• Les greluches

    Les greluches... comment parler dignement d'un tel sujet ? Comment rendre justice à ces fleurs de la civilisation contemporaine que sont ces personnages, toujours hauts en couleur, de la vie "civilisée"...

    Mais d'abord, qu'est-ce qu'une greluche, me direz-vous ? C'est une bonne question.

    La greluche est un être humain de sexe généralement féminin (les rares cas de greluches mâles ne seront pas étudiés ici), vivant en troupeau dans un habitat essentiellement urbain. Les cris de la greluche sont divers et variés, allant du simlpe gloussement au cri perçant. Ce dernier, en général proche des ultrasons, a été récemment identifé comme "aaaaaah, jveulemême strokawaiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!!!!!!!!!!!!" (pardonnez la transcription, forcément hasardeuse).
    Certaines études tendent à prouver l'existence, dans la population greluchienne, d'une forme de proto-culture extraordinairement fascinante. Celle-ci serait centrée sur la toilette des greluches ; en effet, ces charmantes créatures possèdent une variété de tenues et d'accessoires qui défie l'imagination. Les captures photographiques publiées dans les meilleures revues scientifiques (Elle, Cosmo, Point de Vue...) sont formelles sur ce point : une greluche n'est jamais habillée pareil deux jours de suite.
    Mais d'autres basent la proto-culture greluchienne sur l'idolation de totems et d'images sacrées. Il serait possible de ranger au rang de ces dernières les photographies de greluches (intéressant processus d'auto-fascination), et les portraits de certains acteurs (Johnny Depp (en pirate couvert de sueur), Leo DiCap (en immigrant irlandais noyé à cause d'un glaçon sans whiskey), et Johnny Depp (version torse nu)). Les totems (ou fétiches sacrés) seraient eux beaucoup plus divers : lunettes de soleil Christian Dior, sac Vuitton en bandoullière (imité si besoin), ceinture D&G...
    Toutefois, l'objet indispensable de la greluche, celui nécessaire à sa survie, plus que son maquillage outrancier ou ses frais de coiffeur à défriser Yvette Horner, est l'i-Pod.

    Parfois avantageusement remplacé par un lecteur mp3, l'i-Pod permet à la greluche de transporter sa musique dans les endroits les plus inadaptés à l'écoute: transports en commun, voitures, amphithéâtres, lits d'inconnus rencontrés en boîte... Mais bon, vu ce qu'écoute la greluche, même les chiottes de la gare d'Issy-les-Moulineaux sont encore un endroit trop snob pour cette musique.

    J'ai récemment eu l'occasion fantastique d'observer un troupeau de greluches dans leur milieu naturel (les cabines d'essayage d'un magasin de vêtements). Quatre spécimens particulièrement réussis gloussaient avec une élégance qui n'était pas sans rappeler celle, fort distinguée, d'une dinde à l'agonie... Deux portaient, sur les piquets de tente qui leur tenaient lieu de jambes, des jeans tellement slim qu'on avait l'impression qu'en les enlevant elles s'arracheraient l'épiderme. Une troisième, elle, avait opté pour un corsaire blanc, et la dernière portait une sorte de jupe (charmant vêtement imitant la montgolfière à l'atterrissage) sur un caleçon noir s'arrêtant fort stratégiquement juste au-dessus de ses chevilles osseuses. Le reste de leur accoutrement était par ailleurs d'une complexité indescriptible. On peut parler de "hauts" pour désigner ce qui couvrait la partie supérieure de leurs corps, mais le décrire nécessiterait pour le moins John Galliano... Il me suffira de dire que l'impression d'ensemble était de tissus flasques et informes, de couleurs psychédéliques, et recouvrait de larges ceintures exclusivement constituées de strass.
    Ces créatures gloussaient au sujet de leurs camarades de classe du sexe masculin. Paraît-il que l'un d'entre eux était trop sex avec ce qu'il m'a semblé être l'un de ces innommables pantalons dont l'entrejambe est si basse que celui qui le porte a la démarche ondulante d'un manchot, à l'époque de la fonte des neiges. Et leur description de la trop fière allure qu'avait un autre sur son scooter me fit plier en deux de rire derrière le rideau de la cabine...
    Désireuse d'approcher mes spécimens, je me dépêchai d'enfiler ce que j'étais venue essayer (une mini noire toute simple et un haut chocolat style Empire, mais ça tout le monde s'en fout) et sortis de la cabine.
    Il faut croire que l'intimité est nécessaire pour pousser des cris de délire orgasmique au sujet d'un scooter, car, à mon approche, le silence se fit dans le groupe. Les quatre greluches m'ont toisé du regard, jusqu'à ce que, dépitée, je batte en retraite... C'est la vie !

