• Il y a des jours...

    Il y a des patients, on a envie qu'ils guérissent.

    Parce que oui, on soigne tout le monde, y compris les gros cons, mais il y a des gens pour qui on espère vraiment une guérison. Même quand on sait qu'il y a 80 % de mortalité à 5 ans ou je ne sais quoi d'autre.

    Madame C est comme ça.
    Elle a un cholangiocarcinome, un cancer des voies biliaires. Elle était devenue toute jaune, alors elle avait vu son médecin traitant. Mmm, échographie abdominale. Mmm, scanner.
    Mmm, une tumeur du cholédoque qui bouche tout.
    Mmm, les jolis ganglions dans le ventre...
    Mais pas de métastase à distance.
    Pose d'un stent pour déboucher les voies biliaires.

    Madame C, c'est la patiente idéale. A sa première hospitalisation, quand on l'a biopsiée pour avoir le diagnostic précis, elle n'avait qu'une hâte, c'était d'avoir l'anapath. Elle savait que c'était probablement un cancer, mais tout ce qu'elle voulait, c'était qu'on sache une bonne fois pour toute ce que c'était exactement pour savoir quel traitement on pouvait faire exactement. C'est une dame de la campagne avec une culture médicale frisant le néant absolu, mais elle a pigé en cinq minutes le pourquoi du comment, et que si elle était malade, eh ben elle se battrait !
    Première fois que je vois un patient content d'une anapath sur un cancer.

    Staff d'oncologie, décision de chimio, rendez-vous avec l'oncologue, elle revient pour qu'on lui pose son Port-a-Cath, tout va bien...

    Première angiocholite, hospitalisée chez nous, dans mon périph.

    Deuxième angiocholite, hospitalisée au CHU. Pourquoi là-bas, je ne sais pas.

    Deux jours après sa sortie du CHU, épisode fébrile. Elle revient chez nous en jurant qu'elle ne voulait plus mettre les pieds au CHU. Pas parce qu'elle y a été mal traitée, bien au contraire, le professeur était très gentil, et les petits jeunes comme vous, mademoiselle Stockholm, eux aussi, mais c'est trop loin de chez moi, ma nièce ne peut pas venir me voir.
    Sauf que là, c'est pas une angiocholite. Elle n'a pas bougé sa biologie hépatique, elle n'a pas mal au ventre, et elle n'est pas jaune.
    Je crois bien que j'ai eu le diagnostic l'autre soir, sur ma garde. Les infirmières ont branché l'alimentation parentérale sur le PAC à 22 heures. A 22 heures 15, madame C chauffait à 40°, frissonnait, la totale. Je suis restée demi-heure à lui prendre la tension toutes les x minutes tellement j'avais la frousse du sepsis sévère.
    Heureusement, elle n'a pas chuté sa tension en-dessous du seuil fatidique des 90 mmHg.
    Trois heures après, elle se portait comme un charme.

    Je vous parie un carambar que, à force de faire des angiocholites et de s'envoyer des bactéries dans le sang, elle a infecté son PAC. Qui n'a servi qu'une fois. Qu'il va falloir enlever quand les hémocultures auront poussé, et je suis certaine qu'elles pousseront. Puis elle continuera à faire des angiocholites de toute façon. Et ça va être la merde avec la chimio.
    Comme elle se dénutrit vitesse grand V, et que l'adénoK la rend un brin anorexique, on n'a pas le choix, il faut la nourrir par les veines. Et l'alimentation et les cathés, ça ne fait pas bon ménage. Ou alors il faut être en réa avec des trucs de cinglés à plusieurs voies pour en garder une exprès pour la bouffe.
    Ça va être le serpent qui se mord la queue, et c'est dommage. Parce que cette dame, elle en veut. Elle sait qu'elle est très malade et qu'elle risque de mourir, mais elle a la niak.

    Fait chier, tiens. 

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