• Le condamné à mort

    Sur mon cou sans armure et sans haine, mon cou
    Que ma main plus légère et grave qu’une veuve
    Effleure sous mon col, sans que ton cœur s’émeuve,
    Laisse tes dents poser leur sourire de loup.  

    Ô viens mon beau soleil, ô viens ma nuit d’Espagne,
    Arrive dans mes yeux qui seront morts demain.
    Arrive, ouvre ma porte, apporte-moi ta main,
    Mène-moi loin d’ici battre notre campagne.  

    Le ciel peut s’éveiller, les étoiles fleurir,
    Ni les fleurs soupirer, et des prés l’herbe noire
    Accueillir la rosée où le matin va boire,
    Le clocher peut sonner : moi seul je vais mourir.  

    Ô viens mon ciel de rose, ô ma corbeille blonde !
    Visite dans sa nuit ton condamné à mort.
    Arrache-toi la chair, tue, escalade, mords,
    Mais viens ! Pose ta joue contre ma tête ronde.  

    Nous n’avions pas fini de nous parler d’amour.
    Nous n’avions pas fini de fumer nos gitanes.
    On peut se demander pourquoi les cours condamnent
    Un assassin si beau qu’il fait pâlir le jour.  

    Amour viens sur ma bouche ! Amour ouvre tes portes !
    Traverse les couloirs, descends, marche léger,
    Vole dans l’escalier, plus souple qu’un berger,
    Plus soutenu par l’air qu’un vol de feuilles mortes.  

    Ô Traverse les murs ; s’il le faut marche au bord
    Des toits, des océans ; couvre-toi de lumière,
    Use de la menace, use de la prière,
    Mais viens, ô ma frégate, une heure avant ma mort.

     

    Jean Genet


  • Commentaires

    1
    Dimanche 14 Novembre 2010 à 09:37

    Merci pour ce poème que je ne connaissais pas! Le premier quatrain est magnifique... très sensuel, et si morbide quand on se rappelle du thème...

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