• Le Drapeau des MacLeods

    Le Drapeau des MacLeods
    Il y a très longtemps, le chef du clan MacLeod - le Laird - était parti chasser. A cette époque reculée, Skye était beaucoup plus boisée que de nos jours, et les cerfs courraient au milieu des fougères, entre lande et forêts sauvages. Toute la journée durant, MacLeod avait chassé en vain et, le soir venu, il se résigna à rentrer chez lui bredouille. Il était tard ; le soir tombait, et l'étoile du Berger brillait déjà lorsque MacLeod, sur la route de Dunvegan, atteignit le pont franchissant la rivière. Et, surprise, la silhouette d'un guetteur lui barrait la route, à lui, MacLeod ! Le chef de clan tenta de pousser son cheval, mais celui-ci tremblait et n'osait pas avancer...
    Aveuglé par la colère, MacLeod agonit de pittoresques injures gaéliques l'intrus qui osait lui barrer la route menant à son château, et il finit par descendre de cheval pour pousser lui-même l'inconnu hors du chemin. Mais celui-ci, bien que frêle, se révéla étonnamment vigoureux et il lutta avec MacLeod jusqu'au matin - pour disparaître aux premiers rayons du soleil.
    Ebranlé par cette rencontre avec un elfe*, MacLeod rentra chez lui se coucher... prêt à repartir pour une autre chasse dès qu'il serait reposé.

    Quelques jours plus tard, il repartit chasser, avec aussi peu de succès que la première fois et, dépité, rentra les mains vides à Dunvegan. On dit que c'est sur ce même pont où il avait combattu l'elfe que MacLeod rencontra la fée qui... mais vous verrez.
    - MacLeod, l'appela-t-elle, tu t'es battu ici avec mon frère.
    - C'est vrai, ô Dame, répondit MacLeod, fasciné par l'étincellante beauté de l'elfe. Nous nous sommes séparés au jour levant, sans vainqueur ni vaincu.
    La fée parut réfléchir, et dit :
    - Nous nous reverrons, MacLeod.
    Sur ces paroles, l'elfe disparut - ou du moins c'est ce qu'il sembla à MacLeod, qui rentra chez lui rêveur, pensif, et profondément amoureux.
    Qu'en était-il de cette rencontre ? La vérité était que la Dame aimait MacLeod, ce jeune et beau chef de clan, et que le combat de la veille avait été une mise en scène destinée à lui permettre de le rencontrer...
    Le printemps puis l'été s'écoulèrent, et MacLeod partit souvent chasser, pour revenir toujours les mains vides, car, durant ses longues promenades, il ne touchait ni à l'arc ni au sguin dubh, le coutelas écossais - il retrouvait la Dame elfique, et tous deux parlaient d'amour. Le jour de l'automne, lorsque la nuit est égale au jour, la Dame demanda au seigneur du peuple de l'Ouest la permission d'épouser son bel Ecossais ; le roi refusa. La vie des hommes est si courte, dit-il, alors que tu ne connais ni la maladie, ni la mort. Ton MacLeod mourra en l'espace d'une saison, à nos yeux, et te laissera le coeur brisé.
    Mais la Dame pria et menaça tant et si bien que son roi, lassé de ses plaintes perpétuelles, finit par donner son consentement - à une condition. La fée épouserait MacLeod mais, un an et un jour après la naissance de leur premier enfant, elle quitterait à tout jamais le monde des Hommes pour ne jamais y retourner...
    Force fut faite au couple de se plier à la décision du roi, aussi injuste fut-elle, et la fée devint Lady MacLeod.

