• L'échec du Huit Mars

    Je pourrais revenir sur les moultes raisons qui me font détester la Journée Internationale des Droits des Femmes, plus communément appelée « Journée de Lafâme. »

    Non, je vais plutôt vous parler d'un échec cuisant, un gros, un énorme rail, dont ma ville natale s'est rendue coupable.

    La charmante ville de Clermont-Ferrand (ASM, pneus Michelin, Vercingétorix, un volcan s'éteint un être s'éveil toussa toussa) a en effet décidé, intention fort louable, d'organiser une Semaine des droits des femmes, du 8 au 15 mars. La ville est placardée d'affiches. Ça, c'est cool.

    L'échec du Huit Mars

    Ce qui est moins cool, c'est la citation sur l'affiche : « Femme, ose être ! »
    Signée Félix Pécaut.
    À la vue de cette injonction masculine — genre les femmes ne peuvent oser se libérer des chaînes patriarcales que sous l'injonction bien virile d'un homme — mon sang n'a fait qu'un tour.

    Alors j'ai googlé. Félix Pécaut (1828 - 1898) était un inspecteur de l'Instruction publique, dreyfusard et attaché aux valeurs laïques. Le joyeux Félix est par ailleurs du sud-ouest, assez loin pour ne pas pouvoir être qualifié d'auvergnat, même avec la meilleure volonté du monde.

    Et là, mon double sang de féministe et d'auvergnate n'a fait qu'un tour. Ou alors un seul sang et deux tours.

    La citation est le sous-titre d'un ouvrage féministe, la Voie Féministe, écrit par une femme clermontoise, Hélène Brion (1882 - 1962). Institutrice, féministe, suffragette, syndicaliste — la liste de ses étiquettes suffit à esquisser sa carrure impressionnante. Impressionnante, mais aussi mal connue que monsieur Pécaut pour que l'association ne saute pas aux yeux. J'estime pourtant avec une certaine culture du corpus féministe.
    Donc, une bande de crétins quelconques du service culturel de la mairie de Clermont-Ferrand a estimé normal d'honorer une femme auvergnate engagée par les mots d'un homme même pas de la région.

    Hélène Brion

    Une jolie citation d'Hélène Brion aurait pu figurer en bonne place sur l'affiche :
    « Je comparais ici inculpée comme inculpée de délit politique, or je suis dépouillée de tous les droits politiques. » (1917).

    Cette substitution est, à mon sens, symptomatique de la dérive bien-pensante du féminisme — son abâtardissement, en quelque sorte. Le féminisme est revendiqué par de plus en plus d'hommes ; c'est une bonne chose que tout le monde prenne conscience des problèmes inhérents à une société patriarcale. Mais le rôle principal des alliés masculins est de fermer sa trappe. De leur position de privilégiés du système, les hommes féministes n'ont qu'une chose à faire, libérer de l'espace d'expression pour les femmes, partager les fauteuils des premiers rangs du parterre, donner le micro pour parler à la société et non réclamer pour leur propre compte le discours féministe. Utiliser l'injonction paternaliste d'un dominant pour promouvoir les droits des dominées est plus que stupide. C'est tant méconnaître l'histoire des luttes féministes que renforcer le système, en utilisant encore et toujours la parole des hommes alors que le sujet concerne les femmes.

    Comme disait le bon vieux François-Marie, Seigneur, gardez-moi de mes amis. Je me charge de mes ennemis.

    Et puis merde, quoi : un Béarnais.

     


  • Commentaires

    1
    Lundi 10 Mars 2014 à 12:12
    Pour ma part, j’ai toujours boycotté le 8 mars. Pourquoi ? Parce que cette journée a quand même été instaurée par Lénine. L’URSS, avec ses famines et ses goulags, ne correspond pas à l’idée que je me fais des droits des femmes. (Ne venez pas me dire que c’était Staline le vrai méchant et que Lénine et Trotsky étaient des mecs bien, ce n’est pas vrai. Ils ont construit ensemble ce système atroce.) Une « journée (des droits) de la femme » inventée par un sanguinaire, puis reprise plus tard par des centres commerciaux qui proposent des offres spéciales sur des produits neuneus, plus ridicule tu meurs.

    Les féministes comme les anti-féministes d'aujourd'hui m’énervent. Les femmes qui se qualifient d’anti-féministes (et j’en connais un paquet hihihi) sont de vieilles biquettes sacrifiées qui ont peur que quelqu’un leur pique leur mari, et elles sont nulles en histoire contemporaine. Heureusement il y a eu des féministes qui ont lutté pour des droits que nous considérons comme la norme aujourd’hui.

    Maintenant, pour ce qui est du féminisme, comment dire… Dans le monde occidental, le féminisme, autrefois utile et pertinent, a perdu son intérêt. Ce n’est plus les droits qui posent problème, tout au plus leur application, et encore. Nous n’avons même plus la définition du vrai féminisme. On chipote tantôt sur l’allaitement, tantôt sur les épilations. On fait de longues analyses sur l’image de la femme dans des bouquins ou des séries télé, dont les has been comme moi n’ont rien à cirer. (Attention, cette réflexion ne vise pas ce blog, lol !!!) Autant les anti-féministes sont nulles en histoire contemporaine, autant une bonne proportion des féministes sont nulles en histoire tout court. On ne peut pas décrire les civilisations passées avec le vocabulaire d’aujourd’hui sans tomber dans l’anachronisme. La femme sacralisée qui ne produit rien est une invention très récente dans l’histoire de l’humanité, liée à la société industrielle. Mettre 6000 ans d’histoire –voire plus selon les cas- sous l’appellation de la « domination patriarcale » est pour le moins simpliste et abusif.

    Là où mon agacement atteint son paroxysme, c’est quand on parle d’agressions sexuelles. La réalité aujourd’hui, c’est que bon nombre de pervers et de proxénètes sont défendus par des femmes avocates, moches, imbaisables, délaissées et frustrées. C’est la réalité, que voulez-vous ? Beaucoup de féministes veulent imposer un discours qui ne correspond pas toujours au vécu des victimes. Perso, ça me fait ch**** d’entendre dire que j’aurais été dans une « situation de fragilité », beurk. Ca me met aussi un peu mal à l’aise d’être mise dans le même sac avec les victimes mineures, les victimes défavorisées, illettrées ou que sais-je, non mais par pitié, on n’est pas dans « la même domination patriarcale », non de non. De façon générale, je n’aime pas que des personnes souvent plus jeunes et plus inexpérimentées que moi m’imposent une façon de parler de mon affaire. Si j’ai envie de dire que je suis plus sexy que la moyenne (attention j’ai pas dit belle, mdr) et que l’avocatE de mon agresseur est une imbaisable aigrie qui n’a jamais connu un vrai mec, eh ben j’ai le droit de le dire, même si ça ne correspond pas à la liturgie féministe officielle. La vérité n’est pas agréable à entendre, et ne correspond pas aux idéologies.:D
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