• Les études médicales

    Caduceus red newQuand il m'arrive de sortir de ma coquille et de socialiser avec des gens hors médecine (ce qui est de plus en plus fréquent maintenant que le CSCT et l'ECN ne sont plus que des mauvais souvenirs, et c'est bien heureux), une question arrive systématiquement dans la conversation :

    Mais comment ça marche, les études de médecine ? Vous gagnez plein de thunes et vous passez votre temps dans les soirées, non ?


    Non.

    Les études médicales sont découpées en trois cycles (et ça restera comme ça tant que la réforme LMD n'aura pas été appliquée), j'ai nommé le PCEM (Premier Cycle des Études Médicales), DCEM (Deuxième Cycle etc), et TCEM (Troisième Cycle).

    Le PCEM dure deux ans :
    • PCEM 1 : année de bachotage pur et dur sanctionnée par un concours, de plus en plus sélectif malgré l'augmentation des numerus clausus, en raison de l'augmentation exponentielle du nombre d'inscrits. On y étudie les « matières fondamentales » (dont la nature varie selon les facs). L'anatomie est toujours étudiée, de même que la physique et la chimie. Les sciences humaines (dont le Droit et l'histoire de la médecine) figurent généralement au menu, de même que les divers avatars de la biologie (biochimie, biologie moléculaire...). C'est une année éprouvante, avec beaucoup de stress, et aucune vie sociale. Il s'agit donc de la première cause de rupture avec les copaings du lycée, qui parfois ne comprennent pas que le primant de P1 n'ait vraiment pas le temps de les voir. A noter que la P1 peut se doubler, mais que le triplement est exceptionnel (il nécessite en effet une dérogation, et surtout une très bonne raison).
    • PCEM 2 : pas mal de travail, mais moins qu'en P1. On peut retourner à ses cours de poterie et à voir du monde. On continue à apprendre les matières fondamentales, en rajoutant cette fois des cours de sémiologie (science des signes cliniques) ; un stage de soins infirmiers en début d'année (avant la reprise des cours) est le premier contact avec l'univers de l'hôpital. Des stages de sémiologie peuvent également être réalisés.

    Le DCEM, lui, compte quatre années. C'est le cycle où s'effectue l'externat :
    •  DCEM 1 : La D1 poursuit sur la lancée de la P2 ; avec le recul, j'ai du mal à me souvenir en quelle année j'ai fait telle ou telle matière (les démences précoces, c'est terrible...). La D1 est toujours marquée de stages hospitaliers de sémiologie et, dans certaines facs, il s'agit du début de l'externat (mais sans la paye).
    • DCEM 2 : C'est le début de l'externat, et le premier salaire. Plein de thunes ? Sans doute que 126 euros mensuels (bruts) représentent une fortune dans certains pays. Et pour une garde, où on dort peu (voire pas), 20 euros, c'est abusé. Quand on voit la quantité d'étudiants qui font des nuits d'infirmiers, c'est que non, ce n'est pas plein de thunes.
    • DCEM 3 : on continue l'externat et les 345 items du programme de l'ECN. Le rythme s'intensifie en général ; tout en restant vivable, ça commence à sentir l'année suivante, cette foutue
    • DCEM 4 : argle. Comme en P1, bachotage à fond, pas de vie sociale (j'ai vécu les mois d'avril et mai enfermée dans ma chambre, et si j'enlevais mon pyjama c'était bien pour avoir l'impression de faire quelque chose d'autre que de la médecine dans la journée). Avec en prime le stress des stages hospitaliers d'externes (salaire augmenté royalement à 273 euros bruts mensuels). Année de merde, pire, au ressenti, que la P1. Et un stress souvent qualifié d'inhumain.

    Après l'ECN, c'est la vie d'interne qui commence. Les soirées ? Check, une par mois à l'internat dans ma ville. La somme de travail ? Check, énorme en spés med (pour moi, ça va pour le moment, c'est assez light, mais aussi, en chir viscérale, je ne sais rien faire). L'argent ? Salaire décent, 1 350 euros bruts mensuels, mais pas le pactole supposé par la rumeur.

    Ah oui, et un dernier point à corriger dans l'opinion publique : non, les filles qui font médecine ne sont pas des chaudasses prostiputes faciles à choper. Elles sont normales, et ont une légère tendance à se vexer si on leur demande en début de soirée :
    - Ouais, mais les filles en médecine... ben elles sont chaudes... puis elles sont faciles...
    - Nan, pas toutes, c'est comme partout.
    - Ouais mais toi, par exemple, euh, t'es facile ?
    - Va crever, connard. 

    Tout ça pour dire que médecine, ça n'est pas Grey's Anatomy. Il y a plus de sueur que de glamour et plus de travail que d'Audi Quatro pendant l'externat et l'internat. C'est souvent difficile de tenir le rythme et d'acquérir l'immense somme de connaissance exigée (apprentissage qui se fait souvent, et c'est logique, au détriment du reste).

    Mais Dieu que c'est bon !!! 

    (Image : Caduceus red new, domaine public)


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