• Intimité #1

    L'autre jour, à la visite, comme souvent, j'ai vu un patient en instance de convalescence, au taquet, prêt à sauter dans le VSL à 14 heures pour aller faire de la kiné et des trucs quelque part dans la montagne.

    — Bon, ben ça s'est bien passé, lui dis-je. Ça fait plaisir de vous voir en forme pour la sortie.
    — Ah, ça va teeeeellement mieux qu'avant l'intervention, docteur, m'a-t-il dit, parce que pas con, il avait fait le lien stéthoscope-dit qu'elle est interne et docteur. Mais je dois vous confier quelque chose, a-t-il ajouté, sur un ton de confidence.
    — Quoi donc ? demandai-je, toute ouïe.

    Il a consciencieusement déboutonné son haut de pyjama et m'a montré sa cicatrice de sternotomie.

    — Vous voyez, depuis l'opération, je regarde la cicatrice, et je me dis... Enfin j'ai l'impression d'avoir été touché au plus profond de mon intimité. Le chirurgien, il a ouvert mon corps, plongé ses mains dedans, soulevé mon cœur... Oui, j'ai l'impression d'avoir été touché au plus profond de mon être. Dans mon intimité.
    — Aheurg, ben, c'est pas tout à fait faux. Nan mais je comprends ce que vous dites, en fait c'est vrai. C'est un peu pour ça qu'on vous a demandé votre avis avant de vous opérer, aussi. Parce que si on fait ça à quelqu'un sans sa permission, on va en prison, enfin je crois
    — Notez bien que je ne me plains absolument pas ! Mais c'est une sensation, un sentiment... étrange. J'ai été touché. Vraiment.

    Après quelques borborygmes à destinée rassurante, je lui ai serré la main et dit au revoir. On dirait presque que la chirurgie lui a déclenché une crise de foi.


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  • Commentaires

    1
    Antonia
    Lundi 24 Janvier 2011 à 00:34

    Je comprends cette personne.


    Lorsque j'étais enceinte, je ne pouvais pas supporter qu'on touche mon ventre. Famille, amies/is, malgré la culpabilité, j'opposais un refus absolu à l'exception de 2 personnes : le papa, bien sûr, et mon obstétricien : celui qui connait et prend soin de cet intérieur qu'on ne voit pas.


    Connaitre l'intérieur, le voir et le manipuler vous donne beaucoup de pouvoir. Je crois que souvent, vous nous laissez l'impression (surement à tort) de ne pas comprendre   à quel point ça reste toujours exceptionnel pour nous, patients, de vous confier, totalement à l'aveugle, nos vies ou celles de nos proches.


     


     

    2
    Lundi 24 Janvier 2011 à 19:16

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    Sans vouloir médire de personne, ceux qui montrent aux patients comme ils sont trop contents de passer leurs journées à sauver des vies en portant une cape de Zorro, souvent, ce sont ceux qui aiment péter plus haut que leur cul. Et se masturber le neurone, également. 

    3
    floriali
    Lundi 31 Décembre 2012 à 00:37
    En chirurgie delatransplantation ça fait vraiment ca, j'ai fantasme des heures sur le pendant de l'opération, ce moment que je ne connaîtrai jamais, mais qui m'a permis de ne pas mourir et m'a donne un second ticket.
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