• Les bottes de neige

    Donc, l'autre jour, je suis allée me promener dans la campagne. Nous sommes en décembre, il a beaucoup plu ces temps derniers, et il a même neigé en altitude. Bien.
    Voilà une situation qui impose des mesures adéquates en matière de chaussures.

    Il faut commencer par bannir tout ce qui est beau. Oubliez les ballerines à pois comme en ont les greluches de l'île de Ré (Grelucha saint-martiniensis), les bottines en daim flambant neuves et, bien entendu, les sandalettes à talons.
    La meilleure manière de procéder dans ce cas est de s'asseoir devant le placard aux chaussures et de sortir les boîtes au fur et à mesure. Allez-y, faites-le, nous ne sommes pas pressés.
    Voilà, très bien.
    Oui, les bottes cavalières, aussi. Elles ont des semelles qui glissent.
    Parfait, nous pouvons continuer.

    60% des paires de chaussures disponibles sont maintenant éliminées. Passons à la suite, j'ai nommé : les chaussures de sport.
    Mais non, vos vieilles baskets archi-confortables ne vont pas, enfin ! La semelle est aussi lisse que le crâne d'Alain Juppé ! Je suis sûre qu'au Québec, il n'avait pas ce type de chaussures...
    Ah. Enfin.
    Du fond du placard émergent, telles le berceau de Moïse sur les eaux du Nil, vos chaussures de marche à semelle anti-dérapante (vu de dessous, on dirait un pneu d'engin de chantier), celles qui tiennent la cheville contre les entorses et ont (presque) le GPS intégré (147 euros chez Décathlon).
    Oui, enfin, elles sont en toile, hein. Parce que le ciel brillant et les feuilles qui chantent sous la brise légère, c'est sur l'acceuil. Ici, c'est la vraie vie. Et, dans la vraie vie, il y a de la boue.

    Attention, quand je dis boue, je ne parle pas du sol un peu détrempé par la petite pluie de la veille. Je parle de ce qui tiendrait la première place au Concours International des Boues et Marais si les tourbières d'Ecosse n'existaient pas. Vous savez, dans Ford Boyard, quand ils font des combats de boue ? Et bien ils se fournissent chez nous. Au pied du Puy-de-Dôme. Sur le petit sentier qui longe le bois-des-champignons et, plus précisément, au niveau des espaliers.
    En effet, bien que la zone soit un parc naturel, le terrain demeure la propriété de particuliers, qui ont donc installé de jolis fils de fer entre les parcelles (ils ne sont pas Auvergnats pour rien non plus). Le Conseil Régional, prévoyant, a, dans sa grande mansuétude, prévu des espaliers pour traverser les clôtures et continuer les sentiers.
    Les-dits sentiers existant depuis des lustres, des générations de promeneurs les ont empruntés. C'est pourquoi, quand il a plu ou neigé dans la semaine, il y a un pouce de boue sur les sentiers les plus fréquentés. Sur les autres, on s'enfonce de dix centimètres à chaque pas, à cause des vaches qui ont bien creusé le terrain.
    Et, aux espaliers, comptez en bien vingt. Les petits chiens reculent, de peur de se noyer, et seuls les téméraires franchissent ce bourbier sans frémir.
    (Les intelligents, eux, vont discrètement arracher une ou deux branches de genêts pour poser sur la boue et passer sans problème... Ceci dit, quand on est souple, mieux vaut escalader la clôture, c'est plus rapide. Mais ce n'est pas le sujet.)

    Et vous voudriez imposer un tel calvaire à vos chaussures de marche ? Sans coeur, va ! Vous les voyez, les pauvres, patauger dans cette gadouillasse collante, et laisser passer l'eau à travers la toile pour vous tremper les pieds ?
    Ah, mais quand même !

    Donc, éliminons les chaussures de marche.

    Et là, il ne reste plus qu'une seule paire dans le placard.
    Les bottes de neige.
    Elles sont vieilles. Un peu sales. Assez sales, même. Le fourrage, à l'intérieur, est écrasé et fait des peluches de la couleur des trois paires de chaussettes les plus chaudes que vous possédiez. La semelle intérieure isotherme pèle aux talons.
    Mais elles possèdent plusieurs qualités : a) elles sont chaudes ; b) la semelle accroche et c) elles en ont tellement vu qu'elles ne craignent plus rien.

