• La Journée de la Femme

    Je trouve que c'est une immense connerie. Une telle journée ne peut que servir à donner bonne conscience à ceux qui en ont besoin.

    Qu'on se le dise : je ne suis pas une féministe militante. Pour moi, l'égalité entre hommes et femmes est d'une telle évidence qu'il devrait être inutile que des associations le rappellent à cors et à cris. A quoi bon faire interdire l'affiche d'un chanteur comme scandaleuse, alors que la page d'accueil d'un site de rencontres reprend le même concept que l'affiche, mais en pire ? Ah, on me dit dans l'oreillette que adopteunmec.com « joue sans complexe avec la marchandisation de l'homme ». Sans déconner ? Mais où est la différence avec l'affiche de Saez ? Et lui, au moins, ne fait pas des rapports amoureux un produit de consommation. 
    Alors qu'imaginez seulement le tollé que provoquerait un site identique, mais appelé adopteunemeuf.com ? On n'aurait pas fini d'entendre aboyer les chiennes de garde...

    Et pourtant, en ce huit mars, on a 'achement parlé de Damien Saez. L'égalité des sexes semble partie bien loin... Et on retrouve plutôt une sorte de galanterie à la place.

    Plouf plouf. 

    La Journée de la Femme est une arnaque qui ne devrait pas avoir cours. Instaurer et perpétuer une telle journée ne sert qu'à commémorer le souvenir de l'inégalité entre hommes et femmes. Ou alors je veux aussi une Journée de l'Homme. La Journée des Droits de l'Enfant existe déjà, c'est heureux. Mais je veux aussi une Journée des Vieux. Une Journée des Jeunes. Et toutes les combinaisons : journée des femmes jeunes, journée des vieux cons et celle des blancs-becs métrosexuels...

    Il y a cent ans, s'inscrire en médecine, pour une femme, était un exploit. Et faire autre chose de la pédiatrie ou de l'obstétrique une illusion. Il y a cinquante ans, les femmes commençaient seulement à infiltrer les facs de médecine. Aujourd'hui, il y a 80 % des filles dans les promos. Dans ma promotion de chirurgie, sur 18 internes, nous sommes cinq filles (si mon compte est bon).
    Et celui qui prononce l'immonde mot « chirurgienne », je le force à regarder le Patient Anglais en boucle.

    En effet, hélas, il paraît que ne pas féminiser un nom de profession est sexiste. Le monde est donc envahi d'écrivaines, d'auteures, et j'en passe. Mais à quoi bon créer à la pelle des néologismes pour désigner des métiers existant depuis des millénaires ? Le sexe de la personne l'exerçant importe-t-il au point qu'il soit vital d'en informer le monde ? Les gens ne sont pas cons, ils savent bien reconnaître un homme d'une femme quand ils en ont un ou une sous les yeux. Quand, de garde aux Urgences, je programme une consultation avec l'une des deux orthopédistes de l'hôpital, je leur dit qu'ils verront le chirurgien. Ils verront aussi qu'elle a une grande natte et que c'est une femme. 
    Le nom d'une profession ne désigne que la fonction, pas celui l'exerçant. C'est pour cela que j'ai moins de haine pour le snob maïeuticien, qui peut connaître les deux genres.

    Après, on me dit dans l'oreillette que le 8 mars sert à Combattre dans le Monde les Injustices Faites aux Femmes. 
    Un jour, il faudra qu'on m'explique pourquoi l'ouvrière surexploitée d'une fabrique de textiles en Amérique du Sud a plus besoin d'une journée à elle que l'ouvrier des mines de rubis birmanes.
    Un jour, il faudra qu'on m'explique pourquoi il est plus honteux de frapper une femme qu'un homme.
    Un jour, il faudra qu'on m'explique comment une Journée célébrée par les pays les moins sexistes au monde peut améliorer le sort des femmes excisées en Afrique et ailleurs. 

    Ne vaudrait-il pas mieux s'élever contre toutes les injustices, toutes les violences ?

    Celles à qui une Journée de la Femme servirait ne peuvent en bénéficier. Ce sont aux sociétés à évoluer d'elles-mêmes ; une célébration artificielle ne peut prendre si le substrat n'y est pas propice. 

    Le secret, je vais vous le dire, c'est qu'en France, aujourd'hui, une femme peut faire ce qu'elle veut. Elle peut choisir d'être libre. Elle peut aussi choisir de perpétuer les traditions. Mais elle a le choix. Socialement acceptable ou non, le choix n'en reste pas moins présent. Une femme, en France, en 2010, peut choisir d'être une greluche ou une universitaire. Elle peut choisir d'être militaire ou mère au foyer. Ou les deux à la fois. Ça ne veut pas dire que c'est facile. Juste que c'est possible, et que chacun est libre.

    C'est pour cela que je trouve la Journée de la Femme, en France, d'une vacuité complète. Celles à qui une journée d'action, une vraie (et pas une journée de reportages aux divers JT), profiterait, celles-là en sont coupées, socialement, culturellement. Et, en France, cela ne sert qu'à perpétuer vivace le souvenir d'une époque qui est, qui doit rester, révolue.

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  • Commentaires

    1
    Mardi 9 Mars 2010 à 00:37
    Arrête d'avoir raison, ça devient fatigant à force...
    2
    Mercredi 24 Mars 2010 à 13:56
    Tu en oublies : la Journée de l'Enfance, la Journée de la Politesse au volant, la journée de lutte contre la misère...
    Pour les c... ils ont 365 jours/an.
    Très bon article !
    3
    LaurenceB
    Mercredi 16 Juin 2010 à 00:07
    Oui, idéalement, il faut faire reculer toutes les violences et toutes les injustices, faites au hommes comme aux femmes.
    Mais il ne faut pas se voiler la face, même en France, à travail égal, le salaire des femmes est, à la louche, 15% en dessous de celui des hommes. Les femmes sont dix fois plus victimes de violence conjugale et dans le monde elle ont quatre fois moins accès à l'éducation que leurs "frères". On est d'accord, c'est mieux s'il n'y a plus du tout de violence conjugale et si tout le monde a accès a l'éducation. En attendant, nier qu'il y a un problème spécifique à la condition féminine, c'est un peu dommage, non?
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