• Deux handicaps

    — Tu te débrouilles bien, m'a dit un jour Chef-Chéri au bloc, comme si tu n'avais pas tes deux handicaps.
    — Gné ? ai-je demandé, un dissecteur encore à la main. 
    — Tu es une fille et tu es gauchère, a-t-il répondu en rigolant.
    Comme l'instrumentiste et moi avons tiré une drôle de tronche, il s'est rattrapé comme il a pu, parce que c'est un gentil Chef-Chéri avec juste un mauvais sens de l'humour, mais là n'est pas la question.

    La main gauche, ça ne me gêne pas, et personne ne me le fait remarquer, sauf  quand j'arrive pas à couper avec les ciseaux de la main gauche (mais je croyais que t'étais gauchère ! Mouarf :p), ce qui m'a valu quelques moments de solitude — et j'ai blâmé quelques paires de ciseaux à tort. De toutes façons, à cause du crantage des clamps des instruments, c'est plus simple d'opérer main droite. Au moins, on ne risque pas de tout arracher en rouvrant le clamp.

    Les ovaires, c'est une autre paire de manches. En termes de sexisme, je crois avoir fait le tour en deux ans des diverses versions disponibles.

    D'abord, il y a le galant homme qui t'ouvre toutes les portes et respecte à la perfection l'imbitable règle de préséance dans les escaliers. Il te ménage, te parle toujours avec le plus grand respect, s'intéresse à ta life... et ne t'apprend rien. Mais rien. Genre à ne pas laisser tes délicates mimines piquer un pneumopéritoine, et à mettre trois mois à te laisser enlever un naevus sans supervision. Le chevalier, c'est le champion du "attends je te montre" : le temps qu'il ait fini de te montrer, le geste est fini. Alors comme t'as pas pu faire, la fois suivante aussi tu attends qu'il te montre. Celle d'après aussi. Et encore après. Et après. Tu peux faire les pires conneries de la terre, il ne te dira jamais rien : on n'engueule pas une faible femme, jamais. Ta faiblesse excuse tes fautes ; on ne peut pas trop t'en demander, n'est-ce pas, c'est ta nature qui est limitée, mais c'est déjà bien de voir une jeune fille travailler.

    Si, par malheur, le galant homme est doublé d'un gros con bouffi d'orgueil, il te fera sentir que c'est bien pour une jeune fille de travailler, mais pas dans son service s'il vous plaît. La chirurgie, c'est pas pour les filles... Avez-vous pensé à faire un stage en réanimation, mademoiselle ? Je suis sûr que cela vous intéresserait davantage, et c'est un bon métier, pour une femme, anesthésiste. Puis le jour où tu t'habilles au bloc avec lui pour la première fois, le gros con te regarde des pieds à la tête, comme pour vérifier que c'est bien toi qui portes une casaque et des Gammex en taille 6 (soit trois tailles de moins que lui). Tu essayes un sourire en disant bonjour, et tu te demandes si c'est grave de quitter le champ quand il se tourne vers la panseuse pour demander, à voix haute et claire, qu'on lui envoie un interne mâle en premier aide. Il ne te laissera jamais t'habiller en premier aide en six mois de temps et te demandera, à l'occasion, si tu as choisi ta spécialité par attirance sexuelle envers tes chefs.
    Ce jour-là, tu regretteras d'avoir préféré valider ton stage au lieu de répondre « ah oui, bien sûr, et vous ? »
    C'est un regret qui me poursuivra toute ma vie.

    Après, le champion du monde peut aussi décider que puisque t'es là, faut bien te faire travailler. Ça se voit qu'il frémit d'horreur en te voyant dans le bloc, et lui non plus ne te laisse rien faire, bien sûr, faut pas déconner. Tes co-internes mâles ont le droit de faire des trucs au bloc, mais pas toi — on parle à niveau d'expérience équivalent. Le problème, c'est que, comme l'a dit Papy Freud, réprimer ses émotions c'est pas bon, et la bonne volonté se change assez rapidement en quelque chose de toxique. 

