• Le pouvoir du Verbe

    Suite au poste de PUautomne (ex-Kystes), après la version du PU attristé de devoir utiliser son titre pour obtenir quelque chose, la version de l'interne frustré de devoir demander au PU de téléphoner.

    Petites histoires, arrivées à mes co-internes et moi.

    Monsieur L a, pour des raisons diverses, une sténose œsophagienne. Suivi de longue date par un PU du service, il revient le voir pour une aphagie authentique. Verdict : on va vous hospitaliser, monsieur, et pis demander une fibro avec pourquoi pas une pose de stent œsophagien. Fatigué de ne plus pouvoir avaler sa salive, monsieur X agrée à ce programme et monte dans le service. L'interne fait une demande de fibro, appelle la secrétaire de la fibro pour lui demander de la poser sur le sommet de la pile, et appelle l'endoscopiste pour lui parler du monsieur. Endoscopiste injoignable, message laissé sur le répondeur.
    Six jours plus tard, toujours pas de réponse, malgré des appels quotidiens au secrétariat (la demande n'a même pas été regardée...), et deux autres messages laissés sur le répondeur. Monsieur X commence à voir rouge, et avec raison. Pas même de date. Si on avait une date loin, on le ferait sortir et revenir plus tard, mais là ?
    En désespoir de cause, l'interne demande au PU s'il peut appeler...
    Pose de prothèse le lendemain en fin de programme.

    Monsieur M a un locked-in syndrome. Monsieur Y était chez lui en HAD, jusqu'à ce qu'une occlusion l'amène à l'hôpital. Chirurgie et poche de colostomie. Monsieur Y va bien, et l'interne rappelle l'HAD. L'HAD refuse de le reprendre, parce qu'une poche de stomie à gérer, ça leur coûterait trop cher et — accrochez-vous aux branches — ce n'est plus rentable pour eux. Où est le service public là-dedans ? L'interne et la surveillante se frittent au médecin de l'HAD par téléphone interposé, sans succès.
    Le PU appelle l'HAD et les traite gentiment de connards.
    L'après-midi, l'HAD rappelle pour savoir quand est-ce que monsieur Y sera sortant s'il vous plaît. 

    Monsieur N est suivi de longue date par le service, et se présente aux Urgences pour une cause vaguement reliée à son diagnostic de départ. Les Urgences appellent pour que l'interne le prenne dans son service. L'interne voudrait bien, mais n'a pas de lit ; le mieux qu'il puisse faire est de lister monsieur Z. Les Urgences voient rouge et exigent que l'interne prennent le monsieur là, tout de suite, maintenant, parce qu'il a passé une nuit dans leur service d'hospit de courte durée (donc en vraie chambre et vrai lit, pas sur un brancard). Et nous on fait quoi ? On tue un patient pour mettre monsieur Z à la place ? Fractionnement des CHU en plusieurs sites oblige, il n'y a aucune place pour lui sur le site, excepté en dermato, qui tombe des nues et ne le prendra pas (ce qui se comprend un peu).
    Le PU appelle les Urgences ; comme par miracle, monsieur Z pourra rester dans son lit des Urgences jusqu'à ce qu'une chambre se libère chez nous. 

    Je sais que les internes ne savent rien, que les internes sont des clampins qui ne savent pas poser les indications, mais quand même, certains jours, ça fait chier d'être jugé sur le statut, et pas sur les indications.