    Ce furent alors de jours heureux au château de Dunvegan et, comme on peut bien penser, cette union fut bientôt bénie de la naissance d'un fils. De grandes réjouissances marquèrent ce jour, mais le compte à rebours était enclenché, et chaque jour passait plus vite que le précédent aux yeux du couple. Lorsqu'un an et un jour se furent écoulés, Lady MacLeod, son fils dans les bras, marcha jusqu'au pont accompagnée de son époux et là, sur le pont, ils partagèrent un dernier baiser. Toutefois, avant de quitter MacLeod, la fée lui demanda que jamais leur enfant ne pleure, ni ne soit laissé seul, car le son de ses pleurs l'atteindrait et lui serait insupportable. Comme de bien entendu, MacLeod promit - puis une dernière étreinte, il reprit l'enfant, et celle qui avait été sa femme disparut en un clignement d'yeux.
    Faery Bridge

    Les mois passèrent, et MacLeod ne parvenait pas à surmonter sa peine. Il tenait sa promesse - quand il n'était pas auprès du berceau de son fils, une nourrice était là en permanence, et jamais l'enfant ne pleurait.
    Mais cette humeur triste pesait aux compagnons de MacLeod, et ceux-ci décidèrent que la meilleur façon de tirer leur chef de sa douleur était d'organiser un bal, le plus magnifique jamais tenu au château. Manquait une occasion ; l'anniversaire du Laird la leur fournit.
    Le soir dit se tint le festin le plus somptueux jamais vu, suivi d'un bal où les meilleurs joueurs de harpe et de cornemuse de toute l'Ecosse se surpassèrent. Et MacLeod s'ennuyait son son fauteuil, sans appétit, ne désirant ni danser, ni écouter les musiciens...
    La nourrice était seule avec l'enfant, et elle rongeait son frein, mourrant d'envie d'aller danser avec les autres. Elle avait commencé par ouvrir la porte, puis par pousser sa chaise pour mieux entendre, puis carrément par descendre rejoindre la fête, certaine que le jeune MacLeod dormirait bien et que personne ne s'en apercevrait. Mais elle n'était pas partie depuis quelques minutes que l'enfant s'éveilla, et ses pleurs portèrent jusqu'au royaume de Faëry sous la verte colline. Sa mère apparut aussitôt auprès du berceau ; l'enveloppant dans son châle, elle le consola jusqu'à l'aube, lorsque les pas de la nourrice résonnèrent dans le couloir de pierre menant à la chambre du jeune MacLeod.
    La nourrice trouva l'enfant endormi dans le châle vert de la fée, et pas d'autre trace du passage de l'ancienne Lady MacLeod...

    Les années passèrent et l'enfant grandit, conservant toujours précieusement le châle de la fée. Lorsqu'il eut atteint l'âge d'homme, il le remit à son père vieillissant après lui avoir raconté la visite de sa mère, et lui expliqua les vertus du châle. Nul autre que le chef du clan n'avait le pouvoir de le toucher, sous peine de partir en fumée, et, surtout, si jamais le clan encourrait un péril mortel, agiter ce drapeau trois fois écarterait tout péril par l'intervention du peuple des collines - mais, à la troisième fois, le drapeau perdrait tout son pouvoir pour redevenir un simple châle un peu abîmé par le temps.
    MacLeod enferma précieusement la relique dans un coffret et la conserva toujours sur lui - à sa mort, le drapeau passa à son fils, puis au fils de son fils, et ainsi de suite jusqu'à nos jours.


    Des centaines d'années après que Lady MacLeod ait franchi pour la dernière fois le Pont des Fées, la tension entre MacLeods et MacDonald s'enflamma, et de violents combats opposèrent les deux clans rivaux de Skye. Les MacDonald, Seigneurs des Îles, finirent par avoir le dessus et assiégèrent le château de Dunvegan. La situation était tout simplement désespérée. Alors, le chef des MacLeod rassembla ce qu'il restait de son armée famélique, prit le drapeau, et tous marchèrent à la rencontre des MacDonald.
    Dès qu'ils furent sortis du château, le chef du clan agita le drapeau par trois fois et, aux yeux des MacDonald, son armée parut aussitôt nombreuse et redoutable. La bénédiction des fées était sur eux, car les MacLeod eurent facilement le dessus sur leurs ennemis et leur victoire fut si sanglante que, depuis, plus aucun Seigneur des Îles n'a cherché à attaquer ceux de Dunvegan...