    Mais ça, c'est ceux qui sont bêtes et méchants. Le machiste de base peut aussi avoir bon fond. Il peut même avoir le sens de l'humour, et là ça se gâte. Un jour, j'ai failli craquer et quitter le champ opératoire, après trois heures ininterrompues de blagues sur le viol échangées entre chirurgien senior et anesthésiste. A l'entre-deux, j'ai juré à la panseuse qu'à la prochaine blague sexiste je me barrais.
    Les dieux ne m'ont pas mise à l'épreuve, parce que l'intervention suivante était du genre chantier de la mort où personne n'a le temps de parler.
    J'ai essayé d'expliquer pourquoi ça ne me faisait pas rire, et surtout pourquoi c'était malsain. C'était de la salive perdue. On m'a regardée comme une chienne de garde, et le débile mental d'anesthésiste m'a dit que ça me ferait peut-être du bien de me faire violer de temps en temps. Ça me détendrait. Je lui ai promis de lui faire bouffer ses couilles s'il essayait.

    J'ai la chance que mes vrais chefs — entendez les gens de mon service-maison — soient plus éclairés que la moyenne et que pas un seul ne soit sexiste. C'est eux d'ailleurs qui m'ont appris un mot d'un ancien chef de service, parti en retraite depuis des années. C'était à l'époque où les premières filles faisaient de la chirurgie ; on lui a demandé si ça ne le dérangeait pas ?
    — Dans mon service, a-t-il répondu, il n'y a ni hommes ni femmes, que des internes

    Le sexisme en chirurgie est bien vivant.

    Une interne fille se cabre quand le chef est tellement content de revoir une IBODE, de retour après un long arrêt maladie, qu'il lui dit en s'exclamant qu'il va la violer dans le vestiaire ? On lui explique qu'elle n'a pas le sens de l'humour et qu'elle est un peu con de ne pas comprendre que c'est une blague, enfin, voyons...
    On demanderait à un interne d'origine maghrébine combien de matériel il a volé à l'hôpital, puisque « les Arabes » sont « tous des voleurs », mais lol en fait c'était une blague, pourquoi tu ris pas, t'es con ou quoi, qu'il s'agirait d'une insulte punissable par la loi. On me demande avec combien de mes chefs j'ai couché, puisque « toutes les nanas sont des catins », et qu'il n'y a « que comme ça que vous arrivez à réussir », et il paraît anormal que je gueule. Non mais en fait c'est bon, c'était une blague.

    Heureusement, ce n'est pas la majorité des chefs qui est concernée. La majorité des chefs — hommes et femmes — traite tous les internes de manière identique. La plupart du temps, heureusement, la pédagogie sera la même. Je dois beaucoup au Chef-Chéri qui m'a conseillé de, je cite, me sortir les doigts du cul et de m'affirmer davantage face aux collègues. Il n'a pas été tendre, ni mauvais, et m'a fait prendre conscience du fait que, tant que je me considèrerai comme « pas normale » parce que quelques connards le croient, ce serait vrai.
    Certains jours, il est bizarre de passer d'un chef particulièrement misogyne à un autre qui te traite comme un être humain.

    J'ai déjà évité de me rendre au bloc avec certains chefs pour ne pas avoir à supporter, sans mot dire, des blagues insultantes et des remarques misogynes pendant une journée entière. J'ai déjà dû quasiment en venir aux mains avec un co-interne pour le faire taire après deux heures d'insultes méprisantes continues.

    Il est hors de question que cet état de chose continue. Il ne devrait plus exister depuis des années déjà.

    Mais une copine trouve normal qu'on lui explique que son potentiel poste de chef de clinique comprenne une partie « repassage du linge du chef de service. » Mais c'est choquant pour certains quand on relève ce sexisme latent : après tout, nous sommes tous payés pareil, non, logés à la même enseigne, non ?
    Non.

    Tant que certains s'émerveilleront de la présence de filles dans les blocs opératoires,
    Tant que d'autres trouveront anormal qu'elles y soient,
    Tant que les plaisanteries misogynes ou homophobes seront socialement acceptables à l'hôpital, et que les blagues androphobes choqueront, 
    Tant que les carrières universitaires seront déconseillées aux femmes par certains débiles,
    Tant qu'on trouvera normal qu'une fille prenne six mois de dispo pour s'occuper d'un enfant, et bizarre qu'un mec adapte sa maquette pour justement rester à côté de sa famille,
    Tant que les internes ne se feront pas réprimander et congratuler indépendamment de leur sexe, non, nous ne serons pas tous logés à la même enseigne.

    Nos métiers sont difficiles. Les horaires sont insupportables pour nombre de conjoints. Une vie familiale équilibrée relève du tour de force, et ce pour tout le monde. Pourquoi les carrières devraient-elles en être différemment affectées selon le sexe du médecin concerné ?

