• La trêve des confiseurs

    Le service est à moitié vide en ce moment. Ça se comprend : personne n'a envie de programmer une intervention pendant les fêtes de fin d'année, les patients en tête de liste. On n'a que les entrées des Urgences et quelques convalescents qui attendent une place pour on ne sait quand dans les fières maisons de repos du coin.

    Demain, j'ai encore deux sorties de prévues. Quelle somme de travail, vraiment. Après la visite, ce matin, mes deux seniors et moi nous sommes retrouvés à faire salon chez les secrétaires, pour cause de chômage technique : au bloc, il n'y a rien que les urgences — qui, pour l'instant, se sont limitées à une cholécystectomie hier et un kyste sacro-coccygien demain. Aussi ai-je pris mon temps pour recopier calligraphier mes prescriptions ; un accrochage avec une infirmière sur l'intérêt d'une surveillance toutes les huit heures en post-op a à peine animé ma matinée.
    La secrétaire a d'ailleurs fini par nous chasser à coups de dictaphones en râlant qu'il n'y a rien de plus insupportable qu'un chirurgien qui s'emmerde, et que trois c'était trop pour elle. Je n'ai pas compris sa réaction ; mon chef de service était bien installé dans un fauteuil à roulette et mon autre senior et moi étions juste assis sur les bureaux à papoter. Cet autre senior s'est d'ailleurs révélé un amateur de Tolkien ; à table à midi, on a fait un concours d'imitation de Gollum (Nassssty Hobbitssssesss ! They sssstole the Preciousssss ! We hatesss them !). La table à côté nous a regardés bizarrement, sans doute parce que notre talent d'imitation était inégalable ; peut-être en redemanderont-ils demain ? A moins qu'ils ne s'éloignent de cette tablée de fous...

    La trêve est générale ; j'ai mis la moitié de la matinée à avoir au téléphone une secrétaire du CHU pour annuler un rendez-vous pris là-bas. Trop de boîtes de chocolat traînent dans les offices, trop de guirlandes dans les couloirs, que voulez-vous, ça démotive, et l'adage se vérifie :
    Moins il y a de travail à faire, et plus on met longtemps pour le faire.

    J'ai presque aimé trier les bios ce matin. Ça m'a rappelé ma folle jeunesse de l'an passé...

    Et cet après-midi, j'ai travaillé mes cours de master. Je voulais appeler un médecin traitant, mais il était en vacances jusqu'au trois janvier... Du coup, j'ai préparé un courrier pour demain, histoire d'avoir l'impression de travailler.

    Ce marasme va durer jusqu'à jeudi. Vendredi matin, tout le monde aura une gueule de bois d'enfer, et lundi la reprise sera dure. Je n'ai pas eu de congés pendant ces deux semaines, et l'absence de mon chef m'empêche de poser jusqu'à fin janvier... Ce sera pour les soldes, tant pis !

    Allez, je vais prendre une douche et me mettre au lit, il faut faire des réserves de sommeil pour jeudi soir, dit la fille pour qui minuit c'est de bonne heure pour aller au lit. 

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