• D'or et de pourpre

    Ca y est, l'automne a touché de plein fouet l'Auvergne, à la manière d'un brisant venu de l'Ouest humide et froid. Plus une feuille verte n'orne nos arbres et l'herbe rase des sommets a pris sa teinte brune de l'hiver. Et, ce matin, le monde flamboyait sous le soleil brillant, pâli par le temps.
    Un ciel aussi bleu qu'en été - ou presque - montait plus haut que les brumes d'hier, vaste cathédrale toute pleine de lumière azurée, dans laquelle à l'aurore ne danse plus aucun oiseau ; le soleil pointait entre les branches nues d'un cerisier mort, à l'endroit exact où s'était reposée la lune quelques jours plus tôt. Dans l'air frais, aucun souffle ne dérangeait l'impalpable brume d'automne ; une douceur humide baignait la ville, froide comme la truffe d'un jeune animal. Les côteaux appuyaient leur velours râpé contre les rebords du ciel, rien ne distinguait ce jour, ne le marquait comme premier du plein automne...
    Et pourtant !

    Pourtant, dans la longue rangée des arbres jeunes, les tilleuls ont égrenné leur large monnaie de bronze et d'or et, de la boule de leur silhouette brunie, de fins rameaux pointent avec ingénuité dans l'air piquant, sous un soleil chatoyant.
    Pourtant, les érables sont aussi roux que les forêts du Canada, et ceux qui sont croisés d'autres essences - ceux qui répondent au nom dégradant de faux-érables - plaquent au ciel l'or pur et noble des cent mille étoiles de leur feuillage.
    Pourtant, il y a longtemps que les fleurs des asters, d'un indigo délavé, se sont épanouies au fond des talus, et que les hautes herbes d'avant l'automne, rousses et noires, ont confié au vent cette myriade d'infimes plumets qui sont leurs graines.
    Chaque nuit est plus froide que la précédente ; les étoiles brillent chaque fois avec plus de froide ardeur dans un ciel qui, chaque nuit, devient plus noir.
    La première gelée, ce frimas, cette rosée devenue cristal, a déjà mordu les feuilles et déposé sa poudre au creux des pierres, et d'autres l'ont suivie ; il a déjà fait plus froid, plus mauvais, mais aujourd'hui était vraiment l'Automne, vierge de tout mélange, sans trace de l'été défunt ni de l'hiver encore à naître.

    Aujourd'hui, ce matin, si le ciel était d'une pureté cristalline, derrière les monts s'amassaient d'épais nuages, lourds de grisaille et de nuances. Et le jour a tenu ses promesses, effaçant la pleine clarté et les feux des arbres sous les ternes volutes des nuées.
    Après les ors viennent les bruns ; à l'argenté succède le mat. Telle est la loi des derniers mois de l'année - règle implacable, jamais mise à défaut, qui change d'un coup de pinceau de nuage la douceur en froid, l'air calme en bise, et rend leur sauvagerie aux paysages les plus familiers.

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