• La Roue du Temps (Robert Jordan)

    Enfin, le compte-rendu de mon occupation principale de l'été : lire les dix-huit tomes publiés en français de cette série de fantasy somme toute assez mainstream. Et la raison pour laquelle j'ai un peu délaissé ce blog pendant tout ce temps, parce que se rouler en boule sur son canapé avec un bol de thé et un bouquin, la fenêtre ouverte en été, ça n'a pas de prix.

    Verdict brut : non, ça ne valait pas le coup de les acheter en anglais. La bibliothèque municipale et la VF sont amplement suffisantes.

    Pourquoi tant de haine ? Après tout, l'histoire est originale, les personnages forts et bien typés... Alors, qu'est-ce qui fait que non, je ne relirai pas l'œuvre de Jordan ?

    La Roue du Temps, c'est une vaste saga, un immense roman-fleuve que Dallas, à côté, c'est du beurre de cacahuète. Mais roman-fleuve dans le genre que quand les personnages vont aux toilettes, en fait, on te le dit. Dans le genre que des questions überymportantes sont tout bonnement laissées de côté parce que l'auteur a eu des idées plus intéressantes entre-temps. Dans le genre que le Grand Méchant Ennemi Qui Veut La Peau Du Héros disparaît d'un coup, comme ça, pendant trois tomes, parce qu'il n'est plus intéressant. Et que quand il revient, il ne fait rien de fracassant, comme si sa haine absolue avait perdu son efficacité. Un peu comme moi et le ménage : je peux faire un ménage de tarée tous les jours pendant deux semaines, puis après je me contente de regarder mes tapis sales en me disant que, quand même, c'est pas beau quand il y a des bouloches dessus.

    C'est-à-dire que l'histoire se perd et se dilue. Et pourtant, j'aime les histoires à rallonge. Quand je me fais un cycle Tolkien, j'enchaîne le Hobbit, le Seigneur des Anneaux, le Silmarillion, les Enfants de Hurin, puis les Contes Inachevés, et après je pleure parce que ce procrastinateur de philologue n'en a pas écrit davantage, de sa grande histoire épique. Quand je fais un cycle Harry Potter, les sept tomes s'enchaînent, et je regrette que les premiers ne soient pas plus épais. Quand je fais un cycle Bradbury, je suis contente qu'il soit encore vivant et donc potentiellement toujours publiable.

    Mais suivre un voyage à pied auberge par auberge, où tous les aubergistes sont gros, chauves, et avec un grand tablier, à la fin, ça gave.

    Mais s'enquiller la description minutieuse de chaque costume porté par chaque personnage (sachant que plus de la moitié sont des femmes élégantes avec garde-robe et coffret à bijoux imposants), ça lasse.

    Et ce d'autant plus que, par conséquent, rien n'est laissé à l'imagination. Là où Tolkien brosse un portrait à larges traits, et définit un personnage autour d'un détail, et finit par écrire un tourbillon impressionniste, Jordan donne dans le naturalisme.

    Exemple :
    Soudain apparut en bas un cheval blanc, luisant dans l'ombre et courant à vive allure. Dans le crépuscule, sa têtière scintillait et étincelait, comme cloutée de gemmes semblables à de vivantes étoiles. Le manteau du cavalier flottait derrière lui et son capuchon était rejeté en arrière ; ses cheveux dorés flottaient, chatoyants, au vent de sa course. Frodon eut l'impression qu'une lumières blanche brillait au travers de la forme et des vêtements du cavalier comme au travers d'un mince voile. (J. R. R. Tolkien, le Seigneur des Anneaux, livre I)

    Et voilà, on ne nous en dit pas plus au sujet de Glorfindel. A nous d'imaginer le reste. Une phrase pour présenter l'un des personnages les plus saisissants, quoique peu présent, de cette trilogie mythique.

    Et, plus tard :
    Glorfindel était grand et droit, ses cheveux étaient d'or éclatant ; son visage jeune et beau était intrépide et reflétait la joie ; ses yeux étaient vifs et brillants, et sa voix comme une musique ; son front montrait la sagesse, et sa main la force. (J.R. R. Tolkien, le Seigneur des Anneaux, livre II)

    Jordan, lui, nous aurait minutieusement décrit la moindre épingle du costume de ce seigneur des Hauts Elfes. La Roue du Temps compte des paragraphes entiers consacrés à la dissection des vêtements, des bijoux, des coiffures, tout comme des paysages et des villes. Tolkien esquisse et laisse le lecteur compléter à sa guise. Jordan impose.

    Ça, c'était pour le style. Passons à l'univers.

    Toute œuvre de fantasy ou de science-fiction repose sur un univers unique, plus ou moins différent du nôtre, et particulier à cette œuvre. C'est la base (et c'est ce qui fait que, maintenant, je me cantonne à ce type d'ouvrages). Bien sûr, chaque univers tire son inspiration de « choses réelles ». Il peut s'agir de l'histoire d'un pays, d'une culture naturelle, ou de mythes existants. Souvent, les sources les plus importantes sont faciles à identifier, comme le Paradis Perdu de Milton pour les livres de Pullman. Ou alors il s'agit d'une distorsion du monde moderne, uchronie à la Bradbury ou à la Dick, ou explosion colorée à la Rowling. 
    Bref, dans un univers « bien fait », on retrouve toujours des éléments venant d'ailleurs, sans que cela ne choque. Dans son univers, un auteur ou un cinéaste nous livre une certaine vision du possible. Que celle-ci inclue des sources d'inspiration externes identifiables est normal, tout le monde n'étant pas schizophrène ou sous diverses drogues.

    Mais, en général, on n'a pas l'impression que l'auteur a fait une liste des diverses cultures de l'humanité, chacune avec ses caractères spécifiques (architecture, gastronomie, costumes traditionnels, coutumes, système politique...), puis a tout mis dans un grand chapeau et tiré au sort jusqu'à ce que chaque élément spécifique se retrouve attribué à une culture de son univers, qui sera alors minutieusement décrit.
    Par un contrecoup malheureux, tout élément original apparaîtra alors comme une pièce rapportée.
    L'univers créé par Jordan ressemble à un patchwork de hasard. Un peuple suivra le bushido japonais dans des forteresses médiévales européennes. Un autre dominera les mers sur des knörr vikings, tout en étant célèbre pour ses fines porcelaines chinoises. Bref, le grand n'importe quoi.

    Je pourrais en écrire encore long sur la Roue du Temps. Ma conclusion tiendra pourtant en deux mots : sacré gâchis. Comme souvent au cinéma ces dernières années, on assiste au long des tomes à la perte d'une tonne de bonnes idées au milieu d'un marécage bourbeux d'intrigues secondaires débiles.

    C'est un bon divertissement, mais, vraiment, il ne faut pas en attendre plus. Et c'est très dommage.


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  • Commentaires

    1
    LaurenceB
    Dimanche 26 Septembre 2010 à 20:23

    En matière de Fantasy, je suis une convaincue de Pratchett. Ankh-Morkop, Vimaire et Veterini... woooa.

     

    2
    Altan
    Samedi 5 Octobre 2013 à 12:47

    Ben moi, je dois dire, à part il est vrai certaines inégalités qui font que certains tômes sont bien moin itéressants que d'autres, c'est c'e que j'ai lu de mieux en matière de fantasy j'usqu'à ce jour.

    love

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