• InceptionQu'on se le dise, je suis en vacances. Entre deux tomes de la Roue du Temps (cinq lus en cinq jours, j'en suis fière), j'ai entendu un cri lointain :

    — Stockhoooolm ! Stockhooooolm !

    J'ai regardé ma montre. C'était le cinéma qui appelait. Parce que mercredi, à 14 heures, il y avait la première séance d'Inception, en VO. Alors voilà, j'y suis allée.

    Que dire sans spoiler ?

    Déjà, que c'est un très, très grand film. Je le place en tête de ma liste des meilleurs-films-de-tous-les-temps-qu'il-faut-voir-et-mourir-après (en numéro 2, très proche, il y a Avatar, et en numéro 3 Inglorious Basterds et Into the Wild en ex æquo). Enfin ça, ça ne veut rien dire, je pourrais avoir des goûts de chiotte.

    Alors parlons d'abord du scénario d'Inception. Il est d'une complexité quasi fractale. Chaque niveau (ceux qui ont vu le film me comprendront) est plus intriguant, plus mystérieux, que le précédent, dans une longue plongée dans le subconscient humain. Chaque niveau d'interprétation est lui aussi riche de sens. Film d'action à prendre au premier degré. Réflexion sur ce qu'est la vérité. Ou l'amour. Ou encore rapport à la réalité. « Je pense, donc je suis » disait Descartes. Cela pourrait figurer sur l'affiche : dans un monde de rêves, la seule certitude que l'on a d'exister, c'est que l'on pense. Tout le reste peut n'être qu'illusion. Mais la vérité exposée en rêve n'en demeure pas moins réelle. Sous des airs de blockbuster d'été, Inception est un film solide, qui ouvre une vraie réflexion. Sans doute ce que certains appelleraient du cinéma d'auteur, si tout film n'avait pas un auteur, et si ceux méprisant ce qui n'est pas d'auteur se tiendront éloignés d'Inception comme de la peste.

    Inception développe donc une histoire complexe, et pourtant la qualité de la narration est telle que, jamais, le spectateur n'est perdu. Complexité n'exclut pas clarté, et tout, dans le film, est clair, même lorsque les interprétations peuvent diverger. L'action elle-même est aussi claire que les thèmes qu'elle aborde sont multiples, et explorés en profondeur.

    Au plan visuel, Inception est un régal. Dans chaque plan s'affrontent ombre et lumière, détails et sobriété. Christopher Nolan est un maître en cinéma, et son style fluide et travaillé crève l'écran. Inception est réalisé avec brio. C'est du vrai, du bon cinéma, sortant de chez le bon faiseur, et avec l'étincelle de plus qui distingue l'excellence. C'est ce qui arrive lorsqu'un studio déverse un camion de dollars sur le pas de la porte d'un grand réalisateur, en lui disant de bien s'amuser avec. Inception est original, au sens que les normes insipides des blockbusters y ont été ignorées, et que Christopher Nolan donne l'impression d'avoir fait exactement ce qu'il a voulu, comme il l'a voulu, et que ce type ne veut pas raconter les mêmes histoires que tout le monde.

    Si l'on rajoute une nouvelle collaboration avec Hans Zimmer à la musique (BO disponible à l'écoute sur Spotify), les matériaux du film ont déjà de quoi mettre l'eau à la bouche. Abondamment.

    Mais un film n'est rien sans acteurs. Même le meilleur réalisateur est pieds et poings liés lorsque les acteurs sont mauvais.
    Ici, tous sont bons, et même excellents. Leonardo DiCaprio se confirme comme un acteur solide, puissant, aux multiples facettes. Marion Cotillard est surprenante, séduisante et dangereuse dans un rôle lui convenant à merveille. Quant à la pléthore de brillants acteurs formant le casting — chacun est parfait. Qu'il s'agisse de Ken Watanabe, le Japonais le plus célèbre d'Hollywood, de Cillian Murphy (mon chouchou depuis le Vent se Lève)... Chacun a le ton juste. Auprès de ces explorateurs du subconscient, rêver ensemble devient une activité plus intime qu'aucun autre rapport humain.

    Parce que les rêves nous révèlent, parce que tous nous rêvons, même si nous l'oublions parfois, Inception est un film qui peut tous nous toucher. Chacun y trouvera un message différent, mais le sens y est, pour qui s'ouvre à lui. Parce que, parfois, les rêves sont plus tangibles que la réalité.


