• La pince d'Allis

    Description


    Pince d'AllisLa pince d'Allis a beau avoir une tête de pince (si on peut dire), sa fonction la range dans la grande famille des écarteurs. D'accord, une Allis va pincer, et solidement - il suffit de regarder ses mors pour comprendre que ce qui est dans une Allis y reste - mais elle va servir à récliner un plan. En chirurgie du cou, par exemple, l'Allis va mordre les muscles peauciers du cou au bord de l'incision pour permettre de les soulever - voire carrément les récliner. Contrairement à la majorité des pinces, l'Allis n'existe que droite, et en deux longueurs (16 et 19 centimètres).

    L'Allis est toutefois une pince extrêmement traumatique pour les tissus ; il vaut mieux ne pas trop l'utiliser sur la peau et le tissu sous-cutané, pour ne pas risquer de déchirer le contenu des mors... Même lorsqu'elle tient du muscle, une épaisseur raisonnable de fibres est nécessaire pour éviter de se retrouver, en fin d'intervention, avec un trou autour des mors. Après, c'est chiant pour suturer... Normal, en somme, pour une pince destinée à l'origine à la chirurgie digestive ! La chirurgie viscérale a besoin de pinces solides.
    Mais rien ne peut remplacer une Allis. Lorsque les crochets sont trop fins et ne permettent pas de soulever suffisamment un plan, et lorsque le plan de l'intervention est trop superficiel pour permettre l'utilisation des Dautrey et des <Farabeuf>, l'Allis est là.

    On utilise généralement deux Allis au Pays des Merveilles (désolée, il fallait que je la fasse). Placées assez écartées sur les bords de l'incision, elles permettent de récliner une bonne longueur de plan.
    Les pinces d'Allis trouvent également leur place en chirurgie viscérale, qu'elle doit digestive ou gynécologique. Mais leur rôle est toujours le même, qu'elles mordent un plan musculaire ou une section de duodénum - tenir et exposer, tel est la fonction des Allis.

    Oscar Huntington Allis


    Oscar Huntington AllisOscar Huntington Allis est né le 9 septembre 1836 à Holley, dans l'état de New-York, aux États-Unis. Ses <proches ancêtres> comptaient parmi les fondateurs Puritains de la colonie de Salem, dans l'état du Massachusetts, alors qu'il n'y avait encore que treize états dans la toute jeune Amérique...

    Selon le cursus de l'époque, Oscar Allis obtint une maîtrise d'Arts (Master of Arts) en 1864, après une scolarité au Lafayette College. C'est deux ans plus tard, en 1866, qu'il acheva ses études au Jefferson Medical College. Ce diplôme lui ouvrit les portes de l'internat de l'Hôpital Général de Philadelphie. Une fois sa formation achevée, Allis figura parmi les fondateurs de l'Hôpital Presbytérien de Philadelphie.

    Allis était avant tout un orthopédiste ; il fut l'une des autorités de son temps sur les fractures et les luxations, et reçu en 1895 le prix Samuel Gross pour sa monographie sur la réduction des luxations de hanche. Quelques années plus tôt, en 1870, il avait étudié les syndactylies - avec des études de cas illustrées de photographies et non de gravures.

    Tout comme Farabeuf, Oscar Allis a laissé son nom à de nombreux instruments - ces pionniers de la chirurgie moderne avaient tout à inventer, depuis la sémiologie clinique de l'école française jusqu'aux techniques chirurgicales américains. Outre la pince, les anglophones connaissent le signe d'Allis dans les fractures du col fémoral, qui se traduit par une relaxation du fascia lata entre la crête iliaque et le grand trochanter - il est alors possible d'enfoncer son doigt dans le fascia (soit entre le grand troch et la crête iliaque pour ceux qui n'ont pas suivi). Et, parce que l'anesthésie n'était jamais loin de la chirurgie en ces temps héroïques, Allis en a profité pour mettre au point un inhaleur à éther.

    C'est toutefois en tant que chirurgien viscéral qu'Oscar Allis a mis au point sa pince. Celle-ci fut créée pour réaliser des anastomoses intestinales avec suture de la paroi sur toute son épaisseur (Intestinal anastomosis with suturing of the entire thickness of the intestinal wall - Method and Instruments, by Oscar H. Allis, M.D. DisColon Rectum 1986;29:776-779*). Et quand on voit la pince à l'oeuvre, on comprend tout de suite qu'elle est destinée à tenir de la paroi intestinale : si les muscles pauciers du cou sont parfois transpercés, la musculeuse intestinale ne souffre pas. La longueur des mors est optimale, et leur profondeur aussi ; utilisée en chirurgie digestive, la pince d'Allis est un petit morceau de perfection.

    Au plan de sa vie personnelle, Oscar Allis épousa Julia Waterbury Thompson ; leur fils, Oswald Thompson Allis (1880-1973), fut un théologien presbytérien reconnu qui fonda le Séminaire Théologique Westminster à l'emplacement de la maison familiale de Philadelphie.

    Allis est mort le 16 mai 1921, à l'âge de 84 ans, d'une hémorragie cérébrale (ce que j'aime, avec les médecins, c'est que les collègues biographes précisent toujours les causes du décès, ça change du traditionnel "décédé des suites d'une longue maladie").

    * republication, et non pas article original, bien entendu...



    Aller plus loin


    C'est difficile... Si vous avez des sources, je suis preneuse !

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