• Marque-page personnalisé aux motifs végétaux inspirés du manuscrit des Grandes Chroniques de France (fin du XIVe siècle, BNF, Département des Manuscrits, cote Français 2813). L'écu est complété sur commande par le blason de votre choix. En raison de la dimension réduite, certains détails peuvent être simplifiés. ATTENTION, si vous ne m'envoyez pas de message pour m'indiquer votre choix de blason, je vous enverrai la carte vide.

    Impression encre laser quadrichromie, réhaussée d'or (encre Sennelier Or n°03) et d'encres Sennelier de couleur.

    Dimensions : 3,75*12,5 cm.

    Marque-page "blason" 

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    Destination

     


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  • Maque-page inspiré des guirlandes enluminées des manuscrits médiévaux. Des volutes de trèfles en fleur pour accompagner vos lectures !

    Impression laser quadrichromie sur bristol, rehaussée d'or (encre Sennelier Or n°3).
    Dimensions : 3,75*12,5 cm

    Marque-page "trèfles"

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Marque-page "trèfles"

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Destination

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  • "Bonjour, on ne se connaît pas encore... Qu'est-ce qui vous amène ?"

    "Est-ce que vous avez déjà eu des soucis de santé ? Des opérations ?"

    "Vous prenez des médicaments, tous les jours ?"

    "On l'a découvert comment, le nodule au poumon ?"

    Mes consultations sont très stéréotypées. J'utilise sans cesse les mêmes phrases, le même script. D'une part, cela me permet de ne rien oublier. Lorsque j'ai commencé à consulter seule, "pour de vrai", des patients au début de leur parcours, je partais dans tous les sens. Au final je posais toutes les questions, et je les examinais, mais dans le désordre, de manière assez brouillonne. Et, surtout, cette standardisation me permet de caler un rythme à la consultation. 

    C'est facile, je trouve, de se laisser emporter par les patients et leur anxiété. Certains veulent savoir, là, tout de suite, qu'est-ce qu'ils ont, est-ce qu'il faut opérer. Je comprends l'importance de ces questions, mais parfois il faut se bagarrer pour leur faire comprendre que je ne suis pas magicienne, et que j'ai besoin de beaucoup d'éléments pour arriver à une conclusion potable.

    "Est-ce que vous pouvez vous mettre torse nu pour que je vous examine, s'il vous plaît ?" - "Mais docteur, qu'est-ce que j'ai ? Pourquoi vous ne voulez pas me dire ce que j'ai ?"

    C'est surtout le cas des patients pour qui on n'a pas encore d'histologie, de vrai diagnostic, sûr et certain. Parfois, je recadre un peu sèchement.

    "Madame, je ne peux pas vous le dire parce que je ne le sais pas encore, et je ne pose pas de diagnostic sur un scanner seul, alors permettez que je prenne le temps de vous écouter et de vous ausculter !" - "Mais alors à quoi ça sert tous les scanners que j'ai passé ?"

    Au final, la plupart des patients se calent sur mon rythme. Je prends le temps, grâce au luxe de plages de consultation de 45 minutes. Le temps de réfléchir, de regarder, d'expliquer aussi, le pourquoi des examens, l'incertitude, le cas le plus défavorable. Et aussi le déroulement pratique de l'intervention, ses suites, ses risques. Ma spécialité a la particularité que, souvent, c'est l'analyse extemporanée qui conditionne le geste opératoire, et qui fait passer de "on enlève un petit bout de poumon et vous sortez à J2" à "bon, alors c'est une grosse opération tout de même."

    "Si c'est pas du cancer, on arrête l'opération, il n'y a besoin de rien de plus. Si c'est un cancer, par contre, il faut faire la lobectomie, enlever la moitié du poumon."

