• La pince Péan

    Description


    Pince PéanLa fonction principale de la pince de Péan est l'hémostase. La pince possède de gros mors mousses dont l'intérieur est strié perpendiculairement à l'axe des branches. Ces mors sont larges, discrètement évasés ; leur rôle est de serrer sans léser les tissus adjacents.

    On l'utilise également pour faire le champ, ou à chaque fois qu'une compresse montée est nécessaire, au même titre qu'une pince Collin (dont les stries internes seront, elles, obliques).

    Les kits de pansement des infirmières dans les services comportent généralement une Péan en plastique en renfort de la sacro-sainte
    <Kocher>.

    Pour tout avouer, j'ai mis des plombes à savoir que ça s'appelait une Péan... Au début, on ne me la demandait jamais, alors je l'appelais l
    a-jolie-grosse-avec-le-bout-rond-et-les-rayures-horizontales-qui-reste-dans-la-boîte. Pas très flatteur pour monsieur Péan, cette pince ayant à son époque représenté une avancée technique majeure.


    Jules-Émiles Péan


    Jules-Émile Péan Jules-Émile Péan est né le 29 novembre 1830 à Marboué, petite commune d'Eure-et-Loir proche de Châteaudun.

    Regardons un instant son portrait. Péan a 63 ans là-dessus. Un peu gros — un petit régime ne serait sans doute pas du luxe, même su les favoris, fort en vogue à l'époque, ne sont pas flatteurs de ce côté-là.

    Fils de meunier, destiné par son père à devenir agriculteur,puis notaire, une noble profession, il choisit pourtant la médecine, puis la chirurgie. Jules Péan est l'un de ces chirurgiens français qui, au XIXe siècle, ont tant fait avancer la médecine. Pozzi, plus tard, dira de lui « 
    On peut dire que directement ou indirectement c'est à son école que se sont formés tous les maîtres contemporains de la chirurgie abdominale ».

    Père de la laparotomie, inventeur (contesté) de la forcipressure et, plus particulièrement, de la crémaillière (incontesté) qui sert à maintenir les pinces hermétiquement clampées (j'ai pensé à lui en me servant d'une Kocher pour ouvrir un confit d'oie, l'autre jour — le caoutchouc s'est déchiré, mais la pince a tenu), il s'est largement opposé à Pasteur.

    Externe en 1852, interne provisoire en 1853 à Lariboisière (les FFI existaient déjà !) puis interne des Hôpitaux de Paris en 1855 (deuxième au concours...), il eut pour maître le professeur Denonvilliers, chirurgien et anatomiste de renom. Il fit un passage à la maternité, puis chez Auguste Nélaton, l'un des grands noms de l'époque, et le premier à désinfecter les plaies, chirurgicales ou non, à l'alcool.

    Dès 1863, il réalise la première splénectomie réussie.

    Henri Gervex, Avant l'opérationIl débuta sa carrière médiatique en 1864, par l'opération d'un kyste de l'ovaire de 10 kilos, chez une patiente de 30 ans que l'on croyait tuberculeuse. Le case report, comme on dirait aujourd'hui, publié à l'Académie de Médecine, eut l'effet d'une bombe dans cette vénérable institution. C'est peut-être à cette intervention célèbre que pensait le peintre Henri Gervex lorsqu'il peignit en 1887 son tableau intitulé Le Docteur Péan enseignant à l'Hôpital Saint-Louis sa découverte du pincement des vaisseaux (ou, de manière plus sobre, Avant l'opération), aujourd'hui conservé au musée d'Orsay. Il a inventé sa pince en 1868, et s'en servit avec succès pour ses laparotomies.

    Péan ramena le taux de mortalité des ovariectomies de 100 % (pas merveilleux) à 3-4 % (déjà plus acceptable).

    Sa recette ? Elle paraît logique, et repose sur deux piliers de la chirurgie contemporaine : la propreté et le clampage des vaisseaux. Le patient ne se saigne pas à blanc, ne meurt pas de choc septique non plus, et ne fait pas non plus le duo gagnant, l'hématome surinfecté. Mais ce qui paraît aujourd'hui évident, et fait partie de la vie de tous les jours, était à l'époque un concept révolutionnaire. On n'a pas encore trouvé mieux que sa crémaillière pour clamper ce qui saigne (et le reste aussi d'ailleurs). Pour ce qui est de la propreté (on ne parle pas encore d'asepsie, mais de simples règles de bon sens), Péan ne disséquait pas des cadavres avant d'opérer (paraît-il qu'il n'aimait pas ça), il se lavait les mains à l'eau et au savon, puis à l'alcool (le Stérilium n'a donc rien inventé), avant d'ouvrir, et il opérait loin de la pourriture d'hôpital, comme on disait à l'époque, celle qui tuait un opéré sur deux (quel joli nom pour les infections nosocomiales !), d'abord chez lui, rue Lepic, puis dans un pavillon séparé de l'hôpital Saint-Antoine. Il opérait à mains nues, les gants de latex n'ayant pas encore été inventés, et évitait autant que possible de mettre les mains dans le patient, opérant à bouts d'instruments ; il utilisa le premier un instrumentiste pour nettoyer les instruments durant l'intervention.

