• Les brutes de l'air médecine

    Ces dernières semaines, et même ces derniers mois, un air désagréable souffle sur le Twitter médical. La bourrasque a pour l'instant atteint son apogée avec la sortie de l'essai de Martin Winckler, sobrement intitulé les Brutes en Blanc, et qui veut dénoncer la maltraitance médicale. Le but de ce billet n'est nullement de nier le problème, qui est réel, et capable d'empêcher des gens d'avoir le suivi médical nécessaire. Les médecins maltraitants existent, oui, et doivent faire l'objet d'enquêtes ordinales et pénales aboutissant sur des sanctions. Il n'est nullement mon intention de défendre des praticiens qui sont la honte de la profession.

    Ceci étant dit, accepté et posé :

    J'en ai PLEIN LE CUL - et je ne suis pas la seule - de voir une petite bande de personnes non impliquées dans le soin (oui, je range Martin Winckler dans cette catégorie) affirmer que tous les médecins sont par définition maltraitants, nocifs et sadiques. 

    Une directrice d'hôpital, madame Clara de Bort, est issue d'une école de l'administration et n'a jamais vu un patient de sa vie, en tout cas pas autrement que comme un élément de gestion. Elle n'a jamais travaillé au sein d'une équipe soignante, jamais connu la réalité du soin - ce qui ne l'empêche pas de se proclamer soignante et experte sur la relation médecin-patient. On parle d'une femme qui veut faire une réunion de service avant de dire ou non à une famille que leur enfant mort a beaucoup, beaucoup souffert avant de mourir.
    Un ancien médecin, Martin Winckler, n'a plus approché un malade depuis 2008, et a nourri sa carrière d'écrivain et de chroniqueur de l'expérience d'un métier qu'il déclare lui-même n'avoir pas choisi. Et a quitté dès que ses travaux de plume lui ont offert un plan B stable. Le fait que lesdits travaux soient depuis une vaste vomissure sur la profession est sans doute une coïncidence.
    Ils ne sont pas les seuls à hanter les réseaux sociaux. Tout une escouade de chevaliers blancs du soin fait son beurre sur la maltraitance médicale, soit des déconnectés du soin, soit des soignants qui cherchent à se singulariser en léchant les bottes des "bienveillants" médiatiques. Un confrère leur a trouvé un surnom très approprié : les spécialistes de l'air médecine. Ils ont un point commun : être coupés de la réalité quotidienne du soin, et des différentes réalités professionnelles que recouvre la médecine. Ils s'impliquent et se gargarisent dans des initiatives "pédagogiques"  où des étudiants - dont la principale expérience clinique est de faire des ECG et d'essayer d'apprendre à reconnaître des crépitants pulmonaires - sont enchantés de servir de piédestal à ces egos coupés du monde.

    Ce déferlement de généralités accusatrices est issu de personnes qui n'ont pas, ou plus, l'expérience de la situation qu'elles critiquent. En tant que féministe, je ne peux que constater la ressemblance avec ces hommes qui veulent dire aux femmes comment elles doivent régler leurs problèmes. Que les médecins maltraitants existent et nuisent est une réalité, bien moins prévalente que ce que prétendent les spécialistes de l'air médecine, mais une réalité qui doit être mise au pas au sein de la profession. Les causes de la maltraitance doivent être identifiées et traitées à la racine. Mais chier sur l'ensemble d'une profession n'a jamais été un traitement valide.

    La critique est aisée, l'art est difficile. Mais la critique en question rapporte des contrats d'éditeurs, de chroniqueurs, et des interviews, et la critique abusive des médecins n'est que le dernier avatar de la démagogie ambiante.

    Ça, c'était la première partie. Le cri de ras-le-bol de voir que des gens qui ne connaissent rien au problème se permettent d'accuser et d'agresser une profession entière, et de prendre la parole à notre place sur ce qui devrait être fait. Relayer les témoignages, oui, nous dire comment soigner alors qu'ils ont une expérience nulle, périmée ou extrêmement lacunaire dans le domaine, non. Occupez-vous de vos fesses, merde.