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  • MoonJe viens de voir Moon, un film du réalisateur anglais Duncan Jones. J'ai beaucoup aimé — et d'autant plus que Moon apporte un regard neuf sur notre bonne vieille Lune, pourtant bien déflorée depuis que Tintin a marché dessus, et lui redonne son charme et son mystère.

    Le scénario est minimaliste, loin des rebondissements épiques d'Avatar ; d'un extrême à l'autre, c'est tout aussi bon.
    Sam Bell, le seul astronaute de la station lunaire Sarang, est chargé par la compagnie Lunar Industries de superviser l'extraction de l'hélium 3 nécessaire à la production d'énergie terrienne. Avec lui, un ordinateur, GERTY, à l'intelligence artificielle simple et étonnamment empathique. Son contrat de trois ans touche à sa fin. Dans deux semaines, il retournera sur Terre et retrouvera sa jeune épouse et leur enfant... Mais Sam a un accident et, lorsqu'il se réveille à l'infirmerie de la station, il découvrira son double. Entre hallucinations et complot, la vérité sera difficile à établir.

    Le rythme de Moon est lent, mais constant, à l'image du jour lunaire. Ce n'est pas un film d'action, mais plutôt une étude de caractères, et une énigme à résoudre. Et on se demande jusqu'à la fin comment tout va finir.
    Malgré ce que je viens de dire, Moon n'appartient pas à cette classe de films d'auteurs chiants abusant d'auto-satisfaction, tant de la part des réalisateurs que des spectateurs. C'est un bon film, doté un scénario intriguant et novateur, avec, dans le rôle de Sam Bell, un Sam Rockwell absolument brillant — difficile de le louer sans trop en révéler sur le scénario, mais on peut dire qu'il porte le film. On ne reconnaît plus le comic relief de Galaxy Quest, ni le fou éparpillé du Songe d'une Nuit d'Été. C'est un acteur de valeur, qui mériterait plus de premiers rôles car, lorsqu'il les interprète, il se réveille brillant.

    En digne geekette, je ne peux pas ne pas parler de l'ordinateur GERTY. Les lois d'Asimov l'ont marqué... Il oscille entre HAL, l'ordinateur schizophrène de Kubrick, et un brave type. Il n'est pas un deus ex machina, mais est essentiel à l'histoire. Il est également cohérent — c'est une intelligence artificielle de haut niveau, certes, mais asservie aux tâches prescrites. Et lorsque deux tâches entrent en conflit, la résolution se fait de manière logique. Somme toute, une brave bécane.

    On a toujours l'impression que rien de nouveau de peut se faire en SF sorti des indétrônables du genre, mais c'est faux. Un scénario simple offre de multiples possibilités — c'est le principe de la tragédie — et, lorsque les acteurs portent cette action avec franchise et intégrité, on obtient un film de grande envergure bien loin des semi-navets habituels. Pour ce que cela veut dire, il a reçu le prix du jury et le prix des critiques à Gérardmer.
    Moon possède son ambiance propre ; cela est d'autant plus remarquable que Duncan Jones y parvient sans effets spéciaux spectaculaires ni aliens extraordinaires, et c'est la marque du talent. L'univers de Moon est proche du nôtre, assez mais pas trop ; il est futuriste sans renier ce qui construit notre société. Il est rationnel, et la peur de la folie qui effleure Sam Bell n'en ressort que mieux. C'est un film sur l'isolement, l'identité et le mystère, qui mérite bien d'être vu. Et c'est un film de qualité, qui a, dirait Bradbury, une texture, des pores. Ni outrageusement cérébral ni lisse comme une bluette, il fait réfléchir sans être pontifiant, il intrigue sans exiger trois projections pour être compris, et il touche, avec tact et pudeur.

    Moon est un film à voir, tant pour les amateurs de science-fiction que pour les cinéphiles. Et je pense que tout spectateur, quelles que soient ses affinités avec le genre, peut apprécier ce film, car il est, tout simplement, très bon.

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    Que dire de plus ? Cameron est sans doute, avec Tarantino, le meilleur cinéaste de notre époque. Il s'est entouré d'une équipe d'élite pour nous offrir un nouveau monde, et s'il fédère les spectateurs au-delà des clivages culturels, c'est parce qu'il a créé un nouveau mythe.

