• Mort sur table

    Entendu du côté des bureaux de consult :

    Anesthésiste : Euh... Je viens de voir madame Machin en consult, et on a un souci. Elle veut bien que tu l'opères, mais c'est parce qu'elle veut mourir sur la table.
    Chef-Chéri : Ah ouais OK. Bon ben non alors. Va falloir lui réexpliquer.

    Et du côté de la réa :

    Réanimateur : On a un souci avec la famille de monsieur Truc, mort hier après trois semaines de réa cauchemardesque (dialyse, ECMO, sepsis, et en gros à peu près toutes les complications possibles SAUF la phlébite et l'EP). Ils veulent porter plainte, parce qu'ils croyaient que comme leur père était sorti vivant du bloc c'est qu'il allait rentrer chez lui en super forme.

    C'est ce qu'il a fallu réexpliquer à madame Machin. On meurt rarement sur table, mais par contre, qu'est ce qu'on meurt en réa !

    On meurt d'autant moins sur table en CCV qu'il y a toujours la possibilité de sortir avec une ECMO. Et une fois en réa, on dialyse, on décoagule, on antibiotique... Les arguments des horticulteurs jardiniers spécialistes ès espèce humaine ne manquent pas pour essayer de faire vivre les patients — mais des fois ça suffit pas, et arrive un moment où on ne va pas s'affoler si les choses vont mal...

    Mais c'est après dix-quinze jours, voire des fois plus, de tuyaux dans la bouche, de cathéters dans les artères et les veines, de drains, d'escarres, de dénutrition, de sédation et de curares, et pas dans une apocalypse sanglante dont l'âme du patient se dégagerait en quelques minutes, qu'on meurt, pendant que le chirurgien masse vainement un cœur destiné à s'arrêter pour de bon — comme on voit dans les films.

    Allez savoir, quand madame Machin a su que non, si elle devait mourir cette fois, elle ne mourrait probablement pas en salle, mais plus tard, peut-être considérablement plus tard, et après des choses désagréables, finalement, elle a préféré ne plus se faire opérer, et tester la mort naturelle plutôt que la tentative de suicide chirurgien-assisté. Parce que vivre, non non, elle ne voulait pas, alors se faire opérer pour aller mieux dans quatre-vingt dix chances sur cent, à quoi bon ? Elle a refusé de voir un psy, d'ailleurs.

    Quant à la famille du monsieur, je ne sais pas où en sont les parlementations. D'autant plus que leur père leur avait visiblement minimisé le risque opératoire... J'imagine volontiers leur état d'esprit — mais j'ai l'impression que c'est parfois dur de faire comprendre aux patients et à leur famille que non, le risque opératoire ne s'arrête pas à la porte du bloc, et que la Faucheuse vient souvent chercher ses clients dans les réas.


  • Commentaires

    1
    Vendredi 14 Janvier 2011 à 13:40

    Juste pour faire le relou :

    « qu'est-ce qu'on meure en réa ! » au lieu de « qu’est-ce qu’on meurt en réa ! »

    2
    Léga
    Vendredi 14 Janvier 2011 à 14:26

    soyons relous correctement : qu'est ce qu'on meurt en réa

    3
    Vendredi 14 Janvier 2011 à 16:24

    Bande de Nazis de la grammaire. 

    4
    lectrice assidue
    Vendredi 14 Janvier 2011 à 17:36

    au subjonctif : hypothèse

    à l'indicatif : un fait réel dixit Brunot e Bruneau nos "célèbres grammairiens" des littéraires

    5
    gaspy
    Vendredi 14 Janvier 2011 à 19:52

    C'est pas pour dire, mais je trouve ça assez comique que tout le monde s'insurge contre ce petit solécisme alors que personne ne remarque que la vieille dame compte sur le chirurgien pour la "suicider", ce qui n'est quand même pas très flatteur ! Heureusement que grâce à toi Stockholm, j'ai appris que les réas étaient de meilleurs assassins que les chirurgiens... Chir + réa, le tandem qui tue ?

    6
    Mottate
    Vendredi 14 Janvier 2011 à 21:30

    La vieille dame espérait-elle que le chirurgien la fasse trépasser ? Ou misait-elle tout sur un anesthésiste à la main un peu lourde ? Il faudrait cerner le problème pour que l'on sache qui, précisément, doit se sentir offensé dans son art...

    7
    Samedi 15 Janvier 2011 à 19:00

    Léga

    « qu’est ce qu’on meurt en réa »

    pour être parfaitement relou.

    8
    Antonia
    Dimanche 16 Janvier 2011 à 18:43

    Le chirurgien aurait du lui mentir et lui raconter qu'elle avait un risque d'y rester.


    Ce n'est surement pas déontologique mais elle aurait peut être tenté sa chance, emballée par l'argument.....

    9
    Dimanche 16 Janvier 2011 à 19:34

    Je comprends ton point de vue, mais ça revient à forcer la main du patient, et ça ne se fait pas...

    10
    Lacan
    Lundi 17 Janvier 2011 à 04:44

    Et forcer la main du patient reviendrait à forcer l'acte, tout court..

    11
    Lacan
    Lundi 17 Janvier 2011 à 04:46

    Ce qui fait, des actes... Rentables ? ??

    12
    Lacan
    Lundi 17 Janvier 2011 à 04:56

    Et la chaine de "la qualitée des soins" mdr !

    Voilà le paradygme de nos jours : On fait croire aux patients à gros boulets de TV qu'il ne peut rien se passer en post-op.C'est bien sur sans savoir ce qu'est le post-op !

    Merci S... !

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