• Miracle ?

    Cet article est pour toi, madame E comme épaule, qui est venue aux Urgences de PériphLand il y a quelques jours à peine.

    Les chefs étant tous en consult à droite et à gauche, c'est l'interne qui s'est sacrifiée pour venir te voir. L'interne-même-pas-d'ortho, hein, mais j'avais eu des conseils avisés en quittant le service :
    Chef1 : Faut lui faire une IRM !
    Chef2 : Surtout pas !

    Donc voilà. Je suis rentrée dans ton box, vaguement briefée par l'urgentiste : douleur d'épaule évoluant depuis 3-4 jours, sans notion de traumatisme. Vala.
    Et je t'ai tout de suite aimée, parce que la première chose que tu m'as dit après bonjour, c'était :
    — Non mais moi je crois pas aux médicaments.
    Tu avais, quoi, la soixantaine ? Soixante-dix ? Qu'on puisse arriver à cet âge-là en disant ça, ça me dépasse. D'autant plus que tu avais fait un AVC sylvien une vingtaine d'années plus tôt. Alors tu m'as confiée que tu prenais un comprimé tous les jours pour la tension. J'imagine que l'aspirine, tu l'avais arrêtée il y a très longtemps, puisque tu ne crois pas aux médicaments.

    Alors tu m'as parlé de ton épaule. Mal depuis samedi, et ces trois dernières nuits tu n'as pas réussi à dormir. Et ton docteur pouvait pas te prendre avant deux semaines (hem...) alors tu es venue aux Urgences.
    Tu n'as rien pris pour la douleur, rien. Je t'ai demandé, plusieurs fois. Rien, nada, que dalle.
    Enfin si, hier tu es allée à la pharmacie, et la pharmacienne t'a vendu des patchs chauffants. Même que, comme elle avait sans doute deux neurones connectés, elle t'a donné un gramme de paracétamol dans son officine. Mais tu n'en as pas acheté, non non, et tu as lourdement insisté sur le mot acheter.

    Alors je t'ai examiné, et j'ai dit des mots de quelqu'un qui sait pas : bursite, coiffe des rotateurs... Tu m'as écoutée, et tu m'as demandé qu'est-ce que j'allais te faire.
    Rien, je t'ai dit. Je te ferai une ordonnance pour une écho à faire en ville. Puis des médicaments contre la douleur.
    Et là, tu m'as regardée avec de grands yeux pâles, et tu m'as dit, comme une petite fille frustrée :
    — Mais je croyais qu'en venant ici je repartirais guérie ! 
    Bin non. Je t'ai expliqué : pas d'urgence diagnostique, le bilan peut attendre quelques jours, mais je te donnerai de quoi ne plus souffrir dans l'intervalle.
    Et tu as boudé. A soixante-dix balais, toute blanche et frêle, avec la bouche qui tire un peu sur le côté à cause du vieil AVC, tu as boudé parce que je ne pouvais pas te guérir là, tout de suite, maintenant. Je t'ai dis qu'on n'avait pas, à l'hôpital, de médicament miracle qui n'existe pas en ville.
    Alors tu t'es lamentée sur les séquelles de l'hémiplégie, et puis dessous est apparu ta peur, ta solitude.
    — Mais je suis toute seule chez moi, comment je vais faire ?
    Je vais te mettre une attelle en plus, je suis bonne fille...
    — Mais comment je vais la mettre, moi qui suis toute seule ?
    Elles sont faciles à mettre, c'est comme des grosses écharpes, la pharmacienne vous montrera...
    — Et l'échographie, je peux la faire ici ?
    — Oui, vous pouvez prendre rendez-vous en radiologie à l'hôpital, mais on va pas vous la faire tout de suite...
    Et là tu as re-boudé, faisant la moue, puis reparlant de ton hémiplégie... Tu voulais une aide à domicile. J'ai dit que l'urgentiste s'en occuperait, mais que c'était pas sûr que tu puisses l'avoir, et encore moins là tout de suite maintenant (d'autant plus que, en fait, tu te servais  bien de ton épaule)

    Et moi je n'avais qu'une envie, sortir du box. Ne plus t'entendre pleurer pour être guérie tout de suite.

    Je t'ai expliqué les antalgiques : de l'Ixprim, forme combinée, pour toi qui n'aimes pas les médicaments, ça fait moins de gélules à prendre. Un peu d'anti-inflammatoires. L'attelle. Le rendez-vous à prendre en ville. Que non, je n'allais pas te garder hospitalisée pour ça.

    Et puis j'ai fini par partir, parce qu'avec tes histoires de ne pas vouloir prendre de médicaments, tu m'avais chauffé les oreilles. Tu n'avais pas la semi-excuse des jeunots qui n'ont jamais été malades de leur vie pour croire qu'on avait une baguette magique. Tu as fait un AVC, tu en gardes quelques séquelles motrices. Et tes conceptions de la médecine, comment te le dire gentiment... Non, on ne peut pas te le dire gentiment.

    Pour le rendez-vous avec un chirurgien, tu m'as demandé où aller. J'ai dit qu'à l'hôpital ils étaient quatre. Qu'à la clinique ils étaient trois. Que tu pouvais aller où tu voulais. Tu m'as demandé de réciter la litanie des noms. Je l'ai fait.

    Je pense que tu iras à la clinique. Pour acheter plus cher de meilleurs soins que dans ces Urgences où on ne t'a pas soignée. Sauf que tu seras surprise : ils ne font pas de dépassements d'honoraires pour les consultations.


  • Commentaires

    1
    Kewan
    Samedi 13 Octobre 2012 à 18:28

    C'est pour la réconcilier avec les médicaments que tu la fais vomir avec de l'Ixprim ? 

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :