• Cyrano

    CYRANO
    A force de vous voir vous faire des amis,
    Et rire à ces amis dont vous avez des foules,
    D'une bouche empruntée au derrière des poules !
    J'aime raréfier sur mes pas les saluts,
    Et m'écrie avec joie : un ennemi de plus !

    LE BRET
    Quelle aberration !

    CYRANO
    Eh bien ! Oui, c'est mon vice.
    Déplaire est mon plaisir. J'aime qu'on me haïsse.
    Mon cher, si tu savais comme l'on marche mieux
    Sous la pistolérade excitante des yeux !
    Comme, sur les pourpoints, font d'amusantes taches
    Le fiel des envieux et la bave des lâches !
    -- Vous, la molle amitié dont vous vous entourez,
    Ressemble à ces grands cols d'Italie, ajourés
    Et flottants, dans lesquels votre cou s'effémine :
    On y est plus à l'aise... et de moins haute mine,
    Car le front n'ayant pas de maintien ni de loi,
    S'abandonne à pencher dans tous les sens. Mais moi,
    La Haine, chaque jour, me tuyaute et m'apprête
    La fraise dont l'empois force à lever la tête ;
    Chaque ennemi de plus est un nouveau godron
    Qui m'ajoute une gêne, et m'ajoute un rayon :
    Car pareille en tous points à la fraise espagnole,
    La Haine est un carcan, mais c'est une auréole !


    Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac (II, 8)



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  • Commentaires

    1
    LaurenceB
    Mercredi 16 Juin 2010 à 05:04
    Mon Héro!
    2
    Yobs
    Vendredi 6 Mai 2011 à 17:17

    Une des plus belles scènes de cette pièce mais qui perd  de sa beauté si on n'y rajoute pas sa fin:

    LE BRET, après un silence, passant son bras sous le sien
    Fais tout haut l'orgueilleux et l'amer, mais tout bas,
    Dis-moi tout simplement qu'elle ne t'aime pas !
    CYRANO, vivement
    Tais-toi !

    ....

    Le "couple" Le Bret/Cyrano, y'a t-il encore des choses à écrire sur l'amitié après cette pièce...

     

     

     

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