    La deuxième partie, c'est la relation de soin considérée comme institutionnellement abusive. On parle de problèmes institutionnels pour le capitalisme, le racisme ou le sexisme, qui sont des discriminations inscrites dans le tissu de la société. Les dominés y sont enfermés dans un rapport de pouvoir inégal avec les dominants. Les dominants y utilisent leur pouvoir pour confirmer les avantages matériels et sociaux que leur confère leur position.

    Dans une relation de soin, l'inégalité est une inégalité de savoir tout comme de savoir-faire. ET C'EST NORMAL SINON LES PATIENTS NE VIENDRAIENT PAS NOUS VOIR. Notre rôle est de leur communiquer cette portion de savoir qui les concerne, et de les guider vers la meilleure décision pour leur santé. Mais on ne peut pas tout leur communiquer, parce qu'on ne peut pas faire passer l'intégralité d'années d'étude et d'expérience en 15, 30 ou 45 minutes de consultation. Il est impossible de délivrer l'ensemble de nos connaissances, et de la manière dont on les pondère dans notre prise de décision clinique. Au terme de l'entretien médical, on explique, on discute, on propose nos conclusions, ET C'EST POUR ÇA QUE LES GENS VIENNENT NOUS VOIR. Sinon ils se contenteraient de Wikipédia et de commander leurs médicaments sur internet. C'est aussi pour ça que, contrairement aux avant-dernières affirmations de Winckler à m'avoir fait grimper aux rideaux, il est impossible de soigner sa famille de manière objective. Et encore moins de se soigner soi-même. La relation de soin est basée sur cette inégalité de savoir, puisque c'est justement ce savoir que les patients viennent chercher. Si on n'en savait pas plus qu'eux, et si l'on n'avait pas la distance émotionnelle nécessaire, il ne servirait strictement à rien de venir nous consulter quand ça ne va pas. Nous sommes là pour en savoir plus. Savoir, c'est notre rôle.

    Alors du coup il faut nous faire confiance. Et je comprends que ce soit flippant. Il faut nous faire confiance pour la délivrance de l'information adaptée, et pour nos conseils de soins. Parce que j'avoue que le dernier que j'ai vu en consultation qui voulait attendre que son cancer progresse aux ganglions pour se faire opérer, je l'ai travaillé au corps pendant une heure pour qu'il change d'avis. Il s'était renseigné, avait tiré une conclusion sincèrement inadaptée, et venait me voir pour que je lui confirme qu'il avait raison. À la place, je lui ai sorti les courbes de survie de sa maladie selon le stade au traitement, et je lui ai expliqué en long en large et en travers la balance bénéfices/risques de l'intervention. Sans doute que les partisans de l'air médecine trouveront que j'aurais dû me laver les mains de sa décision de ne pas se faire opérer. Ben bizarrement j'ai essayé de lui expliquer pourquoi il valait mieux passer sur le billard maintenant que de finir en chimio. Et puis il a changé d'avis et pris une décision éclairée. S'il avait persisté dans son refus... on n'opère pas les gens contre leur gré, hein. Je lui aurais souhaité bon vent, bon suivi, et revenez me voir quand vous voulez, mais je ne pouvais pas ne pas essayer de le faire changer d'avis. On n'est pas non plus des ouvriers spécialisés chargés d'exécuter ou non un traitement X à la chaîne selon le bon vouloir du patient. Si replacer le patient en position d'interlocuteur et d'acteur de sa prise en charge est le b a ba de l'éthique médicale moderne, ça ne veut pas dire non plus que ça doit être la fête du slip et que les médecins doivent se laver les mains de ce que choisit le patient après lui avoir récité quelques pages de cours. Le soin est un dialogue nécessaire. Si le monologue médical est toxique, oui, le monologue du patient est une absurdité. Respecter la décision des patients est nécessaire, mais leur laisser prendre des décisions inadaptées sans essayer de les faire changer d'avis est criminel. Bizarrement (ou pas), pour l'instant aucun patient que j'ai détourné d'une telle décision ne m'en a voulu. Parce que la médecine est un dialogue, pas une décharge d'informations brutes et de démerde-toi avec ce que je t'a dit après tout c'est ton choix je m'en fous. Reconnaître le rôle central du patient dans sa prise en charge, ce n'est pas non plus le laisser réclamer des conneries sans protester. La relation de soin est une relation de confiance à double courant : confiance du patient dans nos connaissances, nos aptitudes, et notre confiance dans la capacité d'écoute des patients.