    Les siècles passèrent - puis, un jour, la famine et la maladie frappèrent le clan MacLeod. Les bêtes mourraient, les enfants dépérissaient, et on mourrait tout bêtement de faim. Il n'y avait plus d'or pour acheter des vivres - et même s'il y en avait eu, il aurait fallu partir en chercher en Angleterre, car la situation était identique pour toute l'Ecosse.
    Devant la souffrance de son clan, le chef MacLeod se résolu à utiliser de nouveau le drapeau de la fée. Montant sur la plus haute tour du château, il agita une fois, deux fois, et trois fois dans le vent d'Ouest le drapeau, maintenant usé jusqu'à la corde. Et, ô surprise, quelques instants plus tard, l'armée elfique apparaissait sur la route menant au pont ! Les elfes se répandirent sur les terres des MacLeod, et tout animal, malade ou mort, touché par leurs épées guérissait et redevenait gras. Quant aux gens, tous ceux qui mangèrent la viande de ces animaux retrouvèrent aussitôt la santé...

    Les années se sont écoulées, et le drapeau ne peut plus servir qu'une seule fois... Pendant la terrible Bataille d'Angleterre de la Deuxième Guerre Mondiale, le chef MacLeod avait préparé le drapeau pour l'amener en Angleterre et l'agiter sur les falaises de Douvres, et Churchill aurait accepté si la RAF n'avait permis, à elle seule, de mettre en déroute l'ennemi nazi. Mais tous les MacLeod qui ont servi dans la RAF à cette époque avaient une photographie du drapeau sur eux, et tous en sont revenus...

    Si jamais vous allez à Skye, vous pourrez voir le drapeau de la Fée au château de Dunvegan où il est conservé - il est abîmé, effiloché, troué, mais toujours gardé avec un soin jaloux par les chefs MacLeod.
    Et, en sortant du château, si vous reprenez la route - il n'y en a pas deux - faites attention et, lorsque vous aurez quitté les rives du loch Dunvegan, vous trouverez un pont de pierre sur votre droite. Il n'a qu'une seule arche, et la route ne passe plus dessus ; il faudra vous arrêter pour aller le voir. C'est le Pont de la Fée, et, si vous faites un voeu lorsque vous vous tenez dessus, on dit qu'il ne manquera pas d'être exaucé.



    Cuillins

    *il s'agit en réalité d'une fée du sexe masculin, faery en anglais. Pour éviter les confusions, j'ai préféré parler d'elfe lorsqu'il s'agit d'un homme et de fée lorsqu'il s'agit d'une femme, mais il s'agit toujours du même peuple fantastique venu de l'Ouest.

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  • Commentaires

    1
    Mercredi 13 Février 2008 à 22:37
    Je l'ai lu d'une traite ton article, un vrai voyage
    2
    Mercredi 13 Février 2008 à 22:52
    Merci  . Mais ça me surprend toujours quand tu postes des commentaires avant la mise en ligne des articles... Ah, ces administrateurs !
    3
    Mercredi 20 Février 2008 à 01:27
    beautiful story of the McLeods. Is this the same Highlander? lovely photo of the castle.
    4
    Vendredi 22 Février 2008 à 18:08
    Quand j´ai lu Mc Leod, j´ai pensé a un film qui s´est décliné en plusieurs suites et une serie.... C´est grave docteur?
    5
    Samedi 23 Février 2008 à 21:40
    Ça se règle par un coup d'extincteur dans la nuque ce genre de cas ^^
    6
    Samedi 23 Février 2008 à 21:58
    Tu ne peux pas savoir combien j'aime ta vision de la médecine, div  Le monde cinématographique serait soudain bien plus beau...
    7
    Samedi 23 Février 2008 à 23:49
    On n'y pense pas assez aux extincteurs, c'est vraiment cool, il y en a partout, c'est efficace, et puis c'est joli comme objet
    8
    Dimanche 6 Avril 2008 à 22:20
    Et toi, tu as été le voir ce drapeau ?
    9
    Lundi 7 Avril 2008 à 00:29
    Au prix où était l'entrée du château, non... Douze livres, je crois, ça va bien !
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