    Certains patients ont du mal à suivre le rythme. Certains viennent à la chirurgie à reculons, et ça se voit. Ils ne veulent pas se faire opérer, ils traînent, alors ils s'éparpillent entre les questions, râlent. Souvent, leurs examens sont un peu anciens : ils n'ont pas pris rendez-vous tout de suite, et on peut voir des nodules et des masses vues pour la première fois sur la radio trois mois auparavant, avec un patient qui exige d'attendre encore six semaines avant le traitement. Ils ne voient pas la nécessité d'opérer, et d'opérer vite : ils disent s'en ficher si c'est un cancer, et on voit parfois que dans leur tête les cancers du poumon sont un arrêt de mort, alors à quoi bon ? Le risque que ça grossisse, que des métastases apparaissent ? Ils s'en fichent, et ils ne me croient pas quand je leur dit le taux de guérison vraie après chirurgie pour les petites tumeurs comme ils ont. Et puis ils ne se sentent pas malades, hein, alors pourquoi s'exciter si tout va bien ?
    Ma mère fut une de ces patientes, et c'est sans doute pour ça que j'ai du mal avec ces patients. Si je n'avais pas pris moi-même ses rendez-vous, auprès des copains, qui l'ont prise vite, très vite... Je serai toujours reconnaissante au radiologue qui l'a rajoutée le lendemain de mon appel en larmes, et qui lui a fait l'échographie, puis le scanner corps entier, dans l'après-midi, a appelé lui-même les spécialistes d'organe pour une première annonce, et programmé l'IRM pour la semaine suivante. De même envers la gynécologue, qui l'a programmée vite, très vite, pour la biopsie, puis la chirurgie - trois semaines après l'échographie, elle était opérée. Si je n'avais pas pris les rendez-vous, poussé pour qu'elle se rende aux examens et aux consultations, elle aurait attendu "le printemps", disait-elle, "y'a rien qui presse..."
    Bref, je suis peut-être inutilement cassante avec ces patients, et je veux qu'ils voient en face le risque de maladie grave, et la meilleure chance qu'ils ont s'ils ont opérés tôt. Mais parfois ils ne le voient pas, et il faut se résigner à programmer une date opératoire dans deux mois (et refaire tout le bilan d'extension avant la chirurgie pour s'assurer de l'absence de progression), parce qu'il vaut mieux une chirurgie plus tard que pas de chirurgie du tout, tant que ça reste localisé.

    D'autres, au contraire, veulent aller trop vite, trop droit au but. Ce n'est pas normal de boucler une consultation de première fois en vingt minutes, alors quand ça m'arrive je force à ralentir le rythme, reparler des modalités de l'intervention, et puis des risques. La grande majorité des chirurgies se passe bien, avec des suites simples, mais je ne veux pas de surprise, j'explique et réexplique les complications les plus fréquentes, et les difficultés prévisibles. Je préfère que les patients aient une bonne surprise en sortant à J3 ou J4, plutôt qu'une mauvaise à garder le drain dix jours et râler en se demandant ce qui est arrivé. Un collègue plus âgé, et que j'estime beaucoup, trouve que j'insiste trop sur les complications, et je pense que c'est une question générationnelle, les opinions sur la question, dans le service, étant divisées en deux groupes, avec un cut off à environ 50 ans. Ou alors, avec l'expérience, on en parle moins. Je ne sais pas.

    "Si tout se passe bien, vous rentrerez chez vous le lendemain du retrait du drain."

    Parfois j'ai encore du mal à finir la consultation, à signifier que c'est bon, là, il faut y aller, monsieur. Avez-vous encore des questions ? Des points à éclaircir ? Certains ne saisissent pas le message sous-entendu et restent encore un peu sur la chaise, le regard dans le vague, à repasser dans leur tête le trop plein d'informations qu'ils viennent de recevoir, à essayer de faire le tri, d'assimiler. D'autres - mais très peu - sont pressés de partir, à bientôt docteur, et ce n'est que dans la porte que je peux placer qu'ils recevront les convocations, pour l'anesthésiste, pour l'heure à laquelle venir la veille, et tenez, n'oubliez pas le courrier pour le cardiologue ! La plupart trient rapidement les courriers, les ordonnances, que je leur ai remises : lettre au cardiologue traitant, Doppler des TSA en ville, parfois lettre à un ORL, aussi. L'été, ça va plus vite, mais l'hiver, il faut se rhabiller, remettre toutes ses couches protectrices, et passer de la discussion technique à la causette sur le temps et la neige, pour occuper l'espace et ne pas laisser de silence et repenser à la maladie soupçonnée.

