• La pince de Kocher

    Description


    pince KocherLa pince de Kocher est d'une particulière robustesse. En général droite, avec ou sans griffes, elle est grosso modo utilisée pour tirer sur les trucs. Péritoine, tendons... La Kocher écarte un plan en traction, clampe des vaisseaux ; elle fait ce que les Leriche et autres Kelly sont trop faibles pour réaliser, mais s'arrête net lorsque la délicatesse est nécessaire. Sans elle, point de salut ; c'est l'auxilliaire indispensable des écarteurs quand on se met à parler de viscéral intéressant. La Kocher peut également servir de pince repère - bien qu'elle soit un peu épaisse pour tenir un fil, on a du mal à trouver mieux pour les lacs.
    Bref, la Kocher, c'est le gros bras du bloc opératoire. Et Dieu sait qu'elle fait bien son travail. Mais si ses mors épais sont tout ce que demande le peuple pour maintenir avec efficacité, ils peuvent parfois représenter un handicap. Pour suturer avec une aiguille fine, par exemple...

    Dans les kits de suture à usage unique (oui, les merdes qu'on donne aux urgences, où les ciseaux sont en plastique et où la pince à disséquer est pire que la pince à épiler de ma salle de bains), une Kocher remplace parfois le porte-aiguille. Ce qui peut vous faire adoooooorer de l'aide-soignant(e) lorsque, à une heure du matin, vous avez à suturer une plaie de face bien merdique, à la limite de l'avis maxillo, et que vous exigez un vrai plateau à suture, après avoir essayé de bidouiller avec la merde jetable. Pour ces cas-là, en cas d'aide récalcitrant, je conseille de sortir du box en restant en stérile (attention, bien ouvrir la porte avec le coude sinon on a l'air con avec la faute de la mort kitu), se planter au milieu des urg et gueuler jusqu'à ce que plateau à suture s'en suive. La classe étant de retourner aussitôt après dans le box et de remercier tout gentiment la personne qui vous apporte le plateau (on peut fermer la porte en la poussant violemment avec le pied si la garde a été dure, mais c'est optionnel).

    La Kocher, c'est aussi la pince qui tient le rouleau de collant à la poche inférieure droite de la tenue de toute infirmière qui se respecte. Très multifonction, comme objet, vous voyez.

    Emil Kocher

     
    E. T. KocherEmil Theodor Kocher est né en 1841 dans la ville suisse de Berne. Docteur en médecine en 1865, il succéda sept ans plus tard à Lücke, son maître parti à Strasbourg, en tant que Professeur Ordinaire de Chirurgie et Directeur de Clinique Chirurgicale. Emil Kocher conserva ce poste jusqu'à sa retraite, malgré les nombreuses invitations de services et d'hôpitaux étrangers.

    Les premiers travaux de Kocher sur l'hémostase par torsion des artères ont marqué son époque ; dans l'éternel combat ligature/cautérisation, c'était un point de plus pour les héritiers d'Ambroise Paré... Ainsi, Billroth, le mélomane qui a créé la chirurgie abdominale, s'est-il intéressé à ces réalisations. Et la manoeuvre de Kocher, qui permet d'exposer les structures du rétropéritoine après une incision longeant le duodénum, est dans la même veine. Après avoir récliné la tête du pancréas et le duodénum vers la gauche, les structures les plus postérieures deviennent accessibles, qu'il s'agisse des gros vaisseaux ou de la queue du pancréas (au fait, vous savez ce qui est petit et rose avec une queue qui pointe à gauche ?)

    Au plan anatomique, les recherches de Kocher ont abouti à la plus simple des techniques de réduction des luxations antérieures de l'épaule - et utilisable quelque soit l'ancienneté.

    Lorsque Kocher commença à pratiquer la chirurgie, la première phase de la bataille de l'asepsie était gagnée - la théorie était établie et acceptée par tous, mais restait à passer à la pratique. Si les travaux de Lister avaient abouti à l'utilisation de solutions chlorées dans le traitement des plaies septiques, et que les premiers fils stériles avaient fait leur apparition, le plus gros restait à faire pour vaincre la "pourriture des hôpitaux". Kocher fut l'un des premiers à supporter l'asepsie totale ; en 1892, en collaboration avec Tavel, un pionnier bactériologiste, il contribua à défricher l'Amazonie des infections chirurgicales. Il réalisa ainsi des travaux essentiels sur l'ostéomyélite aiguë (1874).