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  • Commentaires

    1
    Un ancien
    Mercredi 6 Juillet 2011 à 21:55
    "Belles" histoires hospitalières vécues de tous temps ( peut être un peu plus maintenant ?). Courage, après la vie hospitalière, en face, nous ne sommes plus vraiment confrontés a ce genre de problèmes : comme tu connais bien ton correspondant, il aura à cœur de t'accepter et de prendre en charge ton patient (pourvu qu'il relève de ses compétences) car nous vivons de nos actes, et ne pouvons pas nous permettre de refuser un patient d'un bon correspondant. Malheureusement il y a des pathologies que nous ne pouvons pas prendre en charge car trop lourdes, sauf établissement particulièrement adapté, ce que nous regrettons parfois.
    2
    Mercredi 6 Juillet 2011 à 22:41

    Non, ça reste entièrement le même problème : juger une situation clinique sur les a priori qu'on a sur la personne qui l'adresse, plutôt que sur les faits bruts concernant le patient. Ce clientélisme me débecte. C'est pas normal ; avec les bons arguments, un interne ou un PU devraient avoir la même facilité à obtenir les bons examens et se faire refuser les mauvais. C'est la porte ouverte à « han, mais c'est le professeur Machiiiiiiiîîîn  / mon copain Unteeeeeel qui veut, alors je lui fait, même si c'est ultra discutable ». C'est aussi la porte ouverte à « ouh putaing lui il me fait chier, je l'aime pas, son dossier, il peut se le carrer où je pense. » C'est une vision de la médecine antique, qui devrait être dépassée ! Je ne trouve pas que ce soit de belles histoires, juste des histoires affligeantes de prises en charges qui ont été merdiques, juste parce que l'interlocuteur ne regarde pas les indications, mais la personne qu'il a en face.

    3
    Un ancien
    Mercredi 6 Juillet 2011 à 23:47
    Entièrement d'accord.... En théorie ce devrait être ainsi. Mais c'est la nature humaine et il faut faire avec. Il n'y a pas de système idéal qui soit bati sur la bonne volonté et l'Idéal d'un monde parfait. Beaucoup ont essayé et pas un n'a fonctionné.
    Avec un correspondant que tu connais bien, et qui est formé, tu a le temps de le " conformer" a tes indications, a tes réaction. Il s'habitue a toi et tu t'habitues a lui, il n'y a plus rapport de supériorité ou d'infériorité. Il connait parfaitement tes résultats chirurgicaux, tes indications et toi tu connais ses réactions et le type de bilan qu'il réalise. Lorsque c'est discutable tu lui dit et si tu traines les pieds (si si ça arrive même en privé) il peut parfois te secouer avec ses arguments. Si la relation se passe mal, ou si tu foires la prise en charge, tu perds le correspondant, ta réputation en prends un coup et ça va très vite. Certains sont vites repartis d'où ils venaient comme celà.
    Au CHU, il est rare de perdre un correspondant interne. il n'y a pas ce risque. Par contre un PU-PH a un certain pouvoir sur la carriére ou peut au pire du pire choisir de changer de service correspondant. Donc celui en face se méfie et traine moins les pieds et pose l'endoprothese le lendemain.
    Il ne faut pas oublier aussi qu'au CHU tout change en permanence, les seuls qui ont une "culture" de travail en groupe constitué sont les PH et les PU-PH et à une moindre échelle les CCA déjà assez anciens.
    C'est aussi pour ça que ça passe mieux "entre eux". Je suis sûr que dans un cas identique, si pas de réponse le lendemain, tu fais appeler par le PH ou le PU, la prochaine demande que tu feras ne trainera pas.
    PS "belles histoires" n'est qu'un euphémisme.
    4
    PUautomne
    Jeudi 7 Juillet 2011 à 17:31

    Une jolie note qui montre que les PU peuvent encore servir à quelques choses: passer des coups de téléphone

    Plus sérieusement, il est très difficile de surmonter ses à priori, vous en faites l'expérience comme interne, mais est ce que vous avez déjà essayé d'appeler la hot line d'un fournisseur d'accès internet, n'avez vous pas eu la même impression d'être prix pour un abruti, undébile profond qui forcément ne comprends rien...

    On pourrait espérer que ce soit mieux à l'hopital. Malheureusement ce n'est pas le cas. Je ne vois aucune solution sauf un effort collectif. J'espère vivre suffisament vieux pour voir une évolution.

    Juste vous êtes interne, qu'elle est votre réaction quand un externe d'un service X ou Y vous appelle et vous demande un avis?

