:58
    nfkb

    eh ben, on se sent tout petit petit petit après cette lecture !

    Tu peux m'expliquer pourquoi c'est mieux les ligatures séparées ? Merci

    2
    Vendredi 19 Juin 2015 à 10:16

    Ça évite le frottement de la paroi fine de l'artère contre la bronche et donc la fistule bronchoartérielle/érosion du moignon artériel. C'est vraiment notre hantise à chaque fois que les deux se retrouvent au contact ou pas loin avec des sutures dessus, comme dans les résections-anastomoses bronchiques et/ou artérielles par exemple. Actuellement on pousse le vice jusqu'à mettre des lambeaux (intercostaux ou péricardiques) pour séparer les deux et diminuer au maximum le risque d'érosion de l'artère. Du coup, lier le hile en masse, ça fait vraiment frémir. On ne sait pas de quoi le 1er patient est mort à J14, mais ce serait bien dans les délais pour un problème à ce niveau.

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    3
    Jeudi 21 Avril 2016 à 21:37

    Emlire cette biographie de l'un des maitres de mon père Etienne Polacco, qui appartint à son service. (1902/1990) ex Pitié Salpêtrière, ex Laennec et ex Clinique d'Alleray.

    4
    Jeudi 21 Avril 2016 à 21:37

    émouvant de lire

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