    Parce que les hôpitaux de Berne formaient également les médecins militaires, Emil Kocher étudia les plaies par arme à feu, aboutissant, en collaboration avec von Schejring, à des recherches approfondies sur les conséquences des projectiles de petit calibre à forte énergie cinétique, ainsi que sur celles des missiles. Kocher proposa ainsi en 1874 à Rome, au Congrès International de Médecine, des pistes pour l'amélioration des projectiles dans le sens de la réduction du délabrement des plaies. Ses travaux suivants, publiés en 1880 et 1895, constituent la synthèse de ses observations.

    Et parce que la pratique chirurgicale de l'époque était polyvalente, Emil Kocher ne s'est pas limité à la traumatologie de guerre. Outre l'hémostase, l'asepsie et le reste, les hernies ont largement bénéficié du chirurgien suisse. Qu'il s'agisse d'introduire la théorie novatrice de l'étranglement herniaire (1877), d'établir le protocole opératoire ou d'étudier les hernies chez l'enfant (1880), Kocher était là... La chirurgie digestive lui doit des avancées majeures ; ainsi, la pylorectomie avec stomie gastroduodénale, l'excision du rectum (1874), mais aussi le traitement radical des cancers (1909), la cholecystectomie ou l'ablation simple de calculs biliaires distaux ont été des avancées majeures réalisées par Emil Theodor Kocher. La mobilisation du duodénum (méthode de Kocher...) a également fait partie de ses intérêts digestifs... Qui dit lithiase biliaire dit iléus - une occasion de prolonger les travaux sur l'étranglement herniaire. Et tant qu'on est dans les hernies, autant aller voir du côté de la pathologie des OGE masculins.
    Mais, parce qu'à cette époque un chirurgien se devait d'être polyvalent et généraliste, Kocher s'est également intéressé aux épilepsies post-traumatiques, aux possibilités offertes par le traitement chirurgical, aux traumatismes crâniens ainsi qu'aux trépanations. De la neurochirurgie à l'orthopédie, il n'y a parfois qu'un pas, et Kocher a changé le traitement du varus, après avoir publié des observations approfondies sur le coxa vara.

    Se souvenir uniquement de Kocher pour ses travaux sur la chirurgie de la thyroïde apparaît ainsi bien réducteur... Car, bien qu'il ait créé la chirurgie des goîtres (la Suisse est loin de la mer) et étudié la physiologie de la thyroïde, liant le crétinisme à un défaut de fonctionnement (un crétin des Alpes est atteint d'hypothyroïdie congénitale, faut le savoir), il ne s'agit pas de la majeure partie de ses travaux, loin de là.

    Devant ce palmarès de travaux impressionnants, tant par leur profondeur et leur transversalité que par la variété des thèmes traités, le prix Nobel que reçut Kocher en 1909 apparaît comme une évidence. Véritable pionnier, il a considérablement fait avancer la chirurgie - ainsi que certaines parties de la médecine - à une époque où la médecine moderne était en train de naître. Emil Kocher est l'un de ces hommes sans qui le contenu de nos cours serait bien différent - touche-à-tout de génie, il est, comme la pince qui porte son nom, un incontournable.

    Kocher est mort à Berne en 1917, au plus fort de la boucherie de la Grande Guerre. Les plaies balistiques et souillées ont sans doute été un peu mieux traitées grâce à lui - et son Traité de Chirurgie, qui a connu six éditions traduites dans toutes les langues, cache sous un titre discret, ce qui a été un vademecum de la chirurgie abdominale et orthopédique pour les praticiens de ce temps.

    Plus d'information


    Site du Prix Nobel
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  • Commentaires

    1
    mamalilikaka
    Lundi 28 Février 2011 à 16:42

    llo j aimerais savoir comment construire une pince pouvez vous ,m aider

    2
    Mercredi 2 Mars 2011 à 07:24

    Je ne sais malheureusement pas grand chose de la fabrication des pinces, hormis que les mors sont usinés à la main (et que c'est pour ça que les bonnes pinces coûtent cher).

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