• Lettre ouverte au Parti des Femmes

    Cher Parti des Femmes,

    Nous nous trouvons donc ici à l'aube (bon, OK, il est 18h à l'heure où je commence ce billet, mais c'est toujours le lever du jour quelque part) pour poursuivre un débat mal entamé sur Twitter, où vous m'avez reproché, je crois, de rire en meute (après tout on était deux) de vos objectifs politiques, ce qui aurait dénoté une lâcheté flagrande de ma part. Oh, et puis zut, je te tutoie, de ce tutoiement respectueux et intimiste un peu surrané, qui sied si bien à ce duel d'idées auquel je t'ai provoqué. Et puis nous sommes deux femmes, unies dans la sororité de l'engagement, n'est-ce pas ?

    Le corps du délit est ici. Je laisse chacun en prendre connaissance.

    Je dois dire, d'abord, que c'est très beau ce que tu fais. Sérieux. La politique est un domaine commençant juste à se féminiser, et toutes les initiatives menant les femmes, groupe historiquement et sociologiquement exclu des décisions, à s'intéresser à la chose doivent être applaudies. Et puis, quelque part, mon cher Parti des Femmes, ta naïveté est touchante. C'est très chou, ce que tu dis, et tu devais beaucoup aimer ta maman pour penser les femmes aussi magiques.

    Dans ton manifeste, tu cries, tu hurles des vérités vraies dont j'ai encore parlé avant-hier : ce sont les hommes qui tuent et qui violent, ce sont les hommes qui commandent et font les guerres, prennent les mauvaises décisions, déclenchent des crises économiques et polluent le monde (même si ma Yaris y est sans doute pour un peu aussi). Tout cela, c'est vrai, viscéralement vrai, épouvantablement vrai ; dans notre société patriarcale la violence est principalement le fait des hommes, la passivité la qualité des femmes, et nombre de maux de notre monde viennent de là.

    Je suis d'accord avec toi. Jusque là seulement. 
    Toi, tu dis que mettre les femmes au pouvoir endiguerait cette violence sociale, physique, écologique et économique. Parce que, sans doute grâce à leurs ovaires à hormones magiques, elles sont assez justes et sages pour s'abstenir de faire des méchanteries sociales.
    Moi, je dis que si les femmes n'ont pas commis toutes ces choses affreuses, c'est juste qu'elles n'en ont jamais eu vraiment l'occasion.

    On dit, en mathématiques, qu'un seul contre-exemple suffit à pulvériser une hypothèse. En philosophie (et que sont les féminismes sinon de la philosophie ?), c'est probablement différent mais, pour la beauté de l'exercice, je vais te chercher quelques contre-exemples aux divers points de ton manifeste :
    1. crimes violents uniquement le fait des hommes : Lynndie England a commis des crimes de guerre à la prison d'Abu Ghraib (tortures, viols...), Aileen Wuornos a tué de sang-froid sept personnes, et je peux t'assurer que les femmes sont tout à fait capables de pédophilie et d'inceste (une enseignante vient d'être condamnée pour agression d'un garçon de douze ans) ;
    2. terroristes uniquement hommes : Patricia Hearst est sans doute la terroriste la plus célèbre, rapport à Starmania, mais les mouvements nord-irlandais ont largement prouvé leur capacité à attirer les femmes (avant eux, les mouvements anarchistes russes du début du vingtième siècle étaient eux aussi féminisés) ;
    3. guerres déclenchées par des hommes : Élisabeth 1ère d'Angleterre a bien, bien, bien latté la gueule de l'Invicible Armada espagnole et a réprimé dans le sang les révoltes irlandaises. Catherine II de Russie n'était pas non plus une pacifiste convaincue et a assi son pouvoir de toutes les manières possibles, de préférence violentes ;
    4. économie d'hommes corrompus : Christine Lagarde, actuellement au FMI, n'a pas prouvé ses qualités humanistes durant son séjour au ministère français des Finances ; Laurence Parisot du MEDEF est elle aussi (bien qu'à moindre échelle) très influente dans les domaines économiques. Sans les accuser de corruption, j'attends toutefois les actes qui trancheront la continuité de profit instituée par leurs prédécesseurs. Elles ne sont ni meilleures ni pires qu'eux.