    Puis c'est l'ultime poignée de mains, et lorsque je dis "à bientôt", certains le reçoivent brutalement, comme l'entrée dans la réalité de la maladie. Mais je préfère ne pas avoir à leur dire "au revoir, et bon courage pour la suite", comme cela m'arrive pour ceux adressés par erreur et qui ont, au TEP, de multiples images de métastases. Pour eux, pas de chirurgie curative, malheureusement.

    Ensuite je referme la porte et je souffle. Souvent, je remplis des demandes d'examens radiologiques, je gribouille sur mon brouillon, et toujours, je finis avec le dictaphone :

    "Compte-rendu de consultation pour monsieur Dupont-Durand. Motif de consultation : nodule lobaire supérieur droit sans histologie. Antécédents..."


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  • Par hasard, je me suis trouvée à aller saluer madame X en même temps que l'anesthésiste, la veille de son intervention. Madame X est d'un naturel méfiant envers le corps médical, mais jusque là nous avons eu une relation correcte (et, si tout va bien, je n'aurai pas de raison de la revoir après la consultation post-opératoire habituelle). En discutant tous les trois, elle m'a demandé si elle devait prendre telle molécule de son traitement habituel le matin de l'intervention. Je me suis logiquement tournée vers l'anesthésiste en expliquant que c'est de son domaine et que je lui fais totalement confiance, vu que je suis parfaitement incompétente pour dire s'il faut prendre ou non le Tagamet et Cie le matin du bloc. Je vous résume le drame qui a suivi en deux échanges entre eux :

    — Oui, prenez le, moi je préfère, même si on n'est pas tous d'accord sur le sujet. [Insérer une explication courte et normalement convaincante sur pourquoi lui préfère.]

    — Pourquoi vous n'êtes pas tous d'accord ? demanda la dame.

    — [Deuxième courte explication.] Et puis bon, vous savez, en médecine, y'a autant d'avis que de médecins, hein !

    — Mais, mais, ça ne me rassure pas du tout ! Comment est-ce possible ??? Je ne peux pas vous faire confiance !!!

    Je vous passe la suite de la discussion, vous pouvez l'imaginer sans peine. J'avoue m'être lâchement éclipsée avant la fin, et personne n'a remarqué mon absence.

    Oui madame X. L'anesthésiste a raison : sur certains sujets, il y a autant d'avis que de médecins. Bon, sur le papier, la majorité des questions de la vie courante est assez cadrée : les anti-aggrégants plaquettaires des coronariens, la gestion des antalgiques simples, les antibiothérapies des infections courantes, je vous en passe et des meilleures, les collègues généralistes en savent plus que moi là dessus. C'est cadré, mais le cadre évolue en permanence. Malgré l'obligation de formation continue, il est possible de passer à côté d'une mise à jour. Ou alors de la trouver pas bien convaincante en termes de preuves et de décider de ne pas l'appliquer. C'est là que joue une première partie de notre indépendance, en passant au filtre de l'esprit critique certaines recommandations (je pense notamment aux amis généralistes qui se sont abstenus de prescrire les divers anti-Alzheimer).

    Et puis, tout n'est pas applicable à tout le monde. Les jolies cases ne conviennent pas tout le monde. Sur une combinaison d'expérience passée, de connaissances théoriques et de ressenti clinique, on peut tout à fait décider que là, non, on ne fait pas comme d'habitude. Que proposer le d'habitude est une mauvaise idée. Soit en raison de contre-indication franche qui force à s'adapter, soit parce qu'on ne le sent pas. Comme dit un de mes collègues, "t'as pas forcément besoin des chiffres pour contre-indiquer un malade." Plusieurs éléments limites peuvent s'ajouter et faire réfléchir sur la balance des bénéfices et des risques d'une opération. La clinique doit primer.

