• I'm a bad mothafuck*r

    Autour du café, après le bloc, nous (mes chefs, mes co-internes et moi) avons eu une discussion particulièrement stimulante, sur le thème « Les chirurgiens sont-ils des badboys ? »


    Bad mother fucker


    Le débat n'avait pas commencé comme ça. Il avait commencé par mon chef de service jetant un regard autour de lui, et soupirant :
    — Les temps changent, maintenant y'a une déco à l'internat...
    En effet, déco il y avait : deux ombrelles japonaises au-dessus du bar, métrages de tissus ornés de kanji (ces deux éléments souvenirs de la soirée de la semaine passée, au thème asiatique), vestiges de guirlandes de Noël, feuilles de vigne artificielles restant de la soirée d'accueil des nouveaux internes en novembre, et bien sûr la boule à facettes.
    — De mon temps, on n'avait que les fauteuils... Je sais pas si c'est les filles qui font ça, mais ça a changé. Je me plains pas, remarquez, mais c'est plus comme avant... 
    — Moi aussi, je trouve que ça a changé, a opiné l'une des deux chefs de pique-nique. Avant, je sais pas, mais y'avait une autre image... Les chirurgiens... Ils étaient... Je sais pas...
    Puis la lumière lui est venue, et elle a conclut triomphalement sa phrase :
    — Ils étaient BAD
    — Nan, y'a pas que ça, répondit l'honoré PU-PH.
    — Rho siii, je me souviens, quand j'étais externe à Paris, les chirurgiens, c'était des mecs et des nanas qui fumaient tous, et puis qui craignaient pas de se bourrer la gueule aussi ! Et puis ces fêtes à l'internat, ah là là, on savait s'amuser ! Et qu'est-ce qu'on picolait...

    Ma co-interne et moi nous sommes regardées, avons pensé aux soirées mensuelles de l'internat, et avons chantonné en chœur :
    — Oh je t'assure, on sait encore rigoler et picoler !
    — Oui, mais c'est pas pareil, c'est plus politiquement correct... Nous... ben on n'en avait mais rien à foutre, en fait. Puis pas qu'aux soirées, partout, dans la vie, en fait. Quand j'étais interne ici, j'ai fait de ces crasses à la surveillante, mais quelle peau de vache c'était ! On s'est bien marrés le jour où mon cointerne a posé un pace-maker sanglant sur son bureau...

    Nous avons écouté, d'oreilles respectueuses, le récit de la dépose du pace-maker, tout frais sorti du mort, sur le bureau de madame la cadre de santé honnie de tous.

    Puis je fus appelée aux Urgences, et j'ai raté la fin du débat.

    Et je me suis posé la question : est-ce que je suis bad
    La réponse, pour être totalement honnête, est non. Même si je prends assidument des cours en ce moment.
    Ceci dit, en novembre, j'ai marqué mon nouveau statut d'interne de chir par deux mini révolutions personnelles (ou même trois) :
    - aller manger en tenue de bloc sous la blouse ouverte,
    - ne plus porter de stéthoscope dans ma poche (la bête est parquée dans un tiroir à la place),
    - et porter les chaussures que je veux, même si les talons font du bruit.

    Ça reste modeste. Mais pour l'externe sage et bien rangée que j'étais, c'était déjà un pas de plus vers l'auréole de fuck you général qui irradie de l'image de marque des chirurgiens.

    Mais, quand même, il faut noter qu'on ne m'a jamais pris pour une infirmière (fait marquant pour une fille), et que le monde s'écarte sur mon passage quand je remonte un couloir. Et les patients alcoolisés se taisent quand je leur demande (un jour, il faudra que je vous raconte, ça vaut son pesant de cacahuètes).

    Bad ? Pas encore, pas sur l'échelle de référence des orthopédistes poilus avec la chaîne en or sur le torse.
    Rebelle ? En train de le devenir. En train d'apprendre à l'ouvrir, aussi (la fermer est un concept que je maîtrise à fond — je commence à devenir capable de demander une compresse à l'instrumentiste sans m'excuser trois fois). Comme dit l'une de mes amies, mieux vaut être belle et rebelle que moche et remoche.

    Mais quand on voit que certains cardiologues respectables sont au fond de vrais badboys, est-ce que, au final, nous ne serions pas tous de gros rebelles asociaux ?

    Certains jours, j'ai mes doutes. 

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  • Commentaires

    1
    Mardi 18 Mai 2010 à 06:38
    Jean-Marie Vailloud
    Mouhahahahaha
    2
    Mardi 18 Mai 2010 à 06:58
    C'est cool d'être badass :D
    Quasiment toutes les branches professionnelles ont leurs badass. (sauf peut être la comptabilité).

    (Aucun rapport avec la choucroute, mais pourquoi avoir pris une licence aussi restrictive pour ton blog ?)
    3
    Mardi 18 Mai 2010 à 23:36
    @ Jean-Marie Vailloud : j'aime ce rire démoniaque !

    @ divarvel : bof, j'imagine que même les comptables arrivent à s'imaginer badass. Genre le trip sous acide, mais badass, enfin à leurs yeux.
    Et l'est pas restrictive, ma license, elle correspond à ce que je veux. Je ne veux pas qu'un con se fasse du fric avec mes articles, et pour ce qui est du ND, c'est surtout pour les articles sur les instruments chirurgicaux, pas envie de les retrouver à peine modifiés je ne sais où.
    4
    @bougie
    Mercredi 19 Mai 2010 à 13:01

    Contrairement à toi, mon problème serait plutôt de la fermer... lors de ma D2, on m'a dit que "c'était trop tôt" pour un externe, je pense que ce sont des conneries. C'est ton éducation et ton expérience de la vie qui modulent ton comportement et non pas ton statut, je pense qu'étant chir ou medecin généraliste, j'aurai le même comportement... même si j'espère tempérer cela.

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