    Tout ça pour attirer ton attention, cher Parti des Femmes, sur le fait que les femmes sont aussi moches que les hommes, parce que c'est la nature humaine. Il n'y a pas de bonté féminine, comme il n'y a pas de violence masculine. Tout être humain est apte aux deux ; soutenir le contraire, c'est être aveuglé par notre patriarcat, qui exige que les femmes soient des êtres doux et poétiques vivant d'amour, d'idéaux et de poneys roses, tandis que les hommes leur feront l'amour violemment, une bière à la main, entre la muscu et le match de foot.

    Tu vas me dire, oui, mais ça, se sont des exceptions, des cas isolés. Et je te dirai pourquoi est-ce que ce sont des cas isolés ? Et tu me diras c'est la faute au patriarcat. Et tu auras raison. Notre société patriarcale, en plaçant avec acharnement des hommes à tous les postes de pouvoir depuis des siècles, et en refusant l'accès des femmes à ces postes, a créé les conditions rêvées pour que la violence étatique institutionnelle soit exercée uniquement par des hommes. Ce ne sont pas les hommes qui sont mauvais, les pauvres, mais le système qui les a corrompu. Comme il corrompra les femmes lorsqu'elles y auront pleinement accès. Un matriarcat serait tout aussi toxique qu'un patriarcat — toute société comportant une oppression de genre est vouée à l'échec. Au bout de deux siècles de matriarcat, les hommes seraient de petites créatures fragiles inaptes à la dure vie active, seuls à posséder la sagesse nécessaire à l'éducation des enfants.
    Tu vas me dire, mais je ne veux pas opprimer les hommes, je veux juste les remplacer au pouvoir. Et je vais te dire un secret : avoir un jour remplacé intégralement le pouvoir en place est l'apanage des dictatures. 

    Je ne veux pas vivre dans un matriarcat. Je veux vivre dans une société où hommes et femmes naîtront libres et égaux en droits, et pas que sur le papier, une société où les camionneuses et les esthéticiens ne seront ridiculisés par personne, si j'ose paraphraser Virginie Despentes.

    Au plan personnel, sache que je suis interne de chirurgie et que je traîne dans les hôpitaux depuis huit ans. Les chefs de service sont souvent des hommes, les cadres de santé (anciennes surveillantes) souvent des femmes. Tous, ce sont des gens de pouvoir (bon, leur pouvoir couvre une surface inférieure au kilomètre carré et reste limité, mais tu m'accorderas qu'ils sont en position dirigeante). Et bien, tu veux un autre secret ? J'ai vu autant de surveillantes abusives, veules et corrompues que de chefs de service répondant à cette description. Donne du pouvoir à un être humain, et il en profitera. Homme ou femme. Un pouvoir exclusivement féminin ? Ça ne sert à rien.

    Tu ne peux pas remplacer un système oppressif par un autre, et l'appeler une justice parce que les opprimés deviennent les dirigeants, et écrasent les dirigés. Et même si tu ne veux écraser personne parce que tu as bon fond, au final, tu le feras. Tu veux chasser tous les hommes du pouvoir et les remplacer par des femmes ? Tu créeras une dictature de femmes. Il y en a qui ont essayé de chasser tous les riches du pouvoir et de les remplacer par des prolétaires. Ça a donné l'URSS, les goulags et des millions de morts. Il y en a qui ont essayé de chasser leur shah vendu aux causes étrangères, et de le remplacer par des vrais gens du pays opprimé. Ça a donné l'Iran qu'on connaît aujourd'hui. Tu veux qu'on continue la liste ? Et ne me dis pas que cette liste n'est pas valable parce que je parle de régimes patriarcaux. C'est une fausse excuse.

    Et là tu dois être en train de me hurler dessus que je suis un infâme suppôt de la phallocratie et que je mérite d'être enterrée vivante sous les bouquins de Susan Faludi.