    Enfin, tout n'est pas prouvé avec un niveau de preuve suffisant. Parfois... on ne sait pas ce qui est le mieux. Alors on réfléchit, on fait appel à l'expérience passée, à la connaissance de la physiopathologie, et on fait un truc.

    En bref, jouer avec le pifomètre est partie intégrante de la médecine. C'est sur la qualité du pifomètre que se jouent pour beaucoup les différences entre les bons et les mauvais médecins. C'est le pifomètre qui justifie l'homéopathie aux yeux de certains ("y'a aucune preuve mais ça fait pas de mal alors pourquoi ça ferait pas du bien"), alors que les billes de sucre sont une débilité absolue aux yeux de la science. C'est le pifomètre qui sponsorise l'alarme bidale de Jaddo. En fait c'est pas vraiment du pifomètre, c'est l'educated guess des anglophones. C'est le truc qui fait que quand on cherche à deviner mais qu'on a une expérience solide dans le thème, on devine pas souvent à côté. Par exemple, si on me demande de deviner si telle ou telle théorie de physique quantique est vraie, ha ha ha mes pauvres vous feriez aussi bien de tirer au sort et encore y'aurait plus de chances de trouver juste. Mais si on me demande de deviner si un patient particulier, après l'avoir examiné et tout, a un risque opératoire trop élevé pour l'opérer de tel truc, ben y'a 85-90% de chances pour que je le contre-indique (puisque de base se poser la question c'est déjà trouver le patient trop daubé des organes internes pour une opération). En tout cas je saurai répondre. Pas forcément avec des chiffres doctes comme dans les séries médicales, genre je remonte mes lunettes en plissant les ailes du nez avant de répondre que si on l'opère il a 64.8% de chances de faire une pneumopathie sévère, qui le tuera au dix-huitième jours et trois heures après la fin de l'intervention. Sérieux, ça me saoule encore plus que les gens qui guérissent les traumas balistiques en retirant juste la balle. La médecine n'est pas une science exacte. On vit dans un monde tellement chaotique et complexe que la météo n'est généralement pas foutue de dire à 100% s'il va pleuvoir demain. La météo. Le truc qu'on étudie avec des satellites et des gens dans l'espace et avec un recueil de données monstrueux. Comment voulez-vous qu'on prédise tout avec des chiffres et tout ? Dans ces conditions, c'est déjà assez miraculeux d'avoir pu passer en 150 ans de "tiens, tartine-toi de moutarde et de fientes d'oiseaux pour soigner tes crachats sanglants après que je t'aie fait la saignée, et puis fais caca régulièrement tant qu'à faire" à "savoir faire la différence entre la tuberculose et le cancer du poumon" puis "bon OK les gens, comment on fait une lobectomie pulmonaire pour cancer dans de bonnes conditions ?".

    Je comprends bien que tout ça n'est pas très rassurant pour les gens qui ont tendance à être des control freaks.

    Je ne sais plus où j'ai lu il y a quelques temps que le futur des intelligences artificielles, c'est savoir fournir des réponses fiables en manquant de données dans l'énoncé du problème. Genre gagner des parties de go, où il y a trop de calculs à faire pour pouvoir calculer toutes les possibilités et choisir la gagnante, alors que dans les échecs la puissance brute de l'ordinateur suffit à mettre sa race à un champion. C'est sûrement une vulgarisation honteuse du propos, que j'ai peut-être en plus compris de travers, mais ça m'a beaucoup fait penser à la médecine. On n'a pas toutes les données. Ni sur la maladie, ni sur le corps humain, ni sur l'interaction des deux, ni sur les traitements. C'est pas parce qu'on peut dire exactement de quelles manières va agir une chimiothérapie dans la cellule cancéreuse qu'on sait au micropoil de cul près ce que ça va faire sur une personne donnée, si elle va gerber plus que la moyenne et perdre ses globules blancs, ou si au contraire elle va supporter ça comme un cachet de paracétamol. On n'a pas toutes les données, et il faut prendre des décisions. Pas à la place des patients (je vous vois gueuler au fond de la salle les joueurs d'air médecine, soyez gentils et retournez marcher sur des Lego). Mais faut bien décider. Décider du diagnostic, qui n'est pas toujours évident. Décider du ou des traitements qu'on peut proposer raisonnablement.

