• Point Godwin

    Madame L est une digne octogénaire, bûcheronne de son état, qui a du bois à rentrer. Elle a aussi perdu un peu de poids, avec un peu de sang dans les selles, et un peu eu une colo. Laquelle, aléa thérapeutique aidant, a été marquée d'une superbe dilacération du sigmoïde.

    Allez, zou, au bloc, madame L ! Colectomie segmentaire à gauche, colectomie droite à cause de la grosse tumeur en place, et iléocolostomie provisoire pour finir.

    Quatre jours plus tard, madame L exsude la bonne forme (c'est plus classe que pète le feu), tellement que, quand elle demande quand c'est enfin qu'elle rentre chez elle, l'interne du service en oublie le temps précoce et lui dit OK pour le lendemain, si tout va bien bien entendu. Ce n'est qu'une fois dehors qu'il réalise sa méprise, mais bon, c'est pas grave, on lui expliquera à la contre que bon, c'est peut-être mieux de rester 24-48 heures de plus, en fait.

    Sauf que, à la contre, madame L refuse catégoriquement. On lui a dit qu'elle sortait, et elle sortira. Comme c'est la relève des internes au changement de semaine, on est nombreux à la contre, et chacun y va de son argument pour lui expliquer que la fistule et l'abcès, c'est pas qu'ils sont pas là, c'est qu'on les a pas encore vus... Que c'était une grosse opération, que...
    Que nenni.

    Rebelotte le lendemain à la visite, j'essaye de la convaincre de ne pas partir. L'infirmière aussi. On y passe un quart d'heure, face à un mur d'obstination. Hier le docteur m'a dit que je pourrai sortir, et il est hors de question que je reste un seul jour de plus dans cet hôpital. Et même s'il me l'avait pas dit, je ne vais pas rester ici, namého ! Et de toutes façons ma petite-fille doit venir me chercher, elle est déjà en route, on va pas lui faire faire demi tour ni la faire venir pour rien !

    Mais madame, ça fait que cinq jours... Les risques d'abcès... Et vous n'arrivez pas à remanger tout à fait comme il faut... Et la poche, vous ne savez pas encore vous en occuper...

    Ah, écoutez, jeune fille, j'ai déjà failli mourir, alors c'est pas vous qui allez me faire peur avec tout ça !

    ?

    Oui, j'étais dans les camps de concentration, moi, ils voulaient nous tuer, nous mettre dans les fours ! Alors votre opération, hein !

    Mais madame...

    Je m'en fiche d'avoir été opérée ! Je vous signe un papier et je rentre chez moi !

     

    Franchement, après avoir su qu'elle avait été déportée, j'ai même pas cherché à discuter.


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  • Commentaires

    1
    Mardi 27 Septembre 2011 à 23:52

    En effet, que veux-tu ajouter à ça? Tu as eu des nouvelles depuis?

     

    2
    Jeudi 29 Septembre 2011 à 10:54
    thoracotomie

    les personnes âgées sont très fortes pour nous clouer le bec :)

    3
    M.
    Mardi 6 Novembre 2012 à 17:26

    Avoir été deporté n'est pas un sesame pour s'autoriser tout et n'importe quoi...

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