• La semaine d'astreintes : lundi

    Dans un but didactique, voici le déroulement d'une semaine d'astreinte type, sachant que, dans mon service actuel, elles sont plus cool qu'ailleurs. Puis aussi pour expliquer pourquoi, quand je suis d'astreinte, je ne poste pas de nouveaux billets.

    Lundi matin, je récupère le téléphone sur les coups de huit heures et demie. A neuf heures moins vingt-cinq, il sonne.

    — Allôôô, c'est la pneumooo !
    Deux patients à aller voir, deux. 

    On commence la visite. Ma co-interne (que nous appellerons Co, pour les besoins de la cause) m'avait laissé tout un tas de petits mots en matière de transmissions. Il y aura des drains à enlever, des talcages à faire... Les externes vont s'y mettre, et heureusement !

    Deuxième chambre, téléphone :
    — Oui, bonjour, le patient est au scanner !!!
    — Gné ? Euh, pardon, quel patient ?
    — Ben le patient que vous attendiez !!!
    — Mais... qui c'est ?
    — L'AVC !!!
    — Ah... mais ça c'est le portable d'astreinte de thoracique, en fait...
    — Merde, je croyais que c'était celui du Professeur Neurologue !!! (et de raccrocher aussi sec)

    Troisième chambre. Téléphone.
    — Ouiiii, c'est la réa-d'en-bas ! C'est pour vous rappeler de passer voir madame Truc !

    Quatrième chambre. Téléphone.
    — Oui Stockholm c'est ta Co ! On est entre deux blocs, là, c'est pour te dire de manger sans moi à midi, on va finir à pas d'heure !

    Cinquième chambre. Ah, non, pas de téléphone.

    Sixième chambre. Téléphone.
    — Bonjour allôôô, c'est la cardiooo ! Nous faudrait un avis !

    Re-téléphone dans la sixième chambre.
    — Coucou, c'est les secrétaires ! Tu as une consultation à midi, un monsieur qui était venu il y a six mois, mais t'inquiète pas, on te ressort le dossier et on te rappelle quand il est là !

    Reste de la visite à l'avenant. A se demander si le téléphone résisterait à une chute de plusieurs étages, voire même depuis le toit de l'hôpital si je suis motivée.

    Papiers de sortie à faire, puis à rectifier et à photocopier. Les externes ont pris leur petit chariot de dédrainage et remontent le couloir, l'une à côté de l'autre, me rappelant mon jeune temps qui n'est pas si vieux.

    Il est midi, j'ai faim, et pas envie de descendre manger toute seule à l'internat. Ça sera plus vite fait à la tisanerie avec les surplus de plateaux des patients.

    C'est l'après-midi, il faut s'organiser.

    D'abord, tant que mes pieds sont en état de marche, aller donner des avis aux quatre coins de l'hôpital. Donner un avis n'est pas (trop) difficile ; ma Co et moi appliquons le même protocole :
    • Oh, il n'a pas de scanner récent ? Comme c'est dommaaage, ben va falloir en refaire un, puis on repassera, d'accord ? 
    • Ah, cool, vous lui avez refait un scan ! Ouais... nan mais il est petit, là, l'épanchement, puis il est bien cliniquement, donc on fait rien, quoi, enfin pas dans l'urgence, quoi, ça me laisse le temps d'en parler à mon chef avant de dire une connerie plus grosse que moi.
    • Ha c'est important, quand même, la moitié du champ... Nan mais il le tolère bien. Bon, vous savez quoi, j'appelle mon chef, et on voit s'il faut le faire au bloc ou si on peut drainer en salle de réveil. Puis faudra faire des biopsies.
    • Un poumon blanc ? Et il a été exposé à l'amiante ? Et il a perdu dix kilos en trois jours ? Bon, OK, j'appelle le bloc pour le rajouter dès que possible... Puis mon chef, aussi...

    Après avoir passé le début de l'après-midi à courir à droite et à gauche, je retourne me poser dans le bureau médical / salle de staff / salle à café pour commencer à dicter le staff. Miracle, le portable d'astreinte a arrêté de sonner. Sournoisement, je ne regarde pas si ça n'est pas un souci de batterie ou de carte SIM (c'est qu'il a des kilomètres au compteur, le cochon) — tant qu'il me fout la paix deux heures... Et si c'est vraiment urgent, il y a mon portable perso. (Au final, non, monsieur Portable allait très bien, c'est juste que personne ne cherchait à appeler, ce qui était bien).

    Puis c'est la contre-visite. Puis je parle de sevrage tabagique avec un patient. Puis je rentre chez moi.

    Puis je retourne à l'hôpital, pour cause de pneumothorax à drainer aux Urgences. Retour à la maison sur les coups de minuit, dodo.

    En milieu de nuit, un interne d'un autre service voulait héberger un de ses patients chez moi. OK, on a de la place.

    Puis le jour s'est levé, et le mardi a commencé.

    Bilan du lundi :
    •  4 avis donnés
    • dormi sept heures
    • treize heures de présence à l'hôpital

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  • Commentaires

    1
    Dimanche 6 Juin 2010 à 23:31
    Hello Stockholm! Je découvre ton blog avec beaucoup de plaisir! (je suis interne aussi mais en médecine gé). Scuse si je pose une question sur quelque chose que tu as déjà expliqué auparavant : c'est quoi cette histoire d'astreinte?? Ya pas un ou plusieurs interne(s) dans chaque service de ton hosto? Et tu fais des consults en plus? Ou ce ne sont que pour les avis chir?
    Parce qu'en lisant ton billet on a l'impression que tu te tapes tout le boulot de l'hôpital... (ce qui ne doit pas être si loin de la vérité).
    Au plaisir de te lire en tout cas!
    2
    Askap
    Lundi 7 Juin 2010 à 10:37
    Le tout pour 34€ la semaine, j'imagine...
    3
    Lundi 7 Juin 2010 à 21:36
    @ Gélule : merci pour la découverte, et le rétrolien chez toi ;)
    Oui, il y a bien plusieurs internes dans le service, mais il n'y en a qu'un seul à la fois dans le service, le reste de la troupe étant au bloc. Donc celui d'astreinte est dans le service, ce qui veut dire faire la visite le matin et la contre-visite le soir, aller voir les patients dans les autres services (on fait les rabatteurs pour les avis : l'interne est le premier à voir le dossier et le patient, puis seulement en parle au senior). Et oui, on a des consults — une seule demi-journée, c'est pas la mort, mais ça peut arriver, comme ici, qu'on voit un patient un peu à l'arrache à un autre moment, sur un souci de pansement, de cicatrisation, que sais-je... 

    @ Askap : non, c'est une demi-garde l'astreinte ce qui, financièrement, devient très intéressant quand on est d'astreinte une semaine sur deux. Heureusement ! 
    4
    Mardi 8 Juin 2010 à 10:14
    aaaaah.... d'accord (je me sens bête là) c'est mon neurone qui était fatigué faut croire. Maintenant ça me semble évident que tu es d'astreinte pour TON service pendant que les autres sont au bloc. Erm. Bon. Merci pour les explications ;-)

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