    Et puis décider de l'information qu'on délivre. De comment on la délivre. De ne pas faire un catalogue d'effets secondaires et de complications en laissant le patient se démerder. De pondérer l'information brute, chiffrée, avec le poids du pifomètre. Et puis de prendre la décision de donner ou non le putain de Tagamet ou autre le matin de l'intervention.

    Non, madame X, tout le monde ne fait pas pareil. Parce qu'on n'a pas toutes les données, parce que l'expérience et les modes de raisonnements de chacun sont différents. Parce que chaque médecin considère comme importantes des choses un tout petit peu différentes, et que ça oriente le raisonnement. C'est pas fait pour vous rassurer. Ni pour vous inquiéter. C'est juste comme ça. C'est pas forcément facile à accepter. Mais jusqu'à l'avènement des tricordeurs de Star Trek, y'a assez peu de raisons que ça change.


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  • Ces dernières semaines, et même ces derniers mois, un air désagréable souffle sur le Twitter médical. La bourrasque a pour l'instant atteint son apogée avec la sortie de l'essai de Martin Winckler, sobrement intitulé les Brutes en Blanc, et qui veut dénoncer la maltraitance médicale. Le but de ce billet n'est nullement de nier le problème, qui est réel, et capable d'empêcher des gens d'avoir le suivi médical nécessaire. Les médecins maltraitants existent, oui, et doivent faire l'objet d'enquêtes ordinales et pénales aboutissant sur des sanctions. Il n'est nullement mon intention de défendre des praticiens qui sont la honte de la profession.

    Ceci étant dit, accepté et posé :

    J'en ai PLEIN LE CUL - et je ne suis pas la seule - de voir une petite bande de personnes non impliquées dans le soin (oui, je range Martin Winckler dans cette catégorie) affirmer que tous les médecins sont par définition maltraitants, nocifs et sadiques. 

    Une directrice d'hôpital, madame Clara de Bort, est issue d'une école de l'administration et n'a jamais vu un patient de sa vie, en tout cas pas autrement que comme un élément de gestion. Elle n'a jamais travaillé au sein d'une équipe soignante, jamais connu la réalité du soin - ce qui ne l'empêche pas de se proclamer soignante et experte sur la relation médecin-patient. On parle d'une femme qui veut faire une réunion de service avant de dire ou non à une famille que leur enfant mort a beaucoup, beaucoup souffert avant de mourir.
    Un ancien médecin, Martin Winckler, n'a plus approché un malade depuis 2008, et a nourri sa carrière d'écrivain et de chroniqueur de l'expérience d'un métier qu'il déclare lui-même n'avoir pas choisi. Et a quitté dès que ses travaux de plume lui ont offert un plan B stable. Le fait que lesdits travaux soient depuis une vaste vomissure sur la profession est sans doute une coïncidence.
    Ils ne sont pas les seuls à hanter les réseaux sociaux. Tout une escouade de chevaliers blancs du soin fait son beurre sur la maltraitance médicale, soit des déconnectés du soin, soit des soignants qui cherchent à se singulariser en léchant les bottes des "bienveillants" médiatiques. Un confrère leur a trouvé un surnom très approprié : les spécialistes de l'air médecine. Ils ont un point commun : être coupés de la réalité quotidienne du soin, et des différentes réalités professionnelles que recouvre la médecine. Ils s'impliquent et se gargarisent dans des initiatives "pédagogiques"  où des étudiants - dont la principale expérience clinique est de faire des ECG et d'essayer d'apprendre à reconnaître des crépitants pulmonaires - sont enchantés de servir de piédestal à ces egos coupés du monde.

