• La semaine d'astreinte : mardi

    Après la journée de lundi, tout va bien. On refait le tour le matin avec le copaing téléphone, qui sonne un peu moins, mais tout de même assez (genre une chambre sur deux). Moins d'avis à donner, plus de paperasses à (re)faire : monsieur Truc dont le certificat descriptif initial ne mentionnait pas l'entorse bénigne de cheville (à côté de huit fractures de côtes, une clavicule en deux morceaux et deux-trois autres broutilles genre des contusions hépatiques, clair que c'est hyper-important, l'entorse, et ça va changer la face du monde), madame Untel qui a paumé son arrêt de travail, monsieur Machin connu du service depuis quinze ans et qui n'a plus de quoi faire faire ses soins infirmiers...

    Les externes dédrainent.

    A midi, je casse la croûte avec ma Co, entre deux blocs, à l'internat. C'est mauvais, comme d'habitude (pour les Moldus qui me lisent, sachez qu'on mange la même chose que les patients, oui, et que oui, c'est mauvais, mais que vous, au bout d'un moment, vous rentrez chez vous alors que nous on reste et on mange).

    L'après-midi sera plus calme. Dans un élan de courage, je finis de dicter le staff (record battu \o/ ), puis je fais la contre-visite. Puis je rentre chez moi, Co1, Co2 et moi ayant prévu une soirée « apéritif étendu ». Le principe est simple : assez de trucs d'apéritifs pour manger jusqu'à minuit.

    Mes Co2 partent vers minuit vingt, le portable n'a pas sonné une seule fois. Vaisselle, pyjama, dodo ?
    Ah non, le téléphone sonne dès la lumière éteinte. Un grooos épanchement pleural est aux Urgences. Bon, et bien on y va !

    En effet, méga épanchement pleural de la mort kitu avec déviation du médiastin, chez un patient exposé à l'amiante et autres joyeusetés dans sa jeunesse. Le scanner montre une plèvre très épaissie, très festonnée... Cliniquement, le patient est bien, et j'hésite à le ponctionner. Il y a de la place au bloc, peut-être une pleuroscopie d'emblée...
    Finalement, je le fais monter dans le service.
    Le temps de faire le tour du patient et de ses examens, le temps d'expliquer au patient pourquoi on le garde et tout et tout, il est deux heures du matin.

    C'est juste de l'autre côté de la porte des Urgences que le téléphone ressonne ; pneumothorax à drainer. Mais un pneumothorax antérieur, bien merdique pour la néo-interne que je suis. En attendant le bilan de coagulation, je monte au scanner regarder les images sur la console, puis j'appelle mon senior pour en discuter. Verdict : oui, il faut drainer.
    Il faut alors monter dans le service chercher notre matériel de drainage à nous qu'il est beau, le matos des Urgences étant dépareillé et globalement paaaas bieeeeen.
    Puis drainer le patient, ce qui prend un peu de temps, mais se fait facilement (serais-je en voie de savoir poser un drain ?!).

    Puis trouver une place au patient en hébergement, le monsieur de l'épanchement ayant pris la dernière place d'homme du service. Traduction : appeler l'interne d'astreinte du service receveur (autant que possible) et ayant des lits (surtout).
    Ça sonne, et au bout d'un moment ça bascule sur le répondeur.
    Ah.
    Coup de fil en salle de réveil pour vérifier : non, aucun bloc ne tourne tout de suite, ni n'a tourné depuis un bout de temps, d'ailleurs. Donc l'interne d'astreinte de ce service est dans son lit.

    Cruelle, je rappelle pour refaire sonner. Enfin, j'entends une voix d'outre-tombe :
    — Hallau...
    — Oui, bonsoir, excuse-moi de te déranger, c'est Stockholm, de thoracique ! J'aurais besoin d'un lit pour un patient, un pneumo qui a été drainé ! On pourra sûrement le reprendre demain quand les sorties auront été faites !
    — Ouairrr... Tout ce que tu veux tant que c'est pas un avis... Dormir... 'tain, dormirrrr...
    — Cool, merci ! Gros bisous !

    Il est quatre heures du matin à la pendule des Urgences. Je me sens bien, tout à fait réveillée, pleine d'énergie. Plus énergique que le matin, d'ailleurs, ou que n'importe quel autre moment de la journée qui vient de s'écouler.
    Bizarre.
    Alors je remarque que j'ai les épaules contractées, mal aux lombaires, et les mains qui tremblent un peu. Et puis d'un coup, comme ça, j'ai super sommeil.

    Le temps de remonter dans le service poser ma blouse, je dormirais debout, mais j'ai des courbatures de partout.
    Un petit Myolastan pour se détendre avant dodo, peut-être ?... Oh, c'est pas bien, si on me rappelle je serai dans le pâté... 
    Oh et puis merde, va pour un Myolastan.

    Grâce à mesdames les benzodiazépines, dix minutes après le coucher, j'étais aussi détendue qu'un moine bouddhiste ayant atteint l'illumination. Et du coup j'ai dormi comme une masse. 

    Bilan du mardi :
    • 1 avis donné
    • 2 passages aux Urgences (dont un drainage)
    • dormi trois heures
    • passé treize heures à l'hôpital (parce que les garces n'étaient pas d'affilée). 

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