    Alors oui, je suis sans doute une brute, comme beaucoup d'autres : je suppose qu'il est possible de parler avec mes patients et de les aider de mes connaissances. Je suppose qu'ils me font confiance et m'écouteront si je leur explique pourquoi, scientifiquement, telle ou telle attitude est recommandée ou au contraire néfaste. Je leur accorde également le crédit de l'intelligence et de la compréhension. Qu'ils ne menacent pas de me péter un fémur au lieu de discuter. J'accorde à mes patients la confiance que j'attends d'eux : s'ils sont en droit d'avoir de ma bouche les réponses à leurs questions, j'ai aussi le droit d'être respectée. Et ils ne viennent pas me voir pour écouter une liste de possibilités et de traitements et de complications, mais pour que je replace ces informations dans leur contexte, adaptées à leur cas particulier, et puisse discuter avec eux de la meilleure marche à suivre. 

    Toutes ces choses que les spécialistes de l'air médecine sont, par définition, incapables de comprendre. Ce qui ne les empêche pas d'essayer de nous donner des leçons.

    Les spécialistes de l'air médecine veulent déranger et interpeller, et une bonne partie de leur argumentaire repose sur le fait que les "brutes" hurlent à la mort en entendant leurs accusations. "Il n'y a pas de fumée sans feu", "il n'y a que la vérité qui blesse", etc etc. J'ai conscience que ce billet apporte, dans ce sens, de l'eau à leur moulin. Mais les laisser dire est toxique. Notre profession est fatiguée de ces charlatans de la bienveillance, en plus de subir des conditions de travail qui se dégradent, tant en libéral qu'en hospitalier, tant pour les médecins que pour les infirmières, les sages-femmes, les AS... La course aux profits des différentes administrations est une maltraitance institutionnelle autrement plus prévalente que la soit-disant maltraitance médicale généralisée, et autrement plus inquiétante pour la qualité des soins. Laisser, par dessus tout ça, une poignée de blaireaux médiatiques vomir sur des professionnels qui font de leur mieux ? Non. Non.

    Toute l'énergie que nous devons consacrer à lutter contre ces accusations nocives et infondées, c'est de l'énergie que nous ne pouvons consacrer à des choses plus importantes et constructives.

    Enfin, deux personnes au moins ont défendu notre cause face aux spécialistes de l'air médecine avec plus de brio que moi : Christian Lehmann et Fluorette. Lisez-les. Nous ne sommes pas maltraitants par nature. Nous faisons de notre mieux. Vous aussi, faites-nous confiance.


  • Commentaires

    1
    tellinestory
    Jeudi 13 Octobre 2016 à 09:53

    "Si le monologue médical est toxique, oui, le monologue du patient est une absurdité".

    C'est sans doute la phrase la plus juste que j'aurai entendue sur le sujet!

    Je pense qu'un bon médecin, surtout quand il s'agit de la part non strictement technique de notre exercice,  est celui qui travaille sur " La marge audible". Qu'est ce que la personne peut entendre, dans le moment présent, de ce que j'aurai à lui dire? Et qui entend que sa résistance est aussi une sauvegarde. Que parfois il faut avancer à petit pas. Mais pas renoncer à ce que l'on estime, dans le cadre de nos connaissances, la meilleure chance pour lui. Parce que si on se "met à sa place", plus personne ne tient la nôtre.