    Mais là où les greluches sont les plus touchantes, c'est lorsque, justement, la vie les rattrape et se venge sur elles. Lorsqu'une calamité effroyable s'abat sur leur monde si beau et trop kawaï (exemple : elles se sont cassées un ongle french manucuré de la veille).
    Alors, leurs traits se crispent en un sanglot exquis, et elles appellent aussitôt leur meilleure amie... Les paupières bouffies sous le khôl et le mascara water-proof, elles sanglotent (de préférence dans un lieu public) et se lamentent longuement... L'émotion fait ressortir, sous le fond de teint, quelques discrètes cicatrices de boutons d'acné, et, à force de se mordre les lèvres, le gloss à la framboise a disparu.

    Ne reste plus alors, en fait de greluche, qu'une jeune fille naïve et trop sensible, qui se raccroche vainement aux conventions sociales de son milieu. Et, malgré la futilité du désastre, je ne peux m'empêcher de plaindre ces pauvres filles, qui n'ont rien d'autre que de faux amis et des paillettes pour dissimuler leur solitude, et le vide du monde qu'elles se sont elles-même construit.

    Tags Tags : , , ,
  • Commentaires

    1
    Club 35
    Dimanche 30 Septembre 2007 à 23:32
    T'es vraiment excellente. Tu maitrise aussi le comique...La conclusion est touchante...Ton blog est en train de devenir mon favori, sans conteste.

    Une mini noire, bon choix
    2
    russlena
    Mardi 2 Octobre 2007 à 13:44
    HAHAHAHA!!!! je me poile!! tu imagines à quel point!!!

    bon on va se mettre au boulot et établir un score, pour déterminer la probabilité de grelucherie d'une patiente!!!
    je te laisse deviner le nom qu'on lui donnera, à ce score!!!!
    3
    Mercredi 7 Mai 2008 à 17:30
    J'avais jamais vu cet article avant, et je regrette pas de l'avoir lu !!!
    Je retrouve exactement certaines filles de mon collège (qui deviennent de plus en plus nombreuses ^^).
    Moi je donnerais une autre définition des greluches comme tu dis : Filles de déplaçant en grand troupeau, qu'on ne peut pas différencier car elle sont toutes habillées pareil, facilement reconnaissables grâce à leur rire (elles rigolent pour rien, je le sais, à force de les voir tous les jours)...
    Sinon juste une "conversation" dans mon car :
    "Qui porte du rose aujourd'hui ?? T'as du rose m-a ? (moi ^^)"
    "Non pourquoi ? Pour être assortie à morgane ?"
    "Pff n'importe quoi !! Le rose c'est la mode en ce moment"

    mdr ... ah la la t'as raison : ce sont des "pauvres filles" !!!

    4
    VickyDeppendante
    Jeudi 12 Mars 2009 à 20:33

    Il est bien ton article mais les greluches de mon bahu n'ont pas de "totems" elle trouve que ça "craint" et si elles en avaient sa ne serait pas Johnny Depp , Brad Pitt oui maius pas Johnny Depp!!Parce que celle qui sont fan de Johnny Depp (j'ai bien dit fan pas groupies) ne sont pas des greluches!! (je n'en suis pas une!!!)

    5
    Jeudi 12 Mars 2009 à 23:26
    Heureusement qu'on peut être fan de Johnny Depp sans être une greluche ! Sinon il y aurait du souci à se faire... Ça dépend des groupes, c'est tout !
    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :