• ECN, J1

    Mercredi Trois Juin Deux Mille Neuf. 03/06/09.

    Gloups.

    Le bal de l'Examen National Classant s'est ouvert aujourd'hui à 14 heures 30 (ou presque). Pour les nioubes du fond de la salle (sisi, je vous vois) et les visiteurs occasionnels qui n'ont pas la malchance d'avoir un étudiant en médecine dans leur proche famille, rappelons brièvement ce qu'est l'ENC (rebaptisé ECN suite à des railleries amères du genre "ENC... me, I'm famous").
    Avant, au temps de nos aïeux les PH, il y avait le Concours de l'Internat. Un concours. Tout le monde n'était pas interne. Depuis, de l'eau a coulé sous les ponts. Depuis 2004, il y a l'ECN à la place. L'ECN, tout le monde le passe, et tout le monde l'a, parce que tout le monde sera interne. La seule question est en quoi on sera interne. La réponse est : on choisit selon son classement. Bon an mal an 50% de postes de médecine gé et 50% de postes de spé (plutôt 47/53, mais bon, on va pas chipoter).
    Le classement à l'ECN conditionne les 35 ans de vie professionnelle qui vont suivre. Ce qui explique que le D4 de base soit plus tendu que le string de la fée du logis lorsque le mois de juin arrive. Détail : on peut redoubler une fois, mais pas tripler, et le redoublement consiste à repartir à zéro et tout remettre en jeu (le classement de l'année précédente, de manière assez logique, n'est pas conservé).

    Et donc ça a commencé aujourd'hui.

    Il y a six centres d'examen en France. J'ai la chance d'habiter à Clermont-Ferrand, et que ce soit là que ça se tienne cette année. Donc pas d'hôtel à réserver. Le pied, quoi.

    Hier soir, j'ai tout préparé sur la table de la salle à manger. Le réveil, la convocation, la montre-bracelet, quatre stylos noirs (dont celui qui me sert à rédiger mes observs à l'hôpital), un rouge (pour la chance, d'habitude il est dans ma blouse), le lecteur mp3 et les écouteurs intra-auriculaires d'autiste, la carte d'identité, le permis de conduire, de quoi prendre un café si jamais, la bouteille de Contrex 1 litre, deux paquets de biscuits Gerblé au chocolat (lutte contre l'hypoglycémie), trois souris neuves de Tipp-Ex (ce passage fut sponsorisé par les différentes marques citées), et ma série de gris-gris : deux trèfles à quatre feuilles trouvés dans la pelouse du jardin, mon mini nounours en peluche un peu sale avec le grelot autour du cou, et j'en passe.
    Tout ce matériel fut assemblé sur la table en verre et installé de manière rigoureuse, à peine obsessionnelle, les différents ne se touchant pas, étant soit parallèles soit à angle droit les uns avec les autres, et l'écartement étant savamment calculé pour que la ligne des capuchons de stylo soit  dans l'alignement du haut du portefeuille. Normal, quoi.
    Puis je suis allée me coucher.
    J'ai dormi. Je crois que j'ai rêvé à une princesse alien écolo qui n'existait pas et se faisait enlever, à la suite de quoi je me retrouvais sur un radeau de papyrus sur le Nil au temps des pharaons. Puis je voyageais dans le temps, sous les étoiles et les gouttes de pluie brillante, pour me retrouver dans une gare du Nord futuriste ne ressemblant à rien de connu, avec une déco sacrément kitsch dans les tons fluos, enfin des rêves normaux, quoi.

    Ensuite, je me suis levée, j'ai pris une douche, je me suis habillée en fille pour la première fois depuis un moment, j'ai traîné sur Facebook, puis j'ai attrapé mon vieil Eastpack bleu avec l'écusson écossais dessus (sous-titre : Alba), je l'ai rempli avec les trucs qui étaient sur la table, et ce fut l'heure de manger.

    Ma mère avait préparé des magrets de canard, des haricots verts, et de la tarte à la framboise. J'ai avalé sans y penser la moitié des magrets, pas touché aux haricots, et eu de la peine à finir une demi part de tarte avec de la chantilly dessus. L'ECN me semblait alors terriblement irréel. Ma vie aussi, d'ailleurs.

    Puis ce fut l'heure de partir. Faire le trajet en écoutant en boucle Bevo al tu fresco sorriso. Arriver avec trois quarts d'heure d'avance sur l'ouverture des portes. Laisser mes parents à la voiture. Aller faire pipi. Tomber dans les bras de gens de ma promo que je connais peu, mais qui étaient des visages familiers au milieu de tous ces inconnus. Regarder trois fois mon numéro de place et le situer sur le plan de la salle.

    Me précipiter à ma place, au premier rang, et attendre. Quinze minutes de retard, parce qu'un train à Paris avait eu du retard. Demander au surveillant si on peut caler la table qui branle avec un morceau de brouillon ; réponse négative, mais le surveillant — jeune et beau chef de clinique au teint mat, sans doute — s'est mis à quatre pattes pour régler le pied de la table. So sex. Ou pas. Demander à un PUPH qui passe à quelle heure il faudra venir dans son service lundi. Puis aller poser mon sac contre le mur, après avoir installé ma table avec un soin obsessionnel-compulsif. Repérer les copaings de promo. Plaindre (ou pas) les deux Grenoblois venus en short/sandales et souffrant de la clim trop basse.

    Puis l'épreuve a commencé. Le jeunébeau surveillant, qui souffrait de problèmes praxiques, se battait comme un âne contre l'emballage plastique des sujets, ce qui fait que nous fûmes le dernier groupe (le E, d'ailleurs) à recevoir les sujets. Il s'était déjà planté en oubliant de nous faire signer la moitié de la feuille d'émargement (le début de l'épreuve et l'oubli, le truc comme quoi on a reçu l'enveloppe scellée avec nos codes secrets pour récupérer les résultats début juillet). Il retournera d'ailleurs vers la station E en grommelant qu'il fallait être bac + 18 pour surveiller l'ECN.

    Puis composer. Fusiller du regard le jeunébeau qui papotait avec un de ses collègues et se sentir bêtement satisfaite devant le silence immédiat, total et définitif qui s'en suivit (note : proposer à l'armée de se doter de D4 en train de composer pour servir d'armes de dissuasion). Même rentré chez lui, il ne parle pas.

    Puis attendre des plombes pendant que les copies sont recomptées.

    Puis sortir, vidée, vanée, pire qu'après une garde.
    Manger.
    Glander devant l'ordinateur.
    Et écrire un billet là-dessus pour évacuer le stress.

    La suite des épreuves à demain, toute la journée. Six dossiers. Je vais pas survivre. 

    (La suite de ces palpitantes aventures est ici.)


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