    2
    dr niide
    Jeudi 13 Octobre 2016 à 09:57

    Je suis donc un pilote d'air médecine, un médecin déconnecté de la réalité qui se gargarise d'innovation pédagogique, pourquoi pas? Ceci ne m'empêche  pas d'avoir une activité de soins. J'ai passé le temps de la révolution et même de l'évolution, en vieillissant j'en suis venu à cultiver mon jardin, je fais la médecine que je souhaite, je l'explique aux patients, je ne cherche plus à transformer la médecine l'âge ou la maturité peut être. je n'en reste pas moins critique d'une profession certes débordante de bonnes volontés mais aussi de maladresses qui blessent les patients mais aussi les soignants eux même. 

    Deux points en particulier me font réagir à ce billet. Tout le monde est habilité à donner un avis sur la médecine, son organisation, les médecins et leur attitude. Je ne peux accepter l'idée que la parole du praticien de terrain confronté à la réalité sont supérieur à celle du patient, du directeur d'hôpital, du médecin à la retraite. 

     

    L'analyse de la relation entre le médecin qui sait et le patient qui ne sait pas est incomplète. Le patient ressent un danger pour sa santé, son emploi, sen avenir, son intégrité physique, sa vie. Le médecin lui n'a pas ses risques, c'est en ça que la relation médecin malade est asymétrique. Pour finir un peu d'autopromotion pour détailler ces notions  http://dr.niide.over-blog.com/2016/07/care-is-not-benevolence.html 

     

    3
    Jeudi 13 Octobre 2016 à 11:41
    Germain HUC

    La guerre qui fait rage actuellement est à mon avis plus profonde encore.

    Elle tire ses origines de la méfiance érigée en système de vie. Les médecins, comme tous les "pouvoirs", sont devenus a priori des menteurs dans l'esprit des gens (de certaines gens, bien sûr). Et la violence qui se déchaîne contre nous est d'autant plus forte que les attentes sont grandes envers nous collectivement et individuellement.

    Que les moutons noirs parmi nous existent est un fait. Nous en avons tous des exemples dans notre pratique, hélas.

    Qu'ils doivent jeter l'opprobre sur toute la profession, c'est  intolérable.

    Mais pourquoi donc l'avis d'un médecin de terrain a plus de valeur pour répondre au dr niide ?

    Simplement parce que le terrain change. Tous les jours.

    La société change.

    Elle devient apeurée, méfiante, agressive.

    Ceux qui travaillent malgré tout dans ce climat le savent, et pas seulement ceux qui ont été ou sont menacés par des patients à qui le "tout tout de suite" est refusé. Même dans le comportement de nos patients les mieux "éduqués" (je ne trouve pas d'autre mot que l'éducation pour parler de cette politesse et de ce respect qui ne doivent pas quitter un seul instant un être humain, quel que soit son métier), on perçoit des traces de cette évolution mortifère.

    Bien au chaud au Québec, ou en retraite, comment voir cela ?

    Les discours humanistes, c'est très beau. Mais les actes c'est mieux.

    Je me considère comme Humaniste, héritier d'une tradition remontant à Erasme.

    Mais je refuse que le respect ne soit dû que dans un sens seulement. Je suis soignant, c'est vrai. Je suis aussi un être humain. Avec mes imperfections.

    Je ne tolère pas qu'on me qualifie de brute.

    Il serait bon de poser enfin que la relation de soin est certes asymétrique mais toujours le lieu de rencontre de deux HUMAINS, égaux donc dans le respect qu'ils se doivent l'un à l'autre.

    J'en explique certains point ici :

    http://decaille-deplume.fr/vocation-medicale-cette-chimere/

    Il faut reconnaître que notre formation trop hospitalocentrée est parfois dispensée par des médecins qui ont oublié certaines valeurs.

    Mais plus que de cours donnés avec des patients, c'est de nous ouvrir à d'autres soignants que nous avons besoin : pourquoi pas des cours donnés par des infirmières, des psychologues, des kinés ?

    Nous avons besoin que la société s'apaise dans son ensemble. Toutes les fractures qui la traversent se rejoignent dans cette polémique : respect, différence, pouvoir, liberté, responsabilité, argent. Tout y est.

