• Octobre

    Saleté de temps, ce matin ; un brouillard opaque s'accrochait aux côteaux et noyait le monde dans la brume. L'automne, jusque là, s'était contenté d'envoyer ses émissaires rougir les feuilles, la nuit, mais aujourd'hui les voiles de son manteau ont envahi l'air du monde. Et c'est Octobre, sa fidèle amie, qui a célébré une tardive aurore dans l'air blanc.
    Le masculin sied mal au mois d'Octobre ; ce genre devrait être réservé aux longs mois d'été, à la brûlure du soleil puissant... Mais Octobre, avec ses brumes et son soleil bas, est une elfe aux cheveux de cuivre. Et, dans son visage criblé de tâches de rousseur, ses yeux noisette reflètent les forêts d'or, plus jeunes en ce déclin de l'année que par mille printemps frais.
    Octobre, donc, dansait, et pudique, s'entourait de cent voiles pour n'être pas vue. Octobre s'est longuement promenée sur les pentes rondes des volcans, et l'humidité des milliards de gouttelettes de brume qui sont son haleine imbibait l'air autrement doux.
    Puis elle s'est retirée dans un lieu connu d'elle seule - sans doute un revers de combe, ou la fourche d'un arbre des bois - et la brume s'est levée.

    Sous un ciel d'un bleu laiteux où s'accrochaient des restants de brume, nuages éphémères, les arbres humides avaient subi la magie d'Octobre. Le vert s'était retiré de leurs feuilles, et les flancs des monts sont devenus riches d'or et de cuivre pourpré. Sous des canopées de flamme, l'odeur du champignon et de la feuille morte monte aujourd'hui aux narines tandis que l'air, même au coeur de la ville, prend cette saveur indéfinissable, très douce et chaque fois neuve, la marque d'Octobre la fantasque. La colchique pâle née sous son pied et l'impalpable douceur de l'air sont également siennes... Mais qui peut prévoir Octobre ? Nul, sans doute, à moins d'être un sylve roux, ne comprend ses manières.
    Car, alors que le soleil bas dorait les flammèches du muguet mourant, alors que l'oiseau s'élançait dans la vallée ombreuse, par dessus les arbres aux feuilles ourlées de lumière, Octobre quittait sa retraite et amenait, dans les plis de sa robe, une cohorte de nuages sombres.
    Ceux-ci ont peu à peu recouvert le ciel et ont embrassé les plantes et les arbres de leur ombre fraîche ; des traînées d'encre barraient leur velours tendre... Lourds de promesses de pluie, ils ont répandu leur aumône sur la ville et la campagne ; leurs pièces ont frappé le pêcher jaune, précipitant à terre ses feuilles les plus fragiles.
    Mais l'automne ne devait point encore désirer cela, car Octobre, désappointée, a d'un signe arrêté l'averse lourde...

    La pluie est ainsi achevée, retenue dans la profondeur des nues, mais nul vent n'a chassé les brumes épaisses qui flottent au dessus des volcans éteints. Les nuages sont restés ainsi jusqu'au soir gris, jusqu'à laisser passer un rayon de soleil couchant qui a d'un coup illuminé les vieux marronniers de sa pâle clarté.
    Puis le soleil s'est glissé, humble, derrière les montagnes, laissant pour tout souvenir de lui un peu de cendre rose accrochée aux replis mats des nuages...

    La nuit sera clémente ; la brise calme qui fait chanter les branches nous promet quelques étoiles. Et si vous sortez dans cette sombre nuit d'automne, peut-être verrez-vous Octobre danser sa ronde folle sous les arbres, parmi les feuilles tombantes et l'herbe verte, qui sous ses pas perle de rosée noire...

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  • Commentaires

    1
    Lundi 8 Octobre 2007 à 22:32
    Vous devriez faire de la poésie, c'est très beau.
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