    Notre principale différence est que toi, tu croies à la bonté des femmes — bonté naturelle accompagnant les ovaires et le double X — et à la violence des hommes — violence innée de brutes qui pensent avec leur sexe. Pas moi. Alors, je te conseillerais bien de lire Beauvoir, mais les bouquins sont épais et peut-être que ton libraire est fermé le mercredi. Toujours est-il qu'avec la rentrée des classes, seul un fou irai dans une librairie le premier mercredi de la première semaine d'école, et je pense donc que tu n'iras pas t'acheter le Deuxième Sexe pour le lire dans la foulée. Alors je vais te résumer la partie de la première partie qui t'explique pourquoi il n'y a pas de matriarcat, mais bel et bien un patriarcat en acier trempé, et pourquoi les femmes sont considérées comme passives.

    Au départ, tu vois, il y avait des chasseurs-cueilleurs à peine sédentarisés. Évidemment on ne connait rien de leurs sociétés, mais Beauvoir estime que, rapport aux grossesses, les femmes avaient un statut particulier. Évidemment, aujourd'hui on sait qu'un homme transmet la vie tout autant qu'une femme, mais à l'époque c'était pas forcément évident. Absence de contraception oblige, elles étaient sans doute plus sédentaires que les autres, parce que va courser un caribou en étant enceinte pour la cinquième fois en quatre ans. Tisser des tapis et préparer le jardin, c'est quand même plus accessible dans ces conditions.

    Et il y a le fait que toute société humaine se construit dans un processus d'altérisation. Entends-moi bien : si tu veux construire un état, une culture ou un village, tu vas obligatoirement te placer en contre-point d'autre chose (ça, tu le retrouveras aussi chez Sartre, c'est un concept existentialiste). Cet autre chose, ça peut être les Boches, si tu es dans la France de l'Entre-Deux-Guerre ou en post-WWII immédiat. Ça peut être les Français, si tu es Anglaise du début du dix-neuvième siècle. L'Autre, pour devenir Autre, il a juste besoin d'être mystérieux. Parler une autre langue est un bon début. Avoir des trucs bizarres qui se passent dans ton utérus à intervalles réguliers en est un autre.

    « On a dit déjà que l'homme ne pense jamais qu'en pensant l'Autre, nous explique Simone ; il saisit le monde sous le signe de la dualité ; celle-ci n'a pas d'abord un caractère sexuel. Mais naturellement étant différente de l'homme qui se pose comme le même, c'est dans la catégorie de l'Autre que la femme est rangée ; l'Autre enveloppe la femme. [...] Dans la mesure où la femme est considérée comme l'Autre absolu,  c'est-à-dire — quelle que soit sa magie — comme l'inessentiel, il est précisément impossible de la regarder comme un autre sujet.»

    Et là on arrive à la dichotomie qui a conditionné l'existence des femmes pendant des siècles, et qui continue de le faire sur une grande partie du globe : sujet contre objet, transcendance contre immanence, activité contre passivité, homme contre femme. Pour Beauvoir, le patriarcat est basé sur le postulat que seuls les hommes auraient une capacité à l'action et que les femmes attendent que ça passe. Et quand tu lis Despentes, tu en as confirmation. Ses propos sur le viol sont furieusement vrais. Tiens, tant qu'à aller chez ton libraire, achète aussi King Kong Théorie. C'est dix fois moins long que le Deuxième Sexe et tout aussi bien.
    J'ai par ailleurs une sainte horreur de Jean-Jacques Goldman, mais le patriarcat, c'est un truc qu'il a très bien compris lui aussi. Je ne vais pas t'infliger des liens vers Elle attend et Là-bas, mais ce sont deux chansons qui t'exposent royalement la passivité/frigilité/attentisme féminine opposée à l'action masculine supposée. Ce que tu retrouves dans quantité de livres et de films. Ce que tu retrouves dans l'imagerie populaire de beaucoup de monde.