    Je suis une fille, et je suis gauchère. Quand j'ai décidé de faire de la chirurgie, je ne pensais pas que ma latéralisation serait le cadet des soucis d'une poignée de connards.


  • Commentaires

    1
    Lundi 16 Janvier 2012 à 00:02

    Il est d'utilité publique ton post. Merci.

    2
    Lundi 16 Janvier 2012 à 00:18

    J'ignore où tu fais ton internat en ce moment, mais je te souhaite bien du courage et, pourquoi pas, une brillante carrière hospitalo-universitaire si l'envie te prend.

    ++

    3
    Lundi 16 Janvier 2012 à 00:24
    thoracotomie

    j'ai perdu beaucoup d'admiration pour les chirurgiens devant un des 1ers que je voyais. Son passe-temps favori était de péter dans le vestiaire, le couloir, le bloc, et surtout de bien le faire remarquer. Cela dit il n'était même pas encore au stade phallique de ses collègues.

    pour la parité (et parce que c'est vrai aussi), un des pires souvenirs de chirurgie c'est avec une femme chirurgien, j'ai même cru qu'elle allait m'envoyer un instrument au visage sur une opération où je n'étais pas très efficace sur les écarteurs (stomato, donc pas besoin de force, juste d'expliquer clairement comment présenter la plaie). Elle se défoulait pas mal sur ses externes, internes. Devant le grand chef curieusement elle disait amen à tout.

    les ambiance verbales hypersexuées des blocs ou des urgences, avec blagues de cul permanentes sont ultra lourdes. Les protagonistes se sentent souvent obligés de "tenir leur rôle", surtout devant les étudiants, les nouveaux. Pathétique

    4
    Lundi 16 Janvier 2012 à 00:47

    Très bon article, tu permets au lecteur de se mettre à ta place et c'est réussi !

    5
    Lundi 16 Janvier 2012 à 04:21
    Dominique Dupagne

    En fait, il faudrait créer une formation, officielle, pour les internes féminines dans certaines spécialités. Avec jeux de rôles filmés. Et mettre les vidéos sur Youtube pour que ça profite à tous. Coupler ça avec des groupes de femmes qui discutent de leurs difficultés. Et faire financer ça par la fac.

    Programme des cours :

    Module de lutte contre le sexisme à l'hôpital

    - Etat des lieux, les spécialités à risque

    - Comment fonctionnent les chirurgiens mâles

    - La servitude volontaire et ses risques

    - Grandeurs et misères du chromosome Y

    - Pourquoi deux hommes ensembles sont quatre fois plus misogynes

    - Quelles réponses pour quelles agressions ?

    - Organiser des groupes de soutien et d'échange

    - Comment pardonner

     

    6
    Lundi 16 Janvier 2012 à 05:44

    Sans déconner, tu as réellement retapé un semestre pour ça? Où c'était perdu d'avance et tu t'es dit, "quitte à pas le valider, autant se faire plaisir"? 

    Je suis IMG, donc j'ai peut-être la chance de pouvoir choisir un peu plus facilement des stages où je sais que je ne vais pas rencontrer des têtes de con. Mais on ne le sait pas toujours d'avance non plus. Ça m'arrive d'ouvrir ma gueule devant une blague sexiste/homophobe/raciste. Ce n'est pas écrit sur mon front, mais je ne cache pas non plus que je suis gay, et forcément, dans ces cas-là, ça finit toujours pas me retomber sur la gueule à un moment ou un autre.

    Bon courage à toi, je pense qu'on finit par se tailler une respectabilité, mais c'est dommage de devoir se battre pour ça, alors qu'elle acquise de facto pour d'autres.

    7
    DrTwingoJaune
    Lundi 16 Janvier 2012 à 09:18

    Un jour au bloc, ou on m'a sorti une blague de trop sur les bienfaits de la sodomie, j'ai répondu "On a tous un anus, je propose qu'on commence par le tien" J'ai été étrangement tranquille le reste de la journée ^^

    C'est tellement vrai ce que tu décris, et pas qu'en chirurgie. Une fois, en stage de rhumato, on fait le tour avec la chef, l'assistante et moi, et le patient qui allait partir nous dit: "En tout cas, chapeau. Je n'ai jamais vu le médecin, mais comme infirmières, vous vous débrouillez drôlement bien" :-/

     

    8
    Lundi 16 Janvier 2012 à 09:26
    Dominique Dupagne

    Et si ces comportements étaient aussi encouragé par certaines femmes ? : http://bit.ly/wS4Vyg

    9
    mbravo
    Lundi 16 Janvier 2012 à 09:39

    Bravo pour cet article! je ne suis pas dans le milieu médical, mais en tant que femme heurtée par ces "blagues",et autres misogyneries, je pense également que cet article est d'utilité publique.