    Ce déferlement de généralités accusatrices est issu de personnes qui n'ont pas, ou plus, l'expérience de la situation qu'elles critiquent. En tant que féministe, je ne peux que constater la ressemblance avec ces hommes qui veulent dire aux femmes comment elles doivent régler leurs problèmes. Que les médecins maltraitants existent et nuisent est une réalité, bien moins prévalente que ce que prétendent les spécialistes de l'air médecine, mais une réalité qui doit être mise au pas au sein de la profession. Les causes de la maltraitance doivent être identifiées et traitées à la racine. Mais chier sur l'ensemble d'une profession n'a jamais été un traitement valide.

    La critique est aisée, l'art est difficile. Mais la critique en question rapporte des contrats d'éditeurs, de chroniqueurs, et des interviews, et la critique abusive des médecins n'est que le dernier avatar de la démagogie ambiante.

    Ça, c'était la première partie. Le cri de ras-le-bol de voir que des gens qui ne connaissent rien au problème se permettent d'accuser et d'agresser une profession entière, et de prendre la parole à notre place sur ce qui devrait être fait. Relayer les témoignages, oui, nous dire comment soigner alors qu'ils ont une expérience nulle, périmée ou extrêmement lacunaire dans le domaine, non. Occupez-vous de vos fesses, merde.

    La deuxième partie, c'est la relation de soin considérée comme institutionnellement abusive. On parle de problèmes institutionnels pour le capitalisme, le racisme ou le sexisme, qui sont des discriminations inscrites dans le tissu de la société. Les dominés y sont enfermés dans un rapport de pouvoir inégal avec les dominants. Les dominants y utilisent leur pouvoir pour confirmer les avantages matériels et sociaux que leur confère leur position.

    Dans une relation de soin, l'inégalité est une inégalité de savoir tout comme de savoir-faire. ET C'EST NORMAL SINON LES PATIENTS NE VIENDRAIENT PAS NOUS VOIR. Notre rôle est de leur communiquer cette portion de savoir qui les concerne, et de les guider vers la meilleure décision pour leur santé. Mais on ne peut pas tout leur communiquer, parce qu'on ne peut pas faire passer l'intégralité d'années d'étude et d'expérience en 15, 30 ou 45 minutes de consultation. Il est impossible de délivrer l'ensemble de nos connaissances, et de la manière dont on les pondère dans notre prise de décision clinique. Au terme de l'entretien médical, on explique, on discute, on propose nos conclusions, ET C'EST POUR ÇA QUE LES GENS VIENNENT NOUS VOIR. Sinon ils se contenteraient de Wikipédia et de commander leurs médicaments sur internet. C'est aussi pour ça que, contrairement aux avant-dernières affirmations de Winckler à m'avoir fait grimper aux rideaux, il est impossible de soigner sa famille de manière objective. Et encore moins de se soigner soi-même. La relation de soin est basée sur cette inégalité de savoir, puisque c'est justement ce savoir que les patients viennent chercher. Si on n'en savait pas plus qu'eux, et si l'on n'avait pas la distance émotionnelle nécessaire, il ne servirait strictement à rien de venir nous consulter quand ça ne va pas. Nous sommes là pour en savoir plus. Savoir, c'est notre rôle.