    Une fille qui drague ? Une fille qui vit seule, prend des initiatives seules et fait des choses sans mec ? Une fille qui ne veut pas d'enfants ? Une mère qui laisse l'éducation des gosses à son compagnon ? Bref, des femmes qui sont impliquées dans le siècle ?
    C'est pas très vendeur.
    La dragueuse se fera accuser d'être une pute ; lorsque la sexualité féminine n'est pas subordonnée au désir d'un homme (de préférence toujours le même), elle est suspecte, vulgaire, c'est une « femme de mauvaise vie », la catin de Babylone vêtue de rouge. Pourquoi ?
    Celle qui se débrouille très bien toute seule se fera accuser de frigidité ou, pire, d'homosexualité ; lorsqu'une femme agit sans cadre masculin proche, on l'accuse de vouloir devenir un mec, de refuser anormalement leur contact, on l'accuse de tas de choses, sans s'occuper vraiment de son but. Regarde les grandes sportives interviewées par des hommes : on en revient toujours à leur faire dire qu'elles sont belles, qu'elles se maquillent et se conforment aux normes du patriarcat. Parce que c'est rassurant pour les hommes qui les écoutent et la société patriarcale, pour qu'elles ne soient pas une menace par leur indépendance. Pourquoi ?
    Celle dont le mec a choisi d'être père au foyer se fera descendre à boulets rouges. Une femme doit s'occuper de ses enfants. Déjà les mettre à la crèche pendant qu'elle travaille c'est suspect, mais que l'homme s'en occupe ? Qu'un homme soit ravalé à une tache historiquement féminine ? C'est subversif, ça remet les préjugés de genre en question, et au final, les deux s'en prendront socialement plein la tronche. Pourquoi ?

    Pourquoi ? Parce qu'une société genrée va obligatoirement genrer les rôles sociaux. Il y a des rôles d'hommes et des rôles de femmes. Des fois ça change : au début, les métiers de l'informatique avaient un recrutement plutôt féminin (vois ce billet de Fog Creek, des programmeurs/ses). Il y a vingt ans, la médecine était un métier d'homme — et il y avait 80% de filles dans ma promo (bac 2003). Ton système de pouvoir exclusivement féminin (qui est basé sur des assomptions irréalistes et sublimées de la féminité) ne servira qu'à créer de nouveaux rôles tout aussi genrés que les précédents.

    Les choses changent, mais pas assez vite. Je comprends que tu en aies marre et que tu veuilles une révolution, renverser le patriarcat par la voie des urnes, et puis basta. Mais le problème des révolutions, c'est qu'elles inversent les rapports de force.

    Ce que veulent les féministes, c'est une disparition des rapports de force entre les genres.

    C'est pour ça que je n'aime pas ce que tu fais. Tu n'es pas assez radicale. Tu ne vises qu'une inversion du système. Moi, je veux qu'il disparaisse. Et pour finir, je vais te citer Despentes :

    « Si nous n'allons pas vers cet inconnu qu'est la révolution des genres, nous connaissons exactement ce vers quoi nous régressons. Un État tout-puissant qui nous infantilise, intervient dans toutes nos décisions, pour  notre propre bien, qui — sous prétexte de mieux nous protéger — nous maintient dans l'enfance, l'ignorance, la peur de la sanction, de l'exclusion. Le traitement de faveur qui était jusqu'alors réservé aux femmes, avec la honte comme outil de pointe pour les tenir dans l'isolement, la passivité, l'immobilisme, pourrait s'étendre à tous. Comprendre les mécanismes de notre infériorisation, et comment nous sommes amenées à en être les meilleurs vigiles, c'est comprendre les mécanismes de contrôle de toute la population. Le capitalisme est une religion égalitariste, en ce sens qu'elle nous soumet tous, et amène chacun à se sentir piégé, comme le sont toutes les femmes. »

    Et tu sais quoi ? L'égalité des genres comme arme politique, c'est super cool.

    Bisous,

    Stockholm

     

    PS : je crois que je vais créer un point Lynndie England, comme le point Godwin, pour les gens qui s'entêtent à placer les femmes sur un piédestal idéalisé. Particulièrement si ce sont elles-mêmes des femmes. Elles, elles auront deux points Lynndie England.

    PPS : malheureusement, les mouvements anti-hommes comme le tien participent à l'image de viragos castratrices souvent accolée aux féministes. Il fallait te le dire. J'ai bien lu ta page intitulée Les hommes sont-ils tous mauvais ?, et je suis contente que tu ne considères pas officiellement tout ce qui porte couilles comme méritant la mort, mais tu t'enfermes dans des préjugés de genre issus du patriarcat. Et si, tu es anti-hommes.

