• Les Jeux Olympiques

    Dieux merci, c'est fini !

    On va pouvoir à nouveau regarder la télé tranquilles. Même si les programmes de l'été combinent les vertus soporifiques du Lexomil à l'action émétisante d'un écureuil bouffé par les vers.
    Pour les gens qui n'aiment pas le sport, la retransmission massive des JO peut se résumer à quinze jours de souffrance lancinante. Indigestion de muscles en action. Overdose de sueur cathodique. S'il y a des gens qui aiment courir quarante kilomètres sous un soleil de plomb, tant mieux pour eux, qu'ils le fassent ! Et que celui qui court le plus vite en soit heureux. S'il y a des gens qui aiment patauger dans le chlore insalubre des piscines, laissons-les faire ! Ils ne font de mal à personne et s'amusent - quel est le mal à cela ? Si d'autres trouvent leur passion dans le combat au corps et la virile empoignade de deux organismes en sueur, qu'ils se soient libres de vivre leur passion ! Et ceux qui veulent battre le lapin Duracel au saut en longueur - hop hop hop hooôoop badaboum - doivent le faire, si c'est là que mène leur voie.
    Mais que les journalistes amateurs de records ne l'imposent pas au monde lassé, ennuyé, par le sport. Si les amateurs de corps aux limites de l'extrême doivent avoir le droit souverain de regarder sans participer, ceux que ça emmerde devraient pouvoir y échapper.
    Ce que j'aurai retenu des JO de Pékin ? Manaudou s'est pris une raclée - tant mieux, ses frasques ne feront plus la une. Un épéiste polonais a fait preuve d'une chevalerie discutée envers son adversaire blessé. Un Chinois a dû faire des excuses publiques après s'être ramassé un gadin à ce truc où il faut sauter les haies. Il paraît que la cérémonie d'ouverture était très belle. Point. Ah oui, et puis les multiples aventures de la flamme olympique, dont je me contrefoutais royalement. La Chine a les JO ? Tant mieux pour eux, et pourvu qu'ils aient beau temps pour les faire. Il ne faut pas chercher des noises aux monstres économiques et politiques - du moins, pas ouvertement. Le Tibet et les libertés individuelles méritent qu'on se batte pour eux. Mais les victimes du régime nazi auraient-elles bénéficié de l'annulation des Jeux de Berlin, en 1936 ? Je ne pense pas. Tout ça sans vouloir comparer la Chine de 2008 à l'Allemagne totalitaire d'il y a (pas assez) longtemps. Le sport est le combat du corps. L'engagement est le combat de l'âme. Ceux qui font l'un ne peuvent se consacrer à l'autre.

    Ahem. Je parlais de la torture olympique télévisuelle.
    D'accord, N'oubliez pas les paroles est plus futile que Un jour à Pékin. On n'y parle pas du combat sans fin des athlètes pour repousser leurs limites et donner le meilleur d'eux-mêmes. Mais merde, laissez-nous voir la météo avant le JT ! Voir quelqu'un suer et se tuer à l'effort m'a toujours mise discrètement mal à l'aise, et je trouve que regarder quelqu'un en train de fournir un effort physique est aussi impudique que la contemplation, pour l'éternité, d'un gamin de dix-huit mois en train de se faire nettoyer les narines au sérum physiologique. Vous pouvez respirer. Même, je vous le conseille.
    Et il y a le compte des médailles. Suzy en a plus que Julie, nanananèreuh !
    Puéril. Le jour où je serai intéressée par le nombre de médailles d'or gagnées par mon pays, ou n'importe quel autre, c'est sans doute que j'aurai remporté l'une d'entre elles. Et encore.
    Il y a tant d'orgueil national, dans ces Jeux ! Tant d'amour-propre gonflé à l'EPO et assimilés ! Non, décidément, le sport organisé me fait vomir. Le sport est une pratique individuelle ; chacun utilise son corps comme il l'entend. Voir ces représentants et politiciens se parer des plumes du paon pour crier, de leur voix de geai, la fierté que leurs compatriotes plus musclés leur inspire, m'emplit de dégoût. Certains s'étonnent et rechignent à ce que les sportifs se voient décerner la Légion d'Honneur, au même titre que ceux qui ont versé leur sang pour cette idée que l'on nomme la France. D'autres en sont enthousiasmés. Moi, ça ne me fait ni chaud ni froid ; c'est simplement la preuve que la vie est une lotterie, et que, pourvu que l'on soit au bon moment au bon endroit, tout peut arriver. Car un sportif ne sert pas son pays. Il ne sert que lui-même. Qu'un Français gagne ceci ou cela, c'est un évènement, certes heureux pour lui, mais qui ne peut que l'intéresser lui, et ses amis, bien sûr. En quoi cela touche-t-il à l'honneur ou au rayonnement d'un pays ?
    Ce qui m'amène, actualité oblige, à cette étreinte de la Russe et de la Géorgienne sur le podium. On dirait que ça a tiré la larmichette aux journalistes ; c'est vrai que c'est beau comme un bouquin de Marc Levy. Leurs pays, entités abstraites, sont en guerre. Et, par cette étrange alchimie de la culture et de l'éducation, elles savaient, de manière intuitive, que l'autre était l'Ennemi. Elles ont simplement prouvé qu'avant d'appartenir à un pays quelconque, elles étaient humaines. C'est peut-être le sport qui fait ça - comme en médecine, on y apprend qu'un être humain en vaut un autre, qu'il soit blanc, noir, russe, géorgien, prix Nobel ou dernier des cons. Et puis l'Ennemi est la personne la plus proche que l'on ait, après tout. Enfin bon, elles ont fait ce qu'elles ont voulu ; ce geste aurait dû rester dans la pudique sphère personnelle au lieu d'être placardé contre les yeux du monde entier. Encore une fois la faute des journalistes. Ce geste, qui aurait été sublime dans l'intimité, devient, une fois public, grotesque. Ces deux sportives ont prouvé qu'au final les politiciens sont des cons, mais ce n'était pas la peine de s'appesantir là-dessus. Le ressasser était indécent et, je le maintiens, bouffi de ridicule.
    Ah, les bons sentiments ! Je pourrais en écrire un livre... C'est l'un des plus gros défauts de notre humanité adolescente ; sans doute que le savoir et l'accepter avec la même bénévolence que les tourments des guerres est l'un des premiers signes de philantropie.

    Enfin, les Jeux sont finis. Les athlètes vont rentrer chez eux et se remettre au travail. Ceux qui suivaient leurs exploits avec délices et engouement vont se détourner du rêve et replonger dans les tâches des routines sombres. Quoi qu'on en dise, les Jeux sont porteurs de rêve - les sportifs réalisent les ambitions de ceux qui les soutiennent. Leur corps ne leur appartient pas ; il est à ceux qui, engoncés dans la sédentarité coutumière des mornes jours, rêvent d'atteindre les limites de l'humain. C'est sans doute pour cela que les Jeux déclenchent tant de passions - parce que ceux qui y participent ne concourent plus pour eux-mêmes ou leur pays, mais pour les myriades que leurs dons font rêver.
    Pour cela, pour éclaircir le quotidien languide et pâle des hommes tristes, qu'ils soient remerciés.

    Ce qui ne me dispense pas d'être contente que ce soit fini. Parce que moi, j'aime pas le sport.


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  • Commentaires

    1
    Vendredi 22 Août 2008 à 23:34
    Ayoye..j'aurai jamais écris un article aussi long sur mon blog concernant les JO..:O
    2
    Lundi 20 Octobre 2008 à 14:39
    Je te rejoins sans aucune retenue dans tes propos !!!
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