• L'homme qui n'a pas de musique...

    JESSICA

    I am never merry when I hear sweet music.

    LORENZO

    The reason is, your spirits are attentive;
    For do but note a wild and wanton herd,
    Or race of youthful and unhandled colts,
    Fetching mad bounds, bellowing and neighing loud,
    Which is the hot condition of their blood;
    If they but hear perchance a trumpet sound,
    Or any air of music touch their ears,
    You shall perceive them make a mutual stand,
    Their savage eyes turn’d to a modest gaze
    By the sweet power of music: therefore the poet
    Did feign that Orpheus drew trees, stones, and floods;
    Since nought so stockish, hard, and full of rage,
    But music for the time doth change his nature.
    The man that hath no music in himself,
    Nor is not mov’d with concord of sweet sounds,
    Is fit for treasons, stratagems, and spoils;
    The motions of his spirit are dull as night,
    And his affections dark as Erebus.
    Let no such man be trusted. Mark the music.

    JESSICA
    Je ne suis jamais gaie lorsque j'entends de la belle musique.

    LORENZO
    La raison en est, tes esprits sont à l'écoute ;
    Regarde seulement un sauvage troupeau,
    Ou une course de jeunes poulains pas encore dressés,
    Qui s'élancent dans de furieux bonds, mugissant et hennissant tout haut,
    Ce qui est la brûlante condition de leur sang ;
    Il suffit qu'ils entendent par hasard le son d'une trompette,
    Ou que n'importe quel air de musique atteigne leurs oreilles,
    Et tu les apercevras s'arrêter d'un commun accord,
    Leurs yeux sauvages changés en regard modeste
    Par la douce puissance de la musique : ainsi le poète
    A-t-il prétendu qu'Orphée émouvait arbres, pierres, et torrents ;
    Puisque rien n'est tant sot, dur, et plein de rage,
    Qu'il ne change sa nature le temps de la musique.
    L'homme qui n'a pas de musique en lui,
    Ou qui n'est ému par le concert des sons harmonieux,
    Est propre aux trahisons, stratagèmes, et rapines ;
    Les mouvements de son esprit sont mornes comme la nuit,
    Et ses affections sombres comme l'Érèbe.
    Que l'on ne fasse point confiance à un tel homme. Écoute la musique.
     


    W. Shakespeare, The Merchant of Venice V,1 (1623)

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