    Le problème de ces hommes est qu'ils ne se rendent pas compte de la violence de leurs propos qu'ils ont banalisés et à quel point c'est usant. Mon problème est que je n'ai pas le sens de la répartie donc je cherche quoi répondre et la pression monte jusqu'à éclater. c'est difficile de les remettre à leur place en gardant son sang-froid.(après on passe pour une hystérique). il faudrait inventer un filtre à mauvaises blagues...

    Bon courage, et merci d'être là, à force de  réagir, peut-être que certains réfléchiront.

    10
    Mickette
    Lundi 16 Janvier 2012 à 09:44
    Merci et bravo pour ce coup de gueule plein de finesse et d'esprit!! Tu mériterais d'être affichée dans tous les blocs de France et de Navarre!! Je peux dis en imprimer un exemplaire? Tiens bon! Il fera bon vivre dans les blocs et les services quand tout ça sera rentré dans les mœurs enfiiiiin! D'ailleurs les élèves infirmières et les jeunes DE devraient apprendre ton article par cœur aussi au lieu de ramper, et privilégier leurs compétences!
    Encore Bravo
    11
    Lundi 16 Janvier 2012 à 10:55

    Je suis interne en chir (mais seulement pour 6 mois, je veux faire de la gynéco-obst) et je dois dire que j'ai déjà eu 2-3 aperçus sympathiques de tout ça. Par exemple, au bloc, un des chefs appelle les mecs par leur prénoms et moi je suis juste "mademoiselle". Mais bon, au final, mise à part ce chef, je pense que j'ai beaucoup de chance dans l'hôpital ou je suis à ce niveau-là.

    Quand j'étais juste une pauvre petite stagiaire, dans un autre hôpital, j'ai assisté à des scènes très ressemblantes à tout ce que tu décris là.

    Courage!

    12
    AL
    Lundi 16 Janvier 2012 à 11:30

    je me revois au bloc il y'a quelques années.Un petit congé parental,ça fait du bien!

    13
    Hervé 23
    Lundi 16 Janvier 2012 à 17:25

    Humour à double tranchant:

    Question: pourquoi Dieu a-t-il fait les femmes si bêtes? (là, d'habitude, les mecs ricanent un peu)

    Réponse: il avait trop besoin qu'elles puissent aimer les hommes! (très souvent, ils ne rient plus)

    14
    www
    Lundi 16 Janvier 2012 à 18:00

    Bravo pour ton post!

     c'est consternant de voir que ça ne progresse pas. J'ai commencé mes études de médecine en 72, et on croyait bien être les dernières á subir ce genre de conneries (ben,oui juste après 68 on croyait que le monde allait changer... que le machisme était en voie de disparition...)

    @Dominique Dupagne: bon, les groupes de femmes et tout ça on a déjà donné dans les annés 70 justement... et voilà le résultat! alors ça serait peut-être mieux que ta formation obligatoire soit pour les internes masculins toutes spécialités confondues. Et leur apprendre comment ne pas perpétuer ce genre de folklore imbécile.

    Parce que apprendre aux filles à résister c'est gentil, merci, mais à mon avis c'est du même ordre d'idée que faire porter un voile aux femmes pour ne pas provoquer ces pauvres mâles incapables de se controler.

     

     

     

     

     

     

    15
    www
    Lundi 16 Janvier 2012 à 21:33

    @D.Dupagne (8): suis aller voir le lien. sans commentaires...

    Mais quand même tu tombes dans le "si elle se promenait pas en mini-jupe, ça lui serait pas arrivé"

    16
    Lundi 16 Janvier 2012 à 22:30

    Punaise ! A l'école véto, avec 75 % de filles ils n'ont pas bien le choix, les profs... Même si la proportion est moins forte en chir, même si bien sûr on n'est pas au niveau technique des médecins (mais niveau sexisme, je n'ai jamais ressenti ça !) Et quand je travaillais avec les grosses bêtes à la campagne, j'ai eu à faire mes preuves avec les éleveurs mais jamais de réactions de ce genre... Je suis impressionnée.