    5
    Lexo
    Jeudi 7 Juillet 2011 à 22:08

    Je préfère largement l'externe qui se présente comme tel et décrit son patient correctement, plutôt que celui qui appelle en se faisant passer pour un interne tout en ne connaissant abolument pas sa clinique ^_^

     

    Par contre ce qui marche toujours aussi bien pour avoir un examen/consultation en urgence, c'est de demander le nom pour noter sur le dossier (+10 en charisme si on précise " cest pour transmettre au PU"), et de se déplacer.. Mais les sites sont trop grands, on a pas le temps, c'est pénible -_-

    6
    Jeudi 7 Juillet 2011 à 23:22

    Un externe qui explique bien pourquoi il faut venir donner un avis, je viens ^^ 

    @ Lexo : clair que des fois on se prend des rigolades quand on tombe sur un type ou une nana qui s'emberlificote dans ses explications à n'en plus finir, tout en ne pigeant pas un mot de ce qu'il ou elle raconte.

    Et je suis d'accord avec toi, on a un taux de réponses positives cent fois supérieur quand on amène ses fesses plutôt que quand on téléphone. Dommage que les centres de convalo soient si loin !

    7
    Un ancien
    Samedi 9 Juillet 2011 à 07:46
    La réflextion de PUautomne qui compare notre attitude a celle des hot-lines me parait intéressante et peut être un peu signifiante de l'évolution actuelle : on devient insensiblement des "producteurs" de soins. Mais au départ, il y a 30 ans on n'a pas signé pour ça ! on a signé pour s'occuper des gens, pour donner toute l'attention dont on est capable, le meilleur de notre cerveau pour réfléchir (si un chirurgien a parfois plus de deux neurones ), et quasi tout notre temps lucide pour opérer et apprendre. La question ne se posait pas. En retour (ben oui, on attendait tout de même un retour, c'est humain) il y avait souvent un merci, une considération - voire du respect, des honoraires décents, un métier exhaltant. Aujourd'hui l'évolution sociétale fait que qu'il ne reste plus grand chose de tout celà, le chirurgien est devenu un technicien, comme les autres, cadre salarié a horaires presques fixes, dans le grand garage a humains qu'est l'hôpital. Il s'occupe de consommateurs de soins dans une relation protocolisée, staffée, normalisée, encadrée, tracée, sous l'oeil sourcilleux de la justice qui ne comprends pas tout. Les meilleurs se détournent de la profession, les vieux la quittent prématurément. Alors oui, le risque d'évolution vers la hot-Line délocalisée est là.
    8
    Dimanche 10 Juillet 2011 à 08:04
    zigmund

    mon boss au CHU faisait une recherche sur les demodex (parasite paupières) : le résultat de parasito était bp plus souvent positif(présence de demodex sur cils) si la demande était signée du patron. de mm et + sérieusement à cette époque et certainement aujourd'hui encore on obtient plus facilement un scann ou une  IRM si on est patron que si on est  interne ou médecin libéral

     

     

    9
    Douch ka
    Lundi 11 Juillet 2011 à 14:10

    ma petite contribution d'externe... aller demander des avis ou "negocier" des dates d'examens c'est un peu le lot de l'externe aussi. ma petite experience m' a montré qu'il ne faut JAMAIS y eller sans connaitre le dossier! la seule fois ou je l'ai fais, je me suis faite remparé et j'étais penaude... et je l'avais mérité.  Depuis mm si c'est Urgent,  je prend 10 bonnes minutes pour me familiariser avec le dossier, ressortir certaines bio clé si necessaire... ca fait que j'ai été de "lente" mais depuis avec un sourire et bcp de politesse et dhumilité ( quand je ne sais pas  qqch bah je dis je sais pas) je suis toujours arrivée a  obtenir le rdv ou l'avis a temps.... pour mes collègues externes, mm si on aime pas trop faire le messager.. ca forge le caractere et ca permet d'apprendre bcp de choses sur la nature humaine ( et la medecine aussi :) )

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