    PPPS : j'ai conscience que tu es probablement familière avec les grandes théories féministes, et je m'excuse d'en avoir redétaillé certaines, mais tu ne seras pas la seule à lire, tu comprends ?

    Edit : vous pouvez lire ici, la réponse du Parti des Femmes.


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  • Commentaires

    1
    Mercredi 5 Septembre 2012 à 07:43

    Je suis plutôt d'accord avec toi ! Il ne faut surtout pas tomber dans l'essentialisme qui consiste à dire femme = naturellement plus gentille que l'homme. Ceci dit, je ne crois pas que les femmes soient moins violentes seulement parce qu'elles en ont moins l'occasion... Je pense qu'elles ont vraiment été conditionnées pour ne pas user de la violence. A ce titre, je pense qu'il serait bien de "féminiser" l'éducation de tout le monde, et d'encourager la non-violence aussi bien chez les garçons que chez les filles. Quoique... enseigner la violence pour se défendre, ça peut être bien aussi :D. Sinon, en soi, un parti de femmes, why not ? C'est bien parce que les Suédoisse, à une époque, ont menacé d'en constituer un si elles ne pouvaient pas avoir accès au pouvoir par le biais d'autres partis, qu'elles ont réussi à avoir beaucoup d"élues. Résultat : l'un des pays les plus féministes de la planète ! (mais toujours patriarcal, ne nous leurrons pas)

    2
    Mercredi 5 Septembre 2012 à 09:00

    C'est sûr qu'il y a un conditionnement des femmes à la non-violence. Historiquement, les "jeunes filles en détresse" sont sous la coupe des hommes pour ce qui est de les défendre. Et il n'y a qu'à comparer le nombre de licenciés d'arts martiaux, particulièrement chez les enfants, souvent inscrits par leurs parents.

    3
    catwell
    Mercredi 5 Septembre 2012 à 12:30

    @Antisexisme Si tu te contentes de proner la non-violence tu transformes ceux à qui tu l'enseignes en moutons, proies faciles pour ceux qui ne pensent pas la même chose. Seule l'alternative (apprendre à tout le monde à se défendre) est viable.


    Sinon, sur la Suède, difficile à dire sans vraiment connaitre le pays mais je ne suis pas certain que ce soit aussi simple.

    4
    www.
    Mercredi 5 Septembre 2012 à 15:10

    bon texte


    dans ta collection de femmes "contre exemple" il y en a une qui les résumes bien toutes: notre chère Mme Thatcher!

    5
    Croc mignon
    Mercredi 5 Septembre 2012 à 16:33

    Une petite réflexion en passant.

    Il y a très longtemps, dans une tribu, ou un clan, les femmes étaient peut être plus précieuses que les hommes, puisqu'il faut en principe 9 mois pour donner un guerrier (ou une genitrice)  à la tribu (et c'est pas toujours réussi). Les hommes eux peuvent se battre et mourir plus facilement, c'est moins grave car d'autres pourront reproduire à leur place en peu de temps. Donc il fallait protéger les femmes pour que la tribu continue à vivre et à prospérer. Perdre une femme c'était affaiblir durablement la tribu.  C'est bassement matériel, mais ne serait-ce pas cette attitude reproduite dans les siècles qui a donné naissance au sexisme puis au matchisme ?

    6
    PDF
    Mercredi 5 Septembre 2012 à 20:47

    J'aime bien ton analyse Croc mignon et je la partage. Néanmoins, je reste aussi convaincue que pour asservir un être libre il faut user de violence, en plus de la justification fonctionnelle que tu donnes.

    ma réponse à la lettre:

    http://parti-des-femmes.blogspot.ch/2012/09/reponse-stockholm.html?showComment=1346870660076#c6198616435535997794

    7
    PDF
    Mercredi 5 Septembre 2012 à 21:31

    juste un petit truc auquel je pense maintenant sur la falsification par contre-exemple, vue qu'elle semble appréciée ici.