    Va donc pour les bottes de neige.

    Vous les enfilez donc (après avoir un peu rangé le bazar) et vous allez au garage prendre la voiture. Et là, premier problème.
    Vous n'avez jamais conduit avec ces bottes-là.
    Qu'à cela ne tienne ! Vous vous installez d'un air royal au volant de votre Saxo chérie, et c'est parti pour l'aventure ! Aventure qui commence au bout de la rue, quand vous manquez emboutir l'arrière-train d'une Mercedes (oui, on ne bugne jamais une 205 pourrie, toujours une belle wouature toute neuve bien chère... ou alors la sienne ! c'est la loi de Murphy, hélas.)
    Mais pourquoi tant de violence routière ?... ma foi, sans doute à cause des trois centimètres d'isolation séparant votre pied de la pédale de frein.
    Conduire sur une vingtaine de kilomètres (route sineuse) dans ces conditions est... très intéressant. Je suis sûre que les assureurs adorent.

    Enfin bref, vous finissez par arriver au parking du Puy-de-Dôme (pas trop bourbeux), puis vous faites une loooooooongue balade de trois heures, les pieds dans la gadoue, la gadoue, la gadoue, et aux anges de retrouver vos montagnes où vous n'étiez pas venue depuis longtemps. L'appareil photo au poing, vous mitraillez les volcans, les nuages, un peu tout ce qui passe... et puis c'est l'heure de rentrer pour cause de forte envie de thé et de petits gâteaux.

    Et première surprise... Aux trois centimètres de pneu de chantier se sont subitement rajoutés quatre centimètres de boue. Vous voilà donc partie pour une bonne séance de grattage de semelles dans l'herbe.
    Puis deuxième surprise... Votre pantalon, lui aussi, est plein de boue. Oh, devant, ça va, c'est présentable. Mais derrière... il y en a jusqu'à mi-mollets.
    Forte de votre devoir civique (il est interdit de ramasser quoi que ce soit dans le parc, et, pour l'occasion, on va étendre ça à la glèbe fertile des volcans), vous entreprenez de détacher de votre personne cette partie des monts d'Auvergne qui a entamé une relation fusionnelle avec votre personne.
    Quand, d'un coup, le choc.

    Une vache vous regarde.
    Une magnifique salers de plus d'une demi-tonne, qui mâche langoureusement un brin d'herbe entre ses mâchoires vigoureuses. Ses copines aux cornes en forme de lyre sont au fond du près, derrière la barrière électrifiée : aucun danger.
    Vous regardez la vache.
    Moment d'émotion.
    Puis la vache se tourne, regarde ses collègues, vous regarde, et se dirige tranquillement vers le fond du près rejoindre les autres.
    Et là, vous croyez l'entendre dire : "Non mais visez-moi un peu cette gourde-là qui vient patauger dans la boue avec ses bottes de neige..."

    Abasourdie, vous mettez un moment avant de réagir et de crier :"Greluche ! Je voudrais t'y voir, toi !"

    Puis, devant l'absence de réaction, vous regagnez votre voiture, dépitée, jurant bien que l'on ne vous y reprendra plus.

    Tags Tags : , , ,
  • Commentaires

    1
    CriCri Profil de CriCri
    Mercredi 5 Décembre 2007 à 17:29
    Ah oui... Ah, je connais la matière    Hier soir, j'ai gratté mes deux paires de chaussures du weekend dernier et je n'ai pas encore osé m'attaquer à mon pantalon.  Il faudra bien que je le remette en état, pourtant.  J'ai 30 km de marécages qui m'attendent samedi.  Du reste, je me suis fait une raison.  Aucune semelle n'est à la hauteur des couches de boues actuelles.  Et comme je n'ai pas de Moonboots...  C'est reparti pour un exercice d'équilibre !
    2
    Mercredi 5 Décembre 2007 à 22:03
    A quand les photos ? Que je puisse dire que c'est joli, mais pas autant que la bretagne ?
    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :