• Il était une fois au bloc

    Le compte des compresses est l'étape obligatoire avant de refermer le patient. On comprend pourquoi.

    Mais, parfois, quand on est en cœlioscopie, par exemple, on sait que l'on était dans l'impossibilité physique de glisser un grand champ abdominal à travers un trocart et jusque dans le ventre. Le compte des compresses est alors davantage un rituel qu'autre chose (j'excepte le compte des petites compresses en intissé spécial cœlio, bien sûr). Parce que bon, si on avait mis un champ dans le ventre : primo, on aurait remarqué, et secundo on en aurait chié pour le mettre. A condition qu'on y soit arrivé.

    Bref. 

    L'autre jour, donc, en fin de cœlio, l'IBODE circulante se met à compter les compresses. On en avait jeté une, il y en avait huit sur la table, total : neuf.
    Et non pas dix.
    Aha.

    Première étape : on recompte.

    Deuxième étape : « Stockholm, tu es sûre qu'il y en avait dix dans le paquet ? » — « Oui. » — « OK, on recompte une troisième fois. » 

    Toujours neuf.

    Troisième étape : l'IBODE retourne les deux poubelles jaunes (pour les déchets à risque infectieux) du bloc. Toujours neuf.

    A ce moment-là, je lève le nez et je vois mon chef très occupé à fixer du regard la tête du patient, quelque part derrière le champ de tête. Et ça fait tilt. Au moment du champage, on avait donné une grande compresse à l'infirmière anesthésiste (IADE pour les intimes) pour qu'elle la mette sur la canule d'intubation, pour éviter que les champs ne collent dessus.
    Mon chef tourne la tête, et un dialogue muet, digne des films de Charlie Chaplin, se tint alors.

    Moi, regard rapide vers la tête : Elle est sur la canule d'intubation, la compresse, nan ?
    Lui, oscillation imperceptible du chef : Bé oui.
    Lui et moi, regard en coulisse vers l'IBODE passée sous les champs, en train de traquer la compresses sous la table d'opération : Elle a pas remarqué...
    On se regarde, yeux plissés : ROFL.
    Moi, petit mouvement du menton vers l'avant : On lui dit ?
    Lui, secoue un chouia la tête : Naaaaan !!!
    Moi, yeux plissés : ROFL.

    Après cinq autre minutes de chasse désespérée, l'IADE s'est exclamé :
    « Oh, tiens, j'ai une compresse sur la canule d'intubation ! Ce serait pas celle que tu as perdu ? »

    Vu le ton sur lequel cette réplique fut exprimée, à mon avis, ça faisait aussi cinq minutes que l'IADE savait.

    Mais la chasse à la compresse, c'est tellement drôle qu'on ne s'en lasse jamais ! 

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  • Commentaires

    1
    mathiew
    Lundi 22 Mars 2010 à 01:05
    Mais laisser un patient en plan pendant la recherche de compresse, ça augmente pas les risques de contamination ?
    2
    Lundi 22 Mars 2010 à 07:13
    Pour cinq minutes, et contre le risque de laisser une compresse dedans ? Nan, je crois pas. On est quand même au bloc, on crache pas dans les ventres (enfin si c'est le cas j'ai pas remarqué ^^).
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