    A part ça je suis gauchère aussi, mais je me sers en général des instruments de la main droite, ça va pas mal (depuis la maternelle je me battais avec les ciseaux). 

    17
    Lundi 16 Janvier 2012 à 22:39
    Dominique Dupagne

    @www Mon histoire de formation, c'est du deuxième degré. C'est pour voir la tête des chir devant ce programme s'il était affiché quelque part. 

    Pour ce qui est du look au bureau où l'on conseille aux femmes de dégrafer leur robe pour montrer leurs seins, je ne suis pas d'accord avec la comparaison minijupe. Je trouve terrifiant de laisser entendre que le rôle d'une femme qui travaille est essentiellement d'être sexy.

    18
    Lundi 16 Janvier 2012 à 22:48

    Que de monde !

    @ Gélule, Biaise : de rien

    @ Habib_potter : ne t'inquiète pas, mon stage actuel se passe dans d'excellentes conditions ;)

    @ Thoracotomie : être désagréable peut être l'apanage des deux sexes... malheureusement.

    @ Dominique Dupagne : c'est pas les filles qu'il faut former en priorité (elles, il faut juste leur faire lire le Deuxième Sexe, elles comprendront assez vite de quoi il retourne), c'est tout le monde... J'ai bec et ongles pour répondre à ceux qui m'agressent ; encore faudrait-il qu'ils se civilisent pour comprendre que leur attitude est 1) une agression et 2) inacceptable.
    Et je supprimerais volontiers l'item "comment pardonner." Je ne pardonne pas les insultes.
    “ A moitié victimes, à moitié complices, comme tout le monde ” a écrit Sartre. Certes, il faut prendre conscience d'être une "victime", mais si on veut que les choses changent, il faut justement que la société évolue, et que les hommes évoluent, pour qu'il n'y ait plus d'intérêt social à être victime et complice (ex de la femme au foyer aisée, qui troque sa liberté contre l'insouciance matérielle).

    @ Dr Foulard : si, justement, j'ai validé mon stage ! En fermant ma trappe... Je t'assure, connaissant l'animal, l'invalidation me pendait au nez si j'avais répondu selon mon cœur. Certains jours, je me demande s'il n'est pas plus facile d'être une fille qu'un mec gay. Dans les PH de mon hôpital, je connais des lesbiennes, mais pas de gays — et pourtant ils sont sûrement là.

    @ Dr TwingoJaune : j'adore ta réplique, ça a dû jeter un froid dans le bloc... et je prends note, ça peut sûrement resservir ^^

    @ mbravo : c'est pour ça qu'il ne faut pas se taire !

    @ miquette : imprime, tu n'as pas à demander, le blog est sous licence Creative Commons.

    @ Lollies : c'est heureusement la minorité des chefs qui est sexiste, la vaste majorité est tout à fait décente... mais ce sont des connards dont on se rappelle le plus parfois, hélas !

    @ Hervé : ... non, ça ne me fait pas rire.

    @ www : j'applaudis des deux mains. C'est la société qu'il faut changer, et pas seulement les femmes. Tout à fait d'accord par ailleurs pour la minijupe de Dominique Dupagne.

    @ Malgwen : être vétérinaire n'a jamais été interdit aux femmes par la loi ; être médecin, si. Si le sujet t'intéresse, je te conseille l'excellent livre de Josette dall'ava Santucci, Des Sorcières aux Mandarines.

    19
    DocVéro
    Mardi 17 Janvier 2012 à 14:10

    Je suis moi aussi une fille, et gauchère. J'ai vécu lors de mes stages ce que tu racontes mais c'était  il y a 20 ans : que ça existe encore est consternant.


    "Pousse tes ovaires de là" est la gentillesse qu'un ortho m'a balancé un jour au bloc.

    20
    www
    Mardi 17 Janvier 2012 à 14:11

    @D.Dupagne

    grandeur et misère du chromosome Y... j'avais compris que c'était du 2º degré, mais le problème c'est que ce 2º degré n'est pas bien net! c'est comme l'histoire de Hervé, ça ne nous fait pas rire du tout, c'est tristement significatif du chemin qu'il reste à faire. 