    L'énoncé suivant est faux: les être humains naissent avec 1 tête

    http://sante.lefigaro.fr/actualite/2011/05/10/10862-bebe-chinois-nait-avec-deux-tetes

    effectivement

    8
    Croc mignon
    Mercredi 5 Septembre 2012 à 22:21

    OK, tu partages l'analyse de départ, alors allons un peu plus loin.
    Le groupe comprends que sa richesse ...c'est la femme... donc il charge aussi le mâle fort de protéger les femmes et le mâle fort s'il réussit sera récompensé : il pourra avoir son clan à lui, et puis ainsi il protégera un peu mieux "ses" femmes donc tout bénéfice pour le goupe. OK les femmes dans tout ça et bien elle se rendent compte qu'elles sont mieux protégées par un ou deux mâles du groupe qui leur sont plûtot dédiés et surtout, les petits sont mieux protégés, donc  elles ne tardent pas à échanger leur liberté contre cette protection mue par un instinct qui leur dit que l'enfant qu'elles ont mis au monde a des liens vraiment particuliers et privilégiés avec elles, alors que le mâle lui ne sait pas vraiment quels sont les liens avec ces enfants qu'il protège et nourrit. Petit à petit, il tisse lui aussi des liens avec ces enfants, et il comprend lentement qu'il y a peut être un lien de causalité entre les quelques minutes agréables qu'il a passées et l'enfant qui vient quelques mois après. Il a donc envie de se dire qu'il sera plus attentif à cet enfant, et à ces femmes, et donc il invente l'exclusivité qui renforce la protection qu'il donne, et qui pousse la femme a abandonner encore un peu plus de liberté.... et le schéma se reproduit et se module bien sûr au cours des siecles, et on en arrive au XX, ou l'amélioration fantastique des conditions de vie remet en cause ce modèle ancestral. Le mouvement féministe est issu de cette évolution qui a fait entrevoir aux femmes la possibilité de s'émanciper. Nous sommes dans cette évolution, qui est trop lente pour certains, trop rapide pour d'autres et variable selon les pays (il y en a actuellement qui ne sont pas à la fête). Simplement, c'est un mouvement inéluctable, qui se développera tants que les conditions matérielles s'amélioreront, et tant que la sécurité individuelle sera assurée. Lorsque nous serons tous individuellement totalement et pérennement rassurés par l'évolution économique et sociétale, il n'y aura plus d'obstacle à l'égalité totale des sexes. Si nous regressons dans ces domaines alors l'instinct reprendra le dessus, car au final il n'est pas dicté par l'intrinsèque de l'homme, mais par l'instinct de survie du groupe. Ensuite, les comportements son bien sûr variables individuellement et les dérives existent en foncion des capacités de chacun à se conformer aux règles générales du goupe, certains ne le pouvant même pas à cause d'états pathologiques ou sociopathiques.... bon à vos stylos.

    9
    PDF
    Mercredi 5 Septembre 2012 à 22:38

    Croc mignon, ok.

    Donc la violence institutionalisée pour le contrôle des femmes( bûcher, lapidation) n'est que la conséquence de conditions matérielles défavorables, pas la nécessité de mater un être rebelle.

    Donc la soumission de la femme à l'homme, n'est que la conséquence inéluctable de son besoin de protéger ses enfants dans un contexte matériel incertain.

    Donc nous n'avons qu'à travailler à l'amélioration constante des conditions matérielles pour que nous soyons libres.

    Intéressant, mais je ne comprends pas ce qui a foiré en Arabie Saoudite.

    Intéressant, mais je n'arrive pas à m'imaginer me subordonner à un homme pour assurer ma sécurité matérielle.

    Je n'arrive pas à être d'accord, sorry. Mais je suppose que mon manque d'imagination quant à mon besoin de me soumettre dérive de ma sécurité matérielle.

