• Nos amis les radiologues

    Imaginons un instant que l'hôpital soit un immeuble d'habitation où chacun aurait son appartement. Vous êtes chirurgien (ou interne dans un service de chirurgie, pour les besoins de l'exposé ça revient strictement au même). Vous n'habitez pas seul ; vous avez un colocataire sans qui vous ne pouvez rien faire, parce que c'est l'anesthésiste. Les relations sont plus ou moins cordiales, mais vous ne pouvez pas vous passer l'un de l'autre. C'est-à-dire que, de temps en temps, les gens laissent traîner leurs chaussettes sales et s'engueulent pour descendre la poubelle — mais ils finissent toujours pas se retrouver autour de la cafetière ou devant un bon DVD.

    L'appartement voisin est occupé par un radiologue. Et le radiologue, c'est le seul représentant du conseil syndical à qui vous puissiez vous adresser. Régulièrement, vous allez sonner à sa porte pour lui demander un service. Quasiment tous les jours, en fait. Mais votre voisin n'a pas que ça à faire, parce qu'il s'occupe de tout l'immeuble. Les réanimateurs défoncent sa porte deux fois par jour en lui poussant un patient instable au milieu du salon, et de temps en temps le neurologue débarque pour lui extorquer une IRM en urgence. Puis les urgentistes lui posent l'épaisseur d'un annuaire de radios à interpréter, et les gastrologues ont toujours besoin d'une écho abdo.
    Autant dire que votre scanner de la mamie qu'est là depuis un mois, sub-occluse depuis deux jours et occluse depuis le matin, vous ne risquez pas de l'avoir dans les dix minutes. Alors que vous préfèreriez savoir s'il faut l'opérer à une heure de l'après-midi plutôt qu'à sept heures du soir.

    A moins de préparer le coup en amont. De temps en temps, quand vous allez à votre boîte aux lettres, profitez-en pour remonter le courrier de votre voisin. Quand vous organisez une soirée chez vous, pensez à apporter un morceau de pizza toute chaude à votre nouveau meilleur ami. Quand vous le croisez dans les couloirs, prenez toujours le temps de parler cinq minutes. Si vous êtes une fille, souriez, ça n'a jamais fait de mal. Si vous êtes un mec, demandez-lui son avis sur le foot.

    Et peut-être aurez-vous alors la chance de lui apporter un bon de scanner pas franchement urgent, et de vous entendre répondre que oui, le planning est bourré à mort jusqu'à l'heure de la garde, mais qu'il le passera entre midi et deux, il trouvera bien cinq minutes, mais attention, c'est bien parce que c'est vous. 

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  • Commentaires

    1
    Nerf X
    Mardi 17 Mai 2011 à 09:50

    Belle comparaison qui reflète vraiment bien la réalité, et j'adore le coup des réas qui défoncent la porte ^^

    2
    Jeudi 3 Janvier 2013 à 17:36

    J'adore votre article :)
    Pauvre Radiologue!

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