    Ce n'est pas la médecine ou les médecins qui sont des brutes. C'est notre société.

    Dont les partisans de l'air médecine font parti.

      • Jocrisse
        Jeudi 13 Octobre 2016 à 23:45

        "Bien au chaud au Québec"   Je suis désolé mais c'est un oxymore :)

        Moi j'aime bien lire ces brèves sur les médecins maltraitants etc... comme je ne m'y reconnais pas du tout, ça me donne l'impression d'être un médecin super-humain super-gentil; un peu Jésus quoi (alors qu'en fait je dois juste être normal)! C'est comme regarder les anges de la téléréalité : on a vite l'impression d'être un prix Nobel!

        Quant à l'impact du livre de MW, je suis pas sur que ça intéresse beaucoup plus loin que les rocades/périph des grandes villes ou les auditeurs de FranceInter.

        Vers chez moi c'est la campagne (mais le coté misérable). Ceux qui bossent (je ne parle pas des médecins) n'ont pas le temps de lire ça, ceux qui ne bossent pas galèrent déjà pour s'acheter à manger jusqu'à la fin du mois et ne peuvent pas dépenser 16€ pour un hardcover de dissertation sur la qualité des soins. De toute façon il n'y a pas de librairie...

    4
    Titi toto
    Jeudi 13 Octobre 2016 à 12:05
    Merci
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    5
    Jeudi 13 Octobre 2016 à 19:24
    Clara de BORT

    Chère madame

    Etant bloquée par vos soins depuis des mois, je ne peux vous répondre sur twitter je le fais donc ici. De fait, ce blocage vous empêche aussi de lire ce que j’y écris, ce qui justifie probablement les interprétations erronées que je lis dans votre billet (à moins que cela ne soit simplement de la fatigue, ce qui se comprend, ou de la mauvaise foi, ce qui là aussi est votre droit).

    Le fait que vous déniez à une personne qui n’est pas des vôtres de s’exprimer sur les soins est qualifié par certains de corporatisme. Ce n’est pas un point sur lequel j’ai l’habitude de m’attarder.

    J’ai choisi d’être directrice d’hôpital il y a bien longtemps, précisément comme tant de mes collègues pour l’intérêt et le respect que je porte au soin, aux soignants, aux patients. J’apprécie les échanges avec les professionnels de santé, que ceux-ci portent sur le projet médical d’un hôpital, les investissements, les effectifs, la formation mais aussi naturellement la qualité des soins et la bientraitance. Car en effet tout est lié et nos hôpitaux souffrent bien davantage de leurs territoires internes (chasses gardées) que de leur transversalité.

    Je comprends la colère que provoque chez vous et certains de vos confrères la transgression de cet interdit que vous posez à ces mêmes « administratifs » d’avoir ne serait-ce qu’une pensée sur la relation thérapeutique. Car il s’agit bien de cela : si je ne me sens ni compétente ni légitime pour discuter d’une prescription médicale, je me sens tout à fait compétente et légitime, en tant que directrice d’hôpital mais aussi en tant que patiente, à poser un avis sur la relation soignant-soigné, qui a d’ailleurs été –mais vous l’ignorez- au cœur de ma formation.

    Dénier à tous ces acteurs indirects du soin (tout autant qu’à ceux qui expérimentent ponctuellement ou de façon chronique nos établissements de santé, aux soignants qui ne sont pas en France / qui n’exercent plus / qui écrivent des livres/ aux journalistes, aux chroniqueurs) le droit et la légitimité de s’exprimer sur la bientraitance est d’une part contraire à l’éthique du soin, mais d’autre part contre-productif. Car, outre le fait que l’on est généralement plus intelligent à plusieurs, vous ne pouvez fustiger (souvent à juste titre !) l’éloignement de ces « administratifs » de vos préoccupations quotidiennes, et refuser dans le même temps que ceux-ci questionnent vos pratiques et s’intéressent au même objet que vous : le patient.