     

    21
    Un Ancien
    Mardi 17 Janvier 2012 à 19:51
    Super le coup de gueule ! Cri de souffrance ou constat ?
    C'est vrai qu'il y a un certain sexisme (voire misogynie) en chirurgie, comme dans d'autres métiers ou corporations à dominance masculine. Le phénomène s'atténue grandement d'ailleurs.
    Super aussi la question pourquoi tant d'injustice ? mais là je cherche la réponse, et on rentre dans un débat qui a du démarrer il y a quelques dizaines de siècles et qui risque de perdurer encore bien longtemps. Est-ce une forme d'équilibre dynamique d'espèce, où le point d'équilibre se déplace selon les époques, sans jamais se fixer ?
    Ceci dit pour toi le problème est identifié, il n'est pas insurmontable, d'autres l'on connu et l'ont résolu mais c'est vrai que c'est angoissant et révoltant.
    Pour anecdote, j'ai croisé un patron qui choisissait ses chefs en fonction de la couleur des yeux ....un autre qui ne supportait pas les plus de 1,70m et chaque CHU connait au moins dans son histoire un patron pour qui nommer une femme chef était une hérésie...
    Le plafond de verre existe un peu partout, le point d'équilibre se déplace lentement. Le bonheur est (peut être) pour demain. Carpe diem
    22
    Mardi 17 Janvier 2012 à 22:39

    Constat et rebellion : si personne ne dit jamais rien, absolument rien ne changera, et surtout pas les mentalités. Ce n'est pas angoissant, c'est simplement révoltant et quelque chose contre quoi il faut se battre.

    Pour ce qui est du pourquoi, je te conseille de lire le Deuxième Sexe, de Simone de Beauvoir (en particulier le premier tome), la réponse y figure en toutes lettres. Ce n'est pas une dynamique d'espèce ; la misogynie est un phénomène construit et culturel, comme tant de comportements humains.

    23
    do
    Mercredi 18 Janvier 2012 à 17:27
    do

    ok sur tout, mais vraiment. sauf un petit point:

    tant qu'ex- enfant dont la mère travaillait, je trouve normal qu'une mère prenne 6 mois et plus pour s'occuper de ses enfants.

    je trouve juste qu'elle devrait pouvoir le faire librement, et que son métier ne devrait juste pas s'en ressentir. je crois que les femmes peuvent travailler sans renoncer à avoir une famille et des relations normales avec leurs proches. je trouve qu'une femme ne devrait pas être obligée d'imiter les hommes en tout. je trouve qu'une femme a le droit de rester une femme et de devenir chirurgien. et par exemple d'allaiter ses enfants. par exemple.

    j'ai jamais été confrontée au sexisme, alors c'est vrai que je suis pas hyper sensible là dessus.

    mais ma mère travaillait avec des grosses connes qui supportaient pas les femmes enceintes et les femmes qui avaient des enfants en bas âge, et qui leur donnaient exprès les horaires les plus pourris genre 7h-11h + 15h-19h.

    j'avais un an d'avance et en CP, donc à 5 ans, je rentrais seule chez moi le soir avec la clé épinglée dans ma poche pour pas que je la perde quand mon père travaillait du soir (il faisait 13h-21h ou 5h-13h, par quinzaine) et je devais sonner chez la voisine pour qu'elle ouvre parce que je savais pas tourner la clé dans la serrure. en CE1 je prenais le bus scolaire parce qu'on avait déménagé et que j'avais pas encore changé d'école (milieu d'année). parfois je le loupais parce que j'avais pas de montre. y'en avait qu'un.

    à choisir, je trouve qu'on devrait être encore moins enfantphobe que sexiste, en fait.

    parce qu'une femme, c'est adulte, ça peut supporter et répliquer comme tout le monde. ça peut porter plainte. et pour les choses moins grave, ça peut envoyer promener, sauf les gens qui ont du pouvoir, mais ça, c'est tout le monde qui doit se les coltiner, les gens qui abusent de leur pouvoir, c'est pas plus les femmes que les pauvres ou les monsieur-tout-le-monde-qui-sont-pas-en-position-de-force.

    tandis qu'un enfant, c'est fragile. pour de vrai. et ceux qui ont eu leur mère présente à leurs côtés quand ils avaient des problèmes, ils sont moins abimés après.

    ...et ils deviennent moins des gros cons sexistes, en plus.

