• Le confort des certitudes

    Il y a quelques temps, nous avons eu une patiente étonnante, dans le service. Dame de la septentaine (est-ce que ça se dit ? j'ai un doute), entrée pour un syndrome sub-occlusif. Énorme ascite, ASP grisou, altération de l'état général... Traduction : on cherche le cancer.
    Scanner impossible à injecter en raison d'une insuffisance rénale chronique, qui retrouve une masse pelvienne. Ovaires ? Côlon ? Les marqueurs n'apporteront rien.
    En attendant les résultats des marqueurs, une cœlioscopie exploratrice est décidée. Mauvaise découverte d'une carcinose péritonéale très étendue. Les biopsies réalisées sur les nodules retrouveront une histologie de côlon. 

    Mais ça n'est pas mon propos.
    Cette patiente m'a épatée. Tant qu'on n'avait pas de diagnostic de certitude, et qu'il était donc difficile de lui annoncer quoi que ce soit, à part que ça risquait d'être grave, elle était dans un état de nerfs (comme dirait ma tante) terrible. Elle était dévorée d'anxiété, ne dormait pas la nuit...
    Le jour où on a pu lui dire, après la cœlio « vous avez un cancer, on ne sait pas de quoi, mais c'est un cancer » (en y mettant les formes, on n'est pas des brutes), son état s'est amélioré en quelques heures.
    Quand on a eu l'anapath, elle a été encore plus contente.
    Et quand le résultat du RCP est tombé, elle était resplendissante. Les nouvelles étaient pourtant peu agréables : peut-être pas de chimio au vu de l'extension, des polypathologies limitant les possibilités thérapeutiques, de la dénutrition...
    (Au final, elle aura bien une chimio, d'ailleurs)
    Le seul fait de savoir ce qui la rendait malade et ce qu'on pouvait faire ou pas pour elle a suffi à la remettre d'aplomb dans ses baskets.

    Comme quoi il est bien vrai que tourner autour du pot ne mène à rien. Au premier abord, on aurait dit que cette dame hyperanxieuse finirait de décompenser un quelconque syndrome dépressif à l'annonce du diagnostic. En fait, c'est tout le contraire qui s'est produit.
    La psychologue et un médecin volant des soins palliatifs sont passés la voir et ont confirmé : elle gère remarquablement bien son diagnostic.

    Elle va mourir dans quelques mois, et ne verra probablement pas un nouvel hiver, et sa sérénité m'a juste impressionnée. 

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  • Commentaires

    1
    LaurenceB
    Mercredi 16 Juin 2010 à 01:02
    En Belge ;o) on dit septantaine sans souci...
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