• Mais qu'allait-il faire dans cette galère ?

    Traumatisme crânien campagneSur l'une de mes dernières gardes d'externe.

    Minuit et demie, l'heure où ça se calme côté chirurgie. On a mangé (bien grand mot pour parler d'une salade et d'un yaourt) à l'internat, et on commence à se dire qu'il va falloir couper la nuit, quand appelle le SAMU. Trauma crânien, embarrure frontale annoncée. Le senior raccroche, et prévient à son tour l'interne de neurochir de garde ainsi que le radiologue.

    Un quart d'heure plus tard, le patient arrive, vigilant, conscient, Glasgow 15. C'est un homme d'une bonne trentaine d'années, sans antécédents, en excellente santé. Seul détail : sous un pansement, une plaie du front, horizontale, d'une quinzaine de centimètres de long. Le sinus frontal est enfoncé, des petites esquilles osseuses pointent le long des berges de la plaie, au demeurant remarquablement propre. A la lumière du scialithique, l'embarrure se confirme : on voit la pie-mère et, au fond de la plaie, de nombreux fragments osseux pulvérisés.
    Nouveau pansement, et on monte au scan. Comme les embarrures n'arrivent quand même pas tous les jours aux Urgences, et que la salle d'attente comme les box de chir sont vides, ma coexterne et moi suivons. Le scanner cérébral ne retrouve pas de saignement intracrânien patent ; à part une contusion frontale, et les esquilles, RAS.

    Le neurochir nous attendait en bas. Il regarde le patient, puis examine le scanner (ou plutôt l'inverse, ma fourche a langué), me demande de nettoyer un coup la plaie puis de la suturer. Intervention prévue le lendemain matin en urgence différée. Batterie de vaccins à faire : tétanos, Haemophilus, pneumocoque...

    Mais comment le patient s'était-il retrouvé avec une plaie frontale de cette envergure, me direz-vous ?
    En gonflant un pneu de 4x4. A minuit.
    Et la jante a éclaté. A minuit.
    Et comme il se trouvait en face de la roue, la jante l'a blessé au milieu de son vol parabolique à forte vitesse. A minuit.

    Au final, une fois que le blessé fut pansé, soigné, et hospitalisé en attendant le bloc, une fois le dossier rempli, l'interprétation du scanner photocopiée, les prescriptions dédoublées, une fois son box vide, rangé et nettoyé, une fois la nuit coupée, bref, une fois fait tout ce qui était à faire, une question insoluble nous a tous occupés, de l'externe au senior, de l'ASH à l'IAO :

    Mais pourquoi gonfler un pneu de 4x4 à minuit ? 

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  • Commentaires

    1
    Lundi 2 Novembre 2009 à 00:53
    Heu... parcequ'il a crevé, non ?
    2
    Jeudi 5 Novembre 2009 à 16:34
    Oui, mais pourquoi à minuit ?
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