    24
    sandra1919
    Mercredi 18 Janvier 2012 à 19:44

    Je trouve tout cela sidérant et écoeurant. Je n'imaginais pas que c'était à ce point...
    Etant sage-femme, j'ai été formée avec une grande majorité de femme , ce qui a ses avantages , et bien sûr, ses inconvénients (mesquinerie et hypocrisie, bonjour!)

    La où je me retrouve, c'est qu'étant donné que la maïteutique reste très féminin, être reconnu comme une profession médicale reste très difficile. Pourtant, c'est écrit partout dans les textes de lois. Mais c'est bien connu, les femmes ne sont pas médecins, elles sont infirmières...

    Pour la majorité de la population, une sage-femme c'est une infirmière spécialisée ou l'assistante du gynécologue, pas un professionnel de santé...

    C'est regretable.
    Je m'éloigne un peu du sujet de départ mais nous sommes confrontées à un refus global de reconnaitre les femmes  à leur juste niveau, parfois supérieur aux hommes...

    25
    cat55
    Jeudi 19 Janvier 2012 à 14:33

    C EST TOUT CE QUE VOUS AVEZ A FOUTTRE !! ALLER AU BOULOT !!

    (par contre pour une fois le niveau d'orthographe n'est pas mal !! Finallement y'a du progrès chez les hommes !!)

    26
    Jeudi 19 Janvier 2012 à 22:51

    @ do : je ne dis pas qu'il est anormal qu'une mère prenne six mois pour s'occuper de son bébé, mais qu'un père devrait pouvoir faire de même sans être regardé d'un drôle d'air.

    @ sandra1919 : déjà que pour les dentistes c'est pas gagné dans l'imagerie grand public, il vous reste malheureusement du travail.

    @ cat55 :

    27
    mazette
    Vendredi 20 Janvier 2012 à 19:01

    Ma sœur est dans le même cas: chirurgienne et gauchère. Et donc confrontée aux mêmes problèmes, sauf que cela ne se passe pas en France, mais en Allemagne...  Elle a largement fait ses preuves (je ne sais pas à quelle poste elle est, puisque les appellations dans la hiérarchie ne sont pas les mêmes qu'en France, mais elle a eu un nombre incalculable d'années d'étude et d'expérience professionnelle et tout ça avec des horaires inimaginables pour moi !), mais bien sûr, maintenant qu'il sagit de lui augmenter son salaire pour le mettre un tout petit peu en relation avec le travail réellement fourni....

    Bon à part ça, les blagues sexistes ne sont pas réservées au domaine médical, loin de là. Et je trouve que le pire est tout de même qu'on attend des femmes d'en rire aussi, sinon elles sont considérées comme coincées, n'ayant pas le sens de l'humour. Finalement, quoi que nous disions ou fassions, tout est prévu: cela nous retombera sur la gueule. C'est vraiment un coup de génie (non, faut admirer, même si c'est particulièrement abject) du mâle de toujours réussir à retourner la situation à son avantage.

    Mais pour revenir au domaine médical: moi, simple patiente potentielle, je n'ose même pas imaginer les remarques désobligeantes que les "chefs" risquent de déblatérer pendant qu'ils/elles sont sensé-e-s se concentrer et m'opérer !!!! Au secours !

    Paraît-il que c'est un moyen de décompresser, d'évacuer le stress, mais bon, vous pourriez pas faire autrement des fois ???

    Y a réellement encore beaucoup de chemin à faire. Je me demande bien qui connaît vraiment Simone de Beauvoir...

    28
    PolyN
    Dimanche 22 Janvier 2012 à 00:34

    Il n'y a pas qu'en chirurgie : je connais un chef de service en hématologie (spécialité de pseudo-intellectuels) qui fait la tronche dès qu'il a une nana comme interne : il en a dégoutté un certain nombre (mais c'est toujours de leur faute si elles abandonnent...), alors qu'un mec, c'est la voie royale assurée au bout de deux semaines de stage, c'est déjà la proposition de poste de PH ou plus... Les filles, c'est très bien pour partir en périph, surtout si ça fait des enfants (lui, il en a 4, heureusement, il a "bonbonne" à la maison...).