    Par contre, il se faisait payer cher. Très cher. Plus cher que n'importe quel autre chirurgien de l'époque, et la légende veut qu'il ait discuté des honoraires jusque sur la table d'opération. Il pratiquait également le reversement d'une partie des honoraires aux correspondants, et fut critiqué pour ce manquement cruel à la déontologie médicale. Ça ternit un peu le mythe, mais il était plus que doué et ses patients mouraient moins que ceux des autres. Ceci dit, avec cet argent, il a construit l'Hôpital International — 50 lits destinés à soigner gratuitement tous les malades, renommé en Hôpital Péan après sa mort, aujourd'hui démoli. Et il appliquait le serment d'Hippocrate en soignant gratuitement les indigents.

    Toulouse-Lautrec, Une opération des amygdalesEn 1865, le 24 mai, il fut nommé au Bureau Central et mena une activité en partie hospitalière, mais principalement libérale. Chef de service à Saint-Louis en 1873, il ne fut jamais universitaire, mais forma néanmoins nombre de chirurgiens lors de ses séances du samedi matin, à Saint-Louis. Il avait inventé les conférences de préparation à l'internat (ainsi qu'à l'externat, qui était un concours à l'époque), alors qu'il était encore interne. Les D4 de chez Hippocrate, Conf'Plus, Atout'Conf & Cie n'auraient pas la même vie si Péan n'était pas passé par là. Il fut parmi les premiers à opérer avec ses internes afin de les former in situ. Et, quand il organisait annuellement des repas de service chez lui, ceux-ci se terminaient immanquablement par des jeux d'argent — mais c'était lui qui donnait des bourses pleines d'or à ses internes.
    C'est en 1868 qu'il perfectionna la pince qui porte son nom, à partir du modèle inventé par Charrière en 1858 et modifié par Kœberlé en 1864, en remplaçant le clou qui tenait la pince fermée par une crémaillière, de maniement plus aisé. Il en généralisa également l'usage pour l'hémostase, jusque-là anecdotique, et en créa de multiples avatars, droite, en cœur, en T...

    Il décrivit la maladie gélatineuse du péritoine en 1871.

    Partant du principe novateur que toute tumeur pouvant être enlevée devait l'être, ce qui était à rebours des idées de l'époque, il réalisa la première résection gastrique (pylore et antre) avec anastomose gastro-duodénale termino-terminale. Si cette intervention porte aujourd'hui le nom de Bilroth, c'est parce que le patient de Péan mourut... Bilroth réalisa avec succès la seconde intervention de ce type un an plus tard. Dans le même ordre d'idées, en 1888, il réséqua en deux temps une volumineuse tumeur maligne de la face, enlevant au passage le maxillaire, le zygomatique, et le plancher de l'orbite (probablement sans reconstruction ad hoc derrière, les gueules cassées de la Grande Guerre n'étant pas encore passées par là) ; le patient survécut (mais à quel prix...). L'année suivante, il réalisa l'exérèse d'une tumeur cérébrale responsable d'épilepsie.

    En 1890, il fut le premier à poser une prothèse d'épaule. Elle était en caoutchouc durci ; l'indication était une tuberculose atteignant l'articulation. Le patient récupéra une bonne fonction articulaire. Son cas fut présenté à l'Académie de Médecine en 1894.

    Signature PéanJules-Émile Péan est mort le 30 janvier 1898, suite à une pneumonie contractée lors d'une partie de chasse à son domaine du château de Boulages, en Seine-et-Marne, géré par sa sœur Rose. Sa dernière intervention fut une néphrectomie partielle — il ne finit jamais son programme de la matinée. Ses obsèques eurent lieu de 3 février.

    Marié à Henriette Guirou de Buzaringue, il en eut trois filles. Commandeur de la Légion d'Honneur, personnalité brillante et contestée, il demeure aujourd'hui l'un des très grands noms de l'école chirurgicale française du XIXe siècle, de ceux qui ont participé à la création du visage de la chirurgie moderne.



    Aller plus loin


    Portrait de Jules Péan, par Jacques Poilleux, secrétaire de l'Académie Nationale de Chirurgie
    Illustres Anciens de l'APHP, par Philippe Monod-Broca 

    Article disponible au format pdf

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  • Commentaires

    1
    may
    Mardi 23 Septembre 2014 à 19:23
    Elle est aussi connue sous le nom de pince à servir
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