    Alors du coup il faut nous faire confiance. Et je comprends que ce soit flippant. Il faut nous faire confiance pour la délivrance de l'information adaptée, et pour nos conseils de soins. Parce que j'avoue que le dernier que j'ai vu en consultation qui voulait attendre que son cancer progresse aux ganglions pour se faire opérer, je l'ai travaillé au corps pendant une heure pour qu'il change d'avis. Il s'était renseigné, avait tiré une conclusion sincèrement inadaptée, et venait me voir pour que je lui confirme qu'il avait raison. À la place, je lui ai sorti les courbes de survie de sa maladie selon le stade au traitement, et je lui ai expliqué en long en large et en travers la balance bénéfices/risques de l'intervention. Sans doute que les partisans de l'air médecine trouveront que j'aurais dû me laver les mains de sa décision de ne pas se faire opérer. Ben bizarrement j'ai essayé de lui expliquer pourquoi il valait mieux passer sur le billard maintenant que de finir en chimio. Et puis il a changé d'avis et pris une décision éclairée. S'il avait persisté dans son refus... on n'opère pas les gens contre leur gré, hein. Je lui aurais souhaité bon vent, bon suivi, et revenez me voir quand vous voulez, mais je ne pouvais pas ne pas essayer de le faire changer d'avis. On n'est pas non plus des ouvriers spécialisés chargés d'exécuter ou non un traitement X à la chaîne selon le bon vouloir du patient. Si replacer le patient en position d'interlocuteur et d'acteur de sa prise en charge est le b a ba de l'éthique médicale moderne, ça ne veut pas dire non plus que ça doit être la fête du slip et que les médecins doivent se laver les mains de ce que choisit le patient après lui avoir récité quelques pages de cours. Le soin est un dialogue nécessaire. Si le monologue médical est toxique, oui, le monologue du patient est une absurdité. Respecter la décision des patients est nécessaire, mais leur laisser prendre des décisions inadaptées sans essayer de les faire changer d'avis est criminel. Bizarrement (ou pas), pour l'instant aucun patient que j'ai détourné d'une telle décision ne m'en a voulu. Parce que la médecine est un dialogue, pas une décharge d'informations brutes et de démerde-toi avec ce que je t'a dit après tout c'est ton choix je m'en fous. Reconnaître le rôle central du patient dans sa prise en charge, ce n'est pas non plus le laisser réclamer des conneries sans protester. La relation de soin est une relation de confiance à double courant : confiance du patient dans nos connaissances, nos aptitudes, et notre confiance dans la capacité d'écoute des patients.

    Alors oui, je suis sans doute une brute, comme beaucoup d'autres : je suppose qu'il est possible de parler avec mes patients et de les aider de mes connaissances. Je suppose qu'ils me font confiance et m'écouteront si je leur explique pourquoi, scientifiquement, telle ou telle attitude est recommandée ou au contraire néfaste. Je leur accorde également le crédit de l'intelligence et de la compréhension. Qu'ils ne menacent pas de me péter un fémur au lieu de discuter. J'accorde à mes patients la confiance que j'attends d'eux : s'ils sont en droit d'avoir de ma bouche les réponses à leurs questions, j'ai aussi le droit d'être respectée. Et ils ne viennent pas me voir pour écouter une liste de possibilités et de traitements et de complications, mais pour que je replace ces informations dans leur contexte, adaptées à leur cas particulier, et puisse discuter avec eux de la meilleure marche à suivre. 

    Toutes ces choses que les spécialistes de l'air médecine sont, par définition, incapables de comprendre. Ce qui ne les empêche pas d'essayer de nous donner des leçons.

    Les spécialistes de l'air médecine veulent déranger et interpeller, et une bonne partie de leur argumentaire repose sur le fait que les "brutes" hurlent à la mort en entendant leurs accusations. "Il n'y a pas de fumée sans feu", "il n'y a que la vérité qui blesse", etc etc. J'ai conscience que ce billet apporte, dans ce sens, de l'eau à leur moulin. Mais les laisser dire est toxique. Notre profession est fatiguée de ces charlatans de la bienveillance, en plus de subir des conditions de travail qui se dégradent, tant en libéral qu'en hospitalier, tant pour les médecins que pour les infirmières, les sages-femmes, les AS... La course aux profits des différentes administrations est une maltraitance institutionnelle autrement plus prévalente que la soit-disant maltraitance médicale généralisée, et autrement plus inquiétante pour la qualité des soins. Laisser, par dessus tout ça, une poignée de blaireaux médiatiques vomir sur des professionnels qui font de leur mieux ? Non. Non.

    Toute l'énergie que nous devons consacrer à lutter contre ces accusations nocives et infondées, c'est de l'énergie que nous ne pouvons consacrer à des choses plus importantes et constructives.

    Enfin, deux personnes au moins ont défendu notre cause face aux spécialistes de l'air médecine avec plus de brio que moi : Christian Lehmann et Fluorette. Lisez-les. Nous ne sommes pas maltraitants par nature. Nous faisons de notre mieux. Vous aussi, faites-nous confiance.


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