    10
    Croc mignon
    Mercredi 5 Septembre 2012 à 23:22

    "Donc la violence institutionalisée pour le contrôle des femmes( bûcher, lapidation) n'est que la conséquence de conditions matérielles défavorables, pas la nécessité de mater un être rebelle".  Ben oui, toutes les règles religieuses, ou sociales coercitive, mises en place pour le contrôle des femmes (et des hommes aussi) découlent d'une possible mise en danger du goupe, d'un goupe. Dans ce type "d'économie" il vaut mieux supprimer l'élément perturbateur que mettre en danger le groupe alors on édicte des règles simples, à la portée de n'importe quel esprit, on leur assigne une valeur indémontrable et indiscutable sous peine de sacrilège (et les sanctions qui vont avec) et vogue la galère.
    Donc la soumission de la femme à l'homme, n'est que la conséquence inéluctable de son besoin de protéger ses enfants dans un contexte matériel incertain. Pas exactement, c'est le besoin pour le groupe de se perpétuer tel qu'il est et avec les valeurs qu'il porte. Bien sûr ça passe par la protection des enfants et donc par la soumission de la femme. L'histoire a montré suffisament de fois que l'anéantissemnt d'un groupe ennemi passait parfois par l'élimination des enfants et pas toujours des femmes qui étaient réduites en esclavage.
    Donc nous n'avons qu'à travailler à l'amélioration constante des conditions matérielles pour que nous soyons libres. Je pense qu'à terme c'est ce qui se produira si les conditions sont réunies.
    Intéressant, mais je ne comprends pas ce qui a foiré en Arabie Saoudite. Question de temps (ça a déjà démarré).
    Intéressant, mais je n'arrive pas à m'imaginer me subordonner à un homme pour assurer ma sécurité matérielle. Parce qu'actuellement elle est assurée et  tu as les moyens intellectuels de la faire perdurer et que l'on est pas au néolithique.

    11
    Get72
    Vendredi 7 Septembre 2012 à 09:04

    Le blog de ce fameux parti n'est plus accessible, mais même sans avoir suivi tout l'échange, ton texte est magistral !

    12
    Vendredi 7 Septembre 2012 à 10:13

    Ha c'est ballot. Enfin merci.


    Le pitch du manifeste du PDF, c'était que tous les maux de la terre sont la faute des hommes, et que pour les éviter faut mettre que des femmes au pouvoir, et pas un seul homme, parce que comme elles n'ont jamais gouverné et comme elles sont intrinsèquement différentes et bonnes, elles guériront tout d'un bisou magique grâce à une sagesse féminine atavique.


    Donc voilà, j'ai vu rouge :  c'est attendrissant deux minutes, mais après c'est un peu gerbant, et ça popularise le cliché des hystéro-féministes anti-hommes. Minorités visibles, toussa toussa.

    13
    Em
    Lundi 10 Septembre 2012 à 14:37

    Ouai c'est couillon, le blog a été supprimé (ma tu leur a fait peur ou koua??) En tous cas mille bravos pour tes reflexions, c'est vraiment interessant et agreable de te lire!

     

    Biz

    Emma

    14
    Lundi 10 Septembre 2012 à 17:08

    C'est le grand méchant loup féministe, ça fait peur.

    15
    Gaspy
    Lundi 10 Septembre 2012 à 22:33

    Effectivement, dans ce contexte, la disparition du blog en question est à tout le moins une drôle de coïncidence... "c'est ballot", comme tu dis. Toujours un plaisir de te retrouver révoltée face à ce qu'il faut bien appeler une forme de connerie. Parce que ce qui est intéressant se passe dans les coulisses, derrière les étiquettes (féministes ou autres), comme tu l'expliques bien. Et là, tout devient beaucoup moins facile... Tes remarques sur le milieu médical sont à ce sujet édifiantes et mériteraient d'être approfondies à l'occasion si un billet de ce genre te tente ;)
    Ça m'aura en tous cas donné l'envie de lire Despentes, dont je ne connais (comme pas mal de gens je pense) que le célèbre film "Baise-moi". Si tu as d'autres conseils de lecture, je suis preneur !

    16
    M.
    Mercredi 7 Novembre 2012 à 19:11

    Ah, merci, vraiment, merci pour ce billet intelligent, subtil et nuancé ! Vraiment, merci.

    J'aime particulierement cette phrase : " Tout ça pour attirer ton attention, cher Parti des Femmes, sur le fait que les femmes sont aussi moches que les hommes, parce que c'est la nature humaine. Il n'y a pas de bonté féminine, comme il n'y a pas de violence masculine."

     

    Quant a celui/celle qui critique Tatcher, elle a quand meme relevé l'Angleterre et pris de dures et gravec decisions qu'aucun homme n'avait pris avant elle. Pour moi, c'est un modele plutot qu'une hourri a bruler sur un bucher.

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