• La checklist des blocs opératoires

    Depuis le premier janvier, la fameuse check-list a été mise en place dans les blocs opératoires. Dont le mien.

    Disons pudiquement que, pour l'instant, cette liste a eu deux effets principaux :
    - emmerder les panseuses,
    - et fournir un répertoire tout neuf de blagues pourries.

    En effet, hélas, trois fois hélas pour madame Bachelot-Narquin, en France, les divers items de la liste sont déjà abordés de manière systématique.
    L'identité du patient est vérifiée à l'entrée dans le bloc, puis à l'entrée en salle, ainsi que la nature de l'intervention.
    La salle est préparée, les boîtes de matériel sorties, on signale déjà le moment de l'incision, de l'insufflation du pneumopéritoine, de la chute de la pièce et autres manœuvres diverses, et les anesthésistes sont capables de dire s'il faut s'arrêter parce que le patient ne va pas bien, les compresses sont comptées, les aiguilles aussi...
    Et tout cela est déjà écrit. Chaque salle est dotée d'un registre côté IADEs où les interventions réalisées sont recensées ; les IBODEs remplissent déjà quinze mille formulaires tant pour le compte des compresses que le suivi des boîtes, et j'en oublie...

    Naïve, j'avais demandé à madame la cadre de santé du bloc si la check-list remplacerait tous ces dispositifs, et faciliterait donc la vie du bloc en centralisant les informations à vérifier.
    Non, m'a-t-elle répondu, consternée. La checklist vient en plus.

    C'est-à-dire que, lorsqu'une intervention dure moins de trente minutes, les IBODEs n'ont pas le temps de remplir tous les papiers avant la sortie de salle.
    Oui, elles n'ont pas le temps, et pourtant elles ne chôment pas.
    D'accord, en viscéral, il est peu fréquent qu'une intervention dure moins d'une demi-heure, mais cela arrive pourtant de manière régulière. Qu'il s'agisse d'une appendicectomie facile, d'une vésicule parfaite, d'une hernie inguinale directe...

    A titre personnel, je me permets de douter de l'efficacité en France de la checklist sur le taux de complications post-opératoires. Ne pourrait-il pas y avoir presque un effet pervers : trop de formulaires à remplir, donc moins de temps passé sur chacun et des sécurités qui sautent ?


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  • Commentaires

    1
    Amx
    Lundi 18 Janvier 2010 à 22:32
    " Tout cela est superflu..ou super flux !
    Et ce sont des petites boites qui font des conneries."
    Comme le Service de Gynécologie de l'Hôtel Dieu Lyon qui fait une IVG à la fécondation in vitro qui venait pour une écho....de la 12° semaine ?
    Ou le Centre Léon Bérard de Lyon, qui totalise la mastectomie bi latérale...pour avoir enlevé le sein intact pendant la première partie de l'intervention ?
    Et c'est pas vieux !! : 2009 pour le C.L.B - ( "C'est Le Bordel ", du temps de mon Internat!)-

    Un de mes Maîtres disait: "En médecine, l'impensable, soit on l'a vu , soit on le verra !!"
    Comme vous le dites , la multiplication des tâches impose la délégation...et c'est par là que se glisse l'erreur !!!

    Vous êtes très sûre de vous, ce qui est bien, et pas superstitieuse, ce qui est mieux encore!
    Confraternellement

    2
    Amx
    Lundi 18 Janvier 2010 à 22:55
    Pour info :

    http://www.continentalnews.fr/actualite/sante,7/centre-leon-berard-de-lyon-un-sein-ampute-par-erreur,5678.html

    Bien à vous
    3
    Lundi 18 Janvier 2010 à 23:37
    Je suis entièrement d'accord.
    Les erreurs chirurgicales arrivent, et c'est une plaie. Mais quand tous les systèmes de vérification n'ont servi à rien, est-ce que la check-list venant en bonus aurait récupéré beaucoup d'erreurs, au quotidien, à l'usure, à la routine ? 