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    Pour commencer, une piqûre de rappel de la bande-annonce :

     


    Qu'on soit clair : je ne vais pas vous raconter l'histoire. Hors de question de spoiler qui que ce soit. Ceux qui l'ont vu comprendront de quoi je parle.

    Avatar est une expérience unique. Il s'agissait de mon premier contact avec le cinéma 3D. J'ai été transportée, enthousiasmée, euphorisée.
    Esthétiquement, Avatar est sans doute le film le plus abouti que j'ai vu jusqu'à présent, et ce en faisant participer Tarantino à la course. Sans doute que la liberté totale qu'offre la création numérique y est pour beaucoup. Ce mode de production permet à un cinéaste de projeter son rêve sur l'écran, et de l'y faire vivre. Avatar palpite de l'imagination brûlante qui l'a fait naître — c'est un rêve, à tous points de vue.

    Quand, avant d'avoir vu le film, j'ai entendu un journaliste comparer James Cameron à Tolkien, j'ai ri au nez de la télévision. Non, pensai-je, c'est impossible qu'un seul film puisse égaler la création de la Terre du Milieu, ses peuples, ses langues, son histoire...
    Comme je me trompais !
    C'est véritablement un monde complet que nous livre ici Cameron. Il l'a peuplé d'habitants charismatiques, personnages travaillés, et leur a donné langues, musiques et coutumes. Le monde de Pandora n'est pas superficiel, à la manière de ce que l'on peut trouver dans certains films de science-fiction, où tout n'est que décor. Pandora est aussi réelle que la Terre, aussi tangible que ces rêves lucides que l'on a parfois...

    Je suis entrée dans le cinéma prête à être déçue. Il y a longtemps que j'attendais ce film, avec une impatience enfiévrée — et lorsque l'on place trop d'espérances sur une création, film, livre ou spectacle, il arrive que la réalité ne se montre pas à la hauteur des attentes.
    Dès le premier plan du film, j'ai été transportée.
    Je n'ai pas été la seule, dans la salle. Nous tous, spectateurs, avons vibré à l'unisson pendant deux heures quarante, un temps encore trop court.
    A la fin, la toute fin, lorsque [no spoiler] ouvre les yeux (immédiatement avant le générique), j'ai entendu une femme, derrière moi, sangloter de joie. J'étais dans le même état. Avatar est une telle expérience esthétique que le syndrome de Stendhal guette à chaque scène.

    A cette sensation de bonheur à l'état brut, à cette extase suprême, se rajoute, en permanence, un regret poignant. Celui de savoir qu'on ne reverra probablement jamais Avatar dans des conditions identiques (et c'est pour cela que j'y retourne la semaine prochaine). Un DVD, même sur la meilleure télé du monde, ne rendra jamais l'expérience qu'est Avatar. Il faut le voir, et le voir au cinéma, et le voir en 3D. C'est ainsi qu'il est au pinacle de sa force.

    Car, bien que le scénario ne brille pas par son originalité, Avatar est un film fort. Ses personnages, avec une intensité qui crève l'écran, portent en eux une histoire qui prend aux tripes, sans pathos ni simplisme — mais avec une immense pureté. Et c'est cela aussi qui fait d'Avatar un grand film comme on en voit trop peu. Comme le disait Kessel, « les coeurs instinctifs sont purs sans qu'intervienne aucune notion morale, purs à la manière d'un vin, d'une pierre ou d'un poison, purs par leur violence et leur intégrité ». Pureté, mais non, encore une fois, simplisme. Certains personnages oscillent sur le fil de l'épée, entre pacifisme et soif d'argent, fidélité à la parole donnée et sens de l'honneur... Et tous, sans exception, sont bien davantage que de simples marionnettes sans émotions.

    Non, quoi qu'en disent les désabusés de la vie, Avatar est bel et bien l'un des grands films du cinéma. Il fait d'une fable fantastique une épopée fulgurante plongée dans un univers de songes, grâce au génie d'un homme qui a pu, pour la première fois, nous faire entrer dans son rêve.

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  • J'en sors. Vu en 3D.

    Je n'ai pas de mots pour décrire ce film. Les genoux m'en tremblaient en quittant le cinéma.

    Dieu de Dieu.

    Dieu. De. Dieu.

    Quand j'aurai un peu récupéré, je vous ferai un billet plus construit. Pour l'instant, je suis sous le choc.

    Dites, c'est loin, Paris, pour aller voir un film en IMAX ? 

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