• Le pêcheur de Colonsay

    Le pêcheur de Colonsay
    Pour entamer une série de légendes écossaises...

    Il était une fois un pêcheur du clan MacPhee (Mac a'Phi) qui vivait sur l'île de <Colonsay> . Sa maison de pierre basse, au toit de chaume, était abritée de la mer par le revers d'une colline, et MacPhee aimait beaucoup, en rentrant de la pêche, s'asseoir un moment sur les pentes vertes pour regarder la mer des îles de l'Ouest.
    Le jeune homme vivait seul ; ses parents le pressaient de se marier à quelque fille du village situé non loin de là, mais MacPhee n'avait pas envie... Il connaissait les filles à marier et, bien que plusieurs lui aient fait les yeux doux, aucune ne l'attirait.

    Le temps passa, jusqu'à certain soir d'été, le soir de la Saint-Jean, lorsque la nuit ne tombe pas, ou presque, et que le soleil court sous l'horizon sans que l'on voit les étoiles dans le ciel crépusculaire. MacPhee rentrait de fêter l'été avec ses amis ; il faisait bon, la brise était douce et tiède, et le pêcheur n'avait pas envie de rentrer dormir : la nuit était trop belle ! Aussi s'assit-il un moment sur la pente de la colline, à se perdre dans la contemplation du reflet du ciel dans la mer lisse comme un miroir. La rosée commençait à se déposer sur le herbes hautes lorsque le bruit de rires et de chants attira l'attention du pêcheur. Qui donc pouvait bien continuer la fête alors que tout le monde était couché ? et dans un endroit si isolé ?
    MacPhee décida d'aller voir...
    Les voix venaient de la plage et, lorsqu'il arriva en vue du sable, le pêcheur sentit le picotement de la peur jouer sur sa nuque ! Des hommes et des femmes sortaient de l'eau, portant des peaux de phoques, et c'étaient eux qui chantaient et riaient tant. C'était le peuple du Royaume-sous-les-Vagues, venus célébrer l'été sur les plages de la terre des Hommes ! Les hommes et les femmes noyés au cours des siècles, et qui revivent sous l'apparence de phoques, sous le verre dépoli des vagues, et qui, une fois l'an, reprennent leur apparence d'humains.

    Après avoir cherché du bois rejeté par la mer, les visiteurs allumèrent plusieurs feux sur la plage et bientôt se formèrent des rondes. Incapable de bouger, MacPhee regardait les danses, différentes de celles qu'il connaissait... L'une des femmes-phoques était particulièrement agile ; ses pieds lestes effleuraient le sable sans presque y laisser de trace, et MacPhee sentit naître en lui un amour pour la belle danseuse. Les flammes éveillaient des reflets ambrés dans ses cheveux blonds, comme le soleil en allume sur la mer ; ses mains s'ouvraient comme de délicats coquillages et ses yeux étaient verts autant que l'eau des bords de l'horizon...
    La nuit s'écoulait et l'argent de l'aube glaçait déjà le sommet des montagnes au-delà du glen - lorsque chanta le premier oiseau, les habitants du Royaume-sous-les-Vagues cessèrent chants et danses et allèrent chercher leurs peaux de phoques, les jetant sur leurs épaules avant de se transformer en phoques et de rejoindre leur pays marin. Un par un, ils partirent, sauf la belle danseuse, parce que MacPhee avait pris sa peau de phoque et la tenait serrée dans ses mains, sachant qu'ainsi elle serait forcée de le suivre.

    - Rends-moi ma peau ! cria la danseuse.
    - Jamais, tant que les vagues se briseront au rivage.
    - Rends-la moi, tu ne peux rien en faire et sans elle, je ne peux pas retourner chez moi.
    - Epouse-moi, demanda MacPhee le pêcheur, et je te rendrai heureuse.
    La danseuse réfléchit, et répondit :
    - Sept ans je serai ton épouse, puis tu me rendras ma peau et je retournerai à mon peuple.
    Le coeur léger comme un pinson, MacPhee pensa qu'il cacherait si bien la peau que jamais elle ne la retrouverait, et il épousa la danseuse née sous les eaux.

    Les années s'écoulèrent, et la danseuse semblait s'être accoutumée à la vie sur la belle île d'Oronsay. Elle tenait la maison de MacPhee, filait la laine et menait en tous points la vie d'une femme de pêcheur écossais, ne semblant jamais regretter sa vie d'avant. MacPhee était aux anges, et, lorsque de leur union naquit un fils, il se trouva le plus heureux homme des îles de l'Ouest.
    Les années passèrent, et bientôt le délai de sept ans fut écoulé, mais MacPhee n'y pensait plus, assuré qu'il était que sa femme était heureuse et ne pouvait le quitter.

    Un jour qu'il était en mer, son fils, un garçonnet de sept ans et demi, s'ennuyait à la maison pendant que sa mère, dehors, regardait l'horizon où l'eau devient sombre comme la nuit. Comme il n'avait rien d'autre à faire, l'enfant fouina dans la maison. Sa mère l'entendit pousser un cri de surprise, et bientôt elle le vit courir vers elle.
    - Maman, regarde ce que j'ai trouvé ! C'est la peau d'un phoque !
    - Où l'as-tu trouvée, mon chéri ?
    - Sous le toit, bien cachée sous le chaume.
    - Donne-la moi, ce n'est pas pour les petits garçons comme toi.

    La femme du pêcheur embrassa alors son fils et l'envoya jouer derrière la maison, sur la colline. Puis elle s'approcha du rivage, marcha jusqu'aux vagues et, jetant la peau de phoque sur ses épaules, plongea sous la houle.
    Lorsque MacPhee rentra à la maison le soir, il trouva l'âtre froid et son fils en larmes. Pas besoin d'autres explications, ni même d'aller vérifier que la peau de phoque avait quitté sa cachette - la belle danseuse était partie.

    On dit que MacPhee devint fou et se noya un jour en se jetant dans la mer des Hébrides pour tenter de retrouver celle qui avait été son épouse. Quant à son fils, il grandit et fondit une nouvelle branche du clan MacPhee - les MacPhee des phoques, qui existent encore à ce jour.


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  • Commentaires

    1
    Lundi 4 Février 2008 à 23:54
    J'adore les légendes écossaises, mais j'en connais que quelques unes, j'ai jamais réellement cherché à en découvrir d'autres, même si j'ai des origines... Vraiment bien, celle là... :)
    2
    Mercredi 13 Février 2008 à 20:03
    Magnifique ! :)
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