    29
    FabienExt
    Dimanche 22 Janvier 2012 à 02:55

    Et bien dans mon service, où je suis externe en chirurgie, il y a plus de femmes que d'hommes. Exactement 1 chef, un et une PH, une assistante, 2 internes filles et 2 garçons.... Oui ça fait le même nombre, mais l'armée d'IBODE aidant, la mysogynie est bannie des blocs (on l'a particulièrement vécu avec notre FFI fraichement débarqué d'Arabie Saoudite :p ). Personnellement, je ne vois pas la différence, hormis l'odeur de transpiration en fin de journée. Courage, espéront que dans une génération, on ne se rappelle même plus que l'on eu fait une différence entre gay, femme, arabe ou raton-laveur.

    30
    www
    Dimanche 22 Janvier 2012 à 19:59

    @FabienExt: pour le raton-laveur je ne sais pas, mais pour les gays et les femmes... surtout arabes! alors là t'es optimiste!

    31
    Mariakani
    Mardi 24 Janvier 2012 à 15:42

    Ah ce humour délicat ... on est rapidement mises dans le bain. À ma 1ère garde d'externe, le cardiologue de garde nous avait sorti au moment de masser un patient en arrêt cardiaque (à moi fraîche externe et ma collègue élève infirmière qui n'avions encore jamais massées ni l'une ni l'autre) : "Allez les filles, montrez-nous que la féminisation de la médecine n'est pas une perte de chance pour le patient !".
    Effectivement ce n'était pas méchant et il m'a ensuite dit que c'était très bien et que je pouvais continuer comme ça, pendant qu'il piquait en fémoral grâce au pouls que je créais, pour tenter une revascularisation en urgence. C'était juste sexiste et injustifié.

    J'espère que les mentalités évolueront plus vite dans tes futurs services de chirurgie Stockolm, et que moins de gens accepteront ça comme une normalité.

    32
    laaroussi
    Mardi 28 Février 2012 à 17:46

          J'ai exactement le meme sentiment que toi stockholm, sauf que je suis un homme. D'apres certaines personnes, mon probleme n'est pas sous la ceinture mais dans mon coeur ( ma foi ).  Un soir , j'ai été "attrapé " en train de prier dans la salle de garde. Depuis ce jour, ce sont des sous-entendues, des blagues vaseuses et irrespectueuses à mon encontre. Et ça sous l'oeil amusé de mon chef... 

      Je serre les dents, et je suppose que c'est le premier reflexe qu'ont les femmes face à ces abrutis. Le bon côté des choses, c'est que j'ai une machoîre carrée à présent ;) .

      Enfin bref, heureux de lire ce billet, comme tous les autres d'ailleurs.  Bon courage pour la suite, tu te débrouilles bien en tout cas !

    33
    Dimanche 1er Juillet 2012 à 11:40

    Meme constat en recherche... Des exemples? Une fille en these, c'est sur, elle a couche. Et puis des nanas sur le terrain, en champ d'essai, mouahahahah! Sans oublier toutes les petites phrases a base de "oui mais tu auras des enfants, tu deviendras technicienne, c'est plus facile", des "moi je ne prends que des stagiaires femelles parce que comme ca, j'en profite pour me rincer l'oeil et plus si possible", etc.

    Il n'y a pas que des gros cons machos mais il y en a quand meme une certaine tripotee. Et pour le coup, etre une femme en recherche, c'est se battre pied a pied pour etre jugee sur ses capacites professionnelles et non pas sur son double chromosome X... Alors je me bats, pour moi, pour ma carriere et puis aussi pour les stagiaires que je forme. J'essaie de leur faire prendre conscience que, filles comme garcons, s'ils veulent faire de la recherche, ils peuvent. Le message est un peu plus militant pour les filles, je l'avoue bien volontiers. Tout simplement parce que j'aimerais qu'un jour, on ne soit plus 2 chercheuses pour 13 chercheurs...

    Merci pour ce tres bel article. Et merci pour tous les autres aussi, que j'ai entrepris de devorer hier soir...

    34
    M.
    Mercredi 7 Novembre 2012 à 16:22

    Je precise que je suis une femme.

     

    Et pourtant, vous aviez redigé tout un billet sur l'humeur legere, les blagues pourries, l'ambiance sexuelle a l'hosto pour decompresser. alors quoi ? Un jour, vous etes chienne de garde, le lendemain interne qui peut rire de tout en bonne compagnie.

    Je pense qu'il faut raison garder. Vous etes jeunes, vous etes chirurgien dans un univers largement domine par les hommes, vieux de surcroit. Donc pas fiorcemment modernes en theme de partie homme-femme au travail.

     

    Mais vos chefs et collegues males reconnaitront vos competences au dela de votre sexe.


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