    Et merci pour le lien :) 
    4
    Amx
    Mardi 19 Janvier 2010 à 00:35
    Nous cherchons tous la panacée!

    Mais notre époque pèche par démarche de dépersonnalisation - ce qui peut être bon si on veut être objectif-  mais tout cela servi...par des hommes, pas des machines!

    La délégation est une responsabilité énorme, car quand on confie une tâche, on ne s'en débarrasse pas!

    Je me souviens bien de ce que je disais quand j'en confiais une à un de mes étudiants:

    "Tu le fais si tu t'en sens capable et si tu t'en sens responsable"

    Et quand il réalisait le geste, avec beaucoup d'interrogation dans le regard qu'il me lançait je le rassurais, et l'inquiétais aussi un peu,   quand je lui disais :

    "Tu fais comme tu le penses: tu le fais pour toi!"

    Et s’il doutait de la qualité il allait combler beaucoup de lacunes en le retravaillant rapidement

    Délégation ne veut pas dire dilution des responsabilités et à chaque étape il faut espérer que celui qui agit le fait "comme pour lui"!

    Je suis un peu inquiet quand je vois, quelques fois, un opérateur soucieux d'agirr en faisant plaisir...à la machine, véritable game boy !

    À coup de recommandation, de protocole, de gold standard le système de soin est conduit vers la fiabilité objective d'une machine!

    Mais l'opérateur ne doit pas se tromper sur sa position face à cette machine: il reste l'acteur!

    Notre métier est un art!

    Nous sommes des peintres, pas des coloristes, remplissant comme enfants, sans déborder,  des petites cases avec la couleur numérotée....pour essayer de refaire La Joconde !

    Cette check liste peut nous rappeler l'importance de notre position d’encore  responsable, puisque tout prouve combien elle pourrait  être utile au patient !
    5
    Un ancien
    Dimanche 10 Octobre 2010 à 08:55
    Je suis chirurgien, mais aussi pilote avion et pleneur comme un certain nombre d' entre nous. Comme je pense la qusi totalite dentre nous ,La Check list je l'ai toujours faite mentalement avant un intervention : bonne personne, bon cote bonne intervention antibioprophylaxie, heparine etc... etc...formaliser les choses est certainnement bien et permet de combler la faille que je pourrai avoir (malheureusement je me suis rendu compte que je ne suis pas Dieu !). 70% des accidents en aviation proviennent des erreurs humaines avec plusieurs verrous de sécurité qui n ont pas joue leur rôle. En aviation les Checks sont un temps normal du vol et ne mobilisent pas des ressources personnel qui étaient déjà employées ailleurs. Il y a quelques années la traçabilité a détourne la pansues de son travail initial : servir l intervention. Aujourd'hui elle sert les papiers de traçabilité et lève le nez pour suivre l intervention quand elle le peut. Avec la check (les checks) c'est un nouveau travail qui s ajoute et donc qui aspire encore des ressources de la pansues. Ajoutez a cela qu'en raison d'une sacro sainte polyvalence les panseuses doivent tourner dans les spécialités, le chirurgien se retrouve donc avec un panseuse qui ne connait pas bien sa spécialité, qui s occupe des papiers et plus de l'opération. Le niveau de stress monte, propice aux erreurs. Voilà comment de bonnes mesures lorsqu'elles sont appliques sans y affecter les moyens necessaires peuvent aller a l'encontre du but recherche. Aujourd'hui les papiers de traçabilité qui sont peut être une bonne chose mais servent tres rarement en pratique, ont détourne les moyens affectes a un intervention. Les papiers sont mieux soignes que les malades!
    6
    Un ancien
    Dimanche 10 Octobre 2010 à 09:33
    A lire : les analyses d accident avion.
    Instructif.
    J'encourage tous les chirurgiens a faire de l'avion ou du planeur, ça détend et entraine le rigueur !
    7
    Un ancien
    Dimanche 10 Octobre 2010 à 09:35
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