• La semaine d'astreinte : samedi

    Qui dit week-end d'astreinte dit visite + contre-visite samedi et dimanche. La nuit de vendredi avait été calme, dans l'ensemble, mais quand même, se trouver à l'hôpital à neuf heures et demie, ça fait un peu chier.

    J'y suis à neuf heures vingt, la masochiste s'étant éveillée en moi, pour préparer les sorties du jour. A l'heure réglementaire, tous les papiers sont faits, et les infirmières et moi n'attendons plus que Chef-Chéri pour faire le tour.
    Lequel Chef-Chéri m'appelle sur le portable d'astreinte pour me dire de commencer sans lui, son petit dernier vient de lui vomir dessus.

    On commence donc un petit tour tranquillou. Tellement tranquillou que l'infirmière commence à parler une demi-heure à chaque patient au sujet de ses selles, de son oxygène et du Doliprane. A la troisième chambre, je suis sortie sans l'attendre — « Je continue, tu me rejoins, OK ? ». Impoli, certes, mais autrement j'implosais. Il est alors dix heures bien cognées, et Chef-Chéri arrive au fond du couloir. La visite ira plus vite par la suite.

    Il n'y a pas d'externes le samedi. Du coup, c'est moi qui dédraine et qui talque. Sur les coups de midi, j'ai fini ; les bilans sont arrivés, de même que les radios restantes. Hop, un petit coup d'œil à tout ça, et puis on rentre manger à la maison.

    L'après-midi, en théorie, n'appartient qu'à moi jusqu'à 17h 30, heure à laquelle je fais généralement ma contre. Horaire soigneusement choisi pour me permettre de prendre un thé avant de monter au CHU, et d'arriver à l'heure de préparer le dîner en sortant.
    Pas de pot, aujourd'hui, l'un des patients doit sortir à la contre et, comme il habite loin, le VSL va venir le chercher sur les coups de quatre heures.
    Comme je n'ai pas la moindre envie de monter deux fois, je ferai le tour à quatre heures. Na. 

    Après la contre, je commence mes courriers. Il n'y en a pas beaucoup à faire, mais ce n'est pas classe de les laisser à ma Co. Du coup, le temps de rentrer chez moi, il est effectivement l'heure de préparer le repas. 

    La soirée commence calme, au point que je me couche tard en espérant vaguement ne pas être dérangée de la nuit. Dehors, il pleut.

    A deux heures, le téléphone sonne. Un pneumothorax est aux Urgences (encore), à drainer (encore). Les Urgences participent à un essai drainage versus exsufflation ; la randomisation est assez simple : si c'est le jour, ils tirent au sort et parfois exsufflent. Si c'est la nuit, c'est drainage. 
    Il tombe des cordes.

    En revenant, vers trois heures et demie, je croise un chat, assis tranquillement au milieu d'une rue habituellement passante. Pris dans les phares, il me regarde tranquillement, l'air de dire « Tu n'oseras pas m'écraser ». Hébétée, je m'arrête et mets les warnings. Il lui faudra bien cinq minutes pour se décider à lever son cul du macadam ruisselant et, la queue en l'air, regagner le trottoir.

    Quand j'arrive chez moi, le seul son est le bruissement de l'averse. Je m'arrête un moment en bas de l'immeuble pour profiter de cet instant où la ville est un décor. Sous les lampes au sodium, et avec cette pluie massive, on se croirait dans un vieux film américain aux décors postiches. Une chauve-souris tourne au-dessus de la rue ; à cause de la pluie, je n'entends pas son cri caractéristique. A vingt-quatre ans, j'entends encore les ultrasons.

    Allez, il n'y a plus qu'à aller se coucher en espérant que le téléphone ne sonne pas de nouveau, parce que franchement, dormir sept heures d'affilée, ça me manque. 

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