• L'encre des jours

    La saison se traîne : au fur et à mesure que l'automne avance, l'hiver progresse d'un pas vers nous ; ce matin l'a démontré. Chaque jour, le soleil recule son lever ; à l'heure où, en été, il brûle déjà haut, déjà chaud, sur la peau des passants, il se cache aujourd'hui sous l'horizon et allume des traînées de souffre dans les cieux, encore violets de nuit, où s'attarde une étoile égarée.

    Car la consistance des jours a évidemment changé : rien que la semaine dernière, le monde baignait de cette impalpable pruine qui a le délicat d'un pastel effleuré par une manche malencontreuse, mais, depuis, oh, quelques jours à peine, ce léger angora a cédé le pas à la dure netteté de lavis sombres et d'encres de Chine qui, opaques, ne sont que pures couleurs. Il n'est plus, maintenant, de brume qui ne soit compacte, de couleur qui ne soit entière ; les feuilles tombées forment de lourds tapis, collés de pluie et de rosée, qui dégagent un solide parfum de cannelle humide, et les arbres dressent avec orgueil leurs rameaux dénudés dont le brun - oscillant de l'argent au noir - s'impose à l'oeil comme une masse sombre contre le ciel plaqué de gris. Et le ciel, parlons-en ! L'écharpe des sylphes s'est dispersée sous la marche implacable de l'automne ; il l'a laissée comme inutile parure ; ce prince n'en a cure. Elle est bien loin, la fragile Octobre, avec son cortège d'elfes et de gracieux fantômes ! Son seigneur l'a remplacée, la renvoyant à ses courses échevelées - car, avec lui, point n'est besoin de ces esquisses ; il a soufflé sur la poudre du fusain, l'a gommée de sa main qui n'hésite pas, et a peint en son lieu le portrait de son empire.
    Des nuages énergiquement brossés d'anthracite se pressent désormais contre les cieux, dévorant au passage les sommets des monts, et la brume qui coule d'eux a des airs de glace épaisse, de vapeur née du froid ; la bruine se charge de changer les derniers ors, si pâles, et les timides écarlates en pourpre et cuivre neufs, éclatants comme un cri sur l'asphalte et les terres labourées. Dans les bois dépouillés, c'est l'heure des pins et des houx, reniés par l'été, dissimulés, cachés, étouffés, par les feuilles caduques devenues mortes ; ils étendent leur gouache sombre, soulignée d'une encre ombreuse, au détour des allées, et peuvent enfin étirer leurs grands bras qui frémissent dans un vent lourd et froid. Les oiseaux se rassemblent en grands troupeaux - ils jouent dans cet air épais qui les portera jusqu'aux chaleurs de l'Afrique, tandis que les corbeaux, compagnons du Prince, se posent aux rameaux épais où les bourgeons ne sont que vagues promesses.

    Oui, le Prince peut être fier de son oeuvre, brossée à sa ressemblance, sombre et puissante ! Jamais, sans doute, les brumes n'ont roulé plus bas contre des pentes si fortes, nues d'artifices - ce sont aujourd'hui les os du pays qui ressortent, solides et à toute épreuve, sous l'herbe rase étonnée d'humide.
    Oui, l'Automne est le digne maître du jour ; il a accompli sa tâche avec passion, débroussaillant les fossés, faisant des arbres de fortes sculptures.
    Et si, ce matin, il a givré les arrêtes des choses, c'est parce que le gel pâle rend plus belle encore la feuille brunie, déjà marquée de l'encre noire de la décomposition et du retour à la terre collante, riche et sombre...

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  • Commentaires

    1
    grolour
    Jeudi 22 Novembre 2007 à 23:20
    le monde baignait de cette impalpable pruine qui a le délicat d'un pastel effleuré par une manche malencontreuse, mais, depuis, oh, quelques jours à peine, ce léger angora a cédé le pas à la dure netteté de lavis sombres et d'encres de Chine qui, opaques, ne sont que pures couleurs.

    heuuuu
    traduction??


    nn honnêtement c'est un peu indigeste, tu pourrais faire des phrases plus courtes
    mais la critique est facile, surtout qu'elle n'est pas très originale, déjà Jules Renard le disait "Le mot juste ! Le mot juste ! Quelle économie de papier le jour où une loi obligera les écrivains à ne se servir que du mot juste !"

    2
    Vendredi 23 Novembre 2007 à 09:57
    Belle prose nordique !
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