    Etre soignant c’est beau et c’est difficile ; être professeur, policier, manageur a aussi sa part de noblesse et d’incommunicabilité. Cela ne devrait pas interdire l’échange et le respect. Sans nier ni votre engagement ni votre expertise, il devrait être possible de parler du collectif et du soin sans que cela soit pris comme une agression. S’ouvrir à l’avis des patients, échanger avec les autres hospitaliers, accueillir les éclairages de sociologues, de philosophes, de juristes, d’historiens, tout cela est encore trop peu enseigné mais ne peut que faire de nous tous que de meilleurs professionnels.

     

    Bien à vous,

    6
    Vendredi 14 Octobre 2016 à 15:24
    Vervaine

    Je comprends bien votre point de vue et votre agacement à se sentir critiqué.e par des "non-collègues". Je voudrais apporter mon témoignage de "patiente". Il me semble qu'on ne peut réduire le rapport soignant-soigné à un différentiel de savoir. C'est sans doute un peu pus complexe que cela.

    Alors oui, les (certains) médecins s'agacent de ces patients qui posent des questions, qui se sont renseigné.e.s (parfois sur internet, le maaaal) et qui voudraient en savoir plus. Parce qu'après tout, c'est leur corps et qu'ils ne veulent plus se fier à un seul avis.

    Mais certains patients s'agacent aussi de ces (certains) médecins qui pensent tout savoir, qui ne se remettent pas en question et qui -oh comble- ne mettent pas à jour leurs connaissances médicales. Si si ça existent.

    Oui, on trouve de tout sur internet, des pires idioties aux idées les plus censées. Mais oui, il y a aussi des gens qui, bien que malades, ont un cerveau et essayent de l'utiliser. Et qui, même s'ils n'ont pas fait médecine, arrivent à comprendre certains concept médicaux, et se permettent de remettre en cause certaines pratiques.

    En résumé, il existe -je pense- tout autant de patients pénibles que de médecins imbus d'eux-mêmes (sans être forcément des incompétents ni des "grands méchants"). Mais je pense que tout le monde aurait à y gagner à écouter la critique, et à accepter la discussion et la remise en cause.

    7
    exdoc
    Mercredi 7 Décembre 2016 à 18:46

    Bonjour,

     

    j'ai laissé tombé le soin aussi. Ras le bol de donner mon temps, mon énergie, mon attention, mon sommeil, ma santé, ma vie, à des ingrats... Insultée par une femme de directeur d'hopital qui refuse de faire un contrat pour la derniere garde (je rendais service car personne pour le faire...), obligée de remplir des paperasses débiles, méprisés par les médias, mal payés en regard du niveau d'études, de responsailité et de la quantité de travail... et bien qu'ils aillent tous BIEN DE FAIRE FOUTRE. J'ai sacrifié 20 ans de ma vie à soigner, et à ce jour cela me donne envie de vomir. Rétrospectivement, le pire jour de ma vie a été celui ou j'ai eu le concours de première année. J'aurais mieux fait de le rater.

    Personne pour défendre les médecins et les soignants en général... très bien, quand toutes les bonnes volontés seront usées, ils se feront soigner par des écrivains, il leur restera des homéopathes, un peu de médecine "chinoise" ou "quantique"... et tant pis. Médecins, sage-femmes, infirmiers, aide-soignants... qui est maltraité en réalité ? Personnellement mes études ont été un calvaire, de l'esclavage. Un soi en garde, j'ai zappé un résultat, ça n'a pas eu de conséquences mais l'ingénieur qui vérifiait m'a réveillée donc empecher de recuperer un eu en m'engueulant, lui qui n'a JAMAIS fait aucune garde de sa vie. SI on ne tolère pas l'erreur, alors qu'on ne fasse pas travailler les internes 35h d'affilée et ce plusieurs fois par semaines et sur plusieurs mois. Et encore ... je suis gentille, la réalité à certains endroits est bien pire. QUI EST MALTRAITANT DANS L'HISTOIRE ?

    Bonne chance :)

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