• bjr sava ? jkif tro ton blog, lol. T qd mm grav.

    Ma réponse, simple et laconique : DTC.

    Traduction de cet échange fleuri :
    - Bonjour, comment te portes-tu ? J'aime profondément ce que tu fais sur ce weblog, mais je reste toutefois ironique quant à certains aspects développés céans. Il est également notable que ton comportement et ta personnalité diffèrent de la norme de manière significative et se situent en dehors de l'intervalle alpha de confiance de 95% de la courbe de Gauss de la population jeune actuelle.
    - Merci de ton commentaire, à la fois aimable et constructif, mais je suggèrerais que, plutôt que d'exposer un tel joyau à la vilipende publique, tu en fasses un usage nettement plus privé, impliquant de l'insérer dans un orifice naturel à des fins que la loi interdit de développer en présence de mineurs.

    C'est ça, le langage sms. Compresser et déformer un message afin de le rendre quasi-incompréhensible aux non-initiés.
    Alors oui, comme tout le monde, j'utilise des abbréviations sms en envoyant des messages, afin d'éviter d'enrichir plus que de raison MM. les capitaines d'industrie du secteur de la téléphonie mobile. Et je reçois également des sms abrégés. Mais l'utilisation que j'en fais se borne là.
    Quand je vois des blogs entiers écrits dans ce style qui est une torture pour les yeux, quand je vois ces kikoololeries dignes du niveau d'accomplissement d'un enfant
    dyslexique de quatre ans et demi, je suis tiraillée entre deux envies.
    La première est de quitter au plus vite ce site qui massacre la langue française à la manière d'un tueur en série filmé par Tarentino. C'est d'ailleurs celle-ci que je choisis le plus souvent.
    La deuxième est de monter au créneau le katana au vent et d'arracher un oeil à l'auteur de ces insanités, toujours dans le style tarentinesque. Que voulez-vous ? La violence appelle la violence, c'est humain...

    Quand je cède à cette pulsion primaire, animale, je laisse en général un commentaire (souvent effacé) sur le dernier article en date, puisqu'ils se valent tous d'un point de vue grammatical et qu'il faut bien en choisir un. En général, je félicite l'auteur du blog pour le remarquable travail accompli sur la langue française, pour son style élégant, raffiné, où l'on sent l'influence des grands auteurs que sont Diams et Faudel -  voire, parfois, de Britney Spears.
    Pourquoi une anglophone là-dedans ? Au-delà du strass arôme caca boudin, Britney - cette incommensurable artiste auprès de qui toutes s'inclinent, Callas, Gheorghiu et même, même, Hélène Ségara - Britney, enfin, cette reine des dindelettes people, peut sans doute écrire dans un meilleur français que le leur.
    Mais attention, ce n'est pas tout le monde qui peut se targuer d'accéder à ce gold-standard du beau langage. Il faut pour cela allier abbréviations, phonétique et rébus typographiques à un style fleurant bon la France en Ray-Ban et jeans moulants.

    Comme on le voit, la concurrence est rude.
    Alors - et je vous vois haletants, fixant votre écran d'un regard avide, de cet air qui vous confère paraît-il une ressemblance frappante avec un PPDA sous drogues dures  - alors, comment peut-on, grand Dieu, trouver cette perle rare, cet être pur et sans mélanges qu'est Kikoololeur 3.0 ? Comment décerner chez le skyblogueur de base cette étincelle qui le rend hors du commun ?
    La tâche est ardue. J'en ai conscience, et j'accepte humblement ce lourd fardeau.

    Après avoir parcouru une quantité non négligeable de blogs dont le code source est plus clair que les articles, je suis en mesure de fournir une piste de réponse.
    Ce qui transforme ce vulgaire nanard qu'est le langage sms en joyau immortel, c'est le thème.
    C'est vrai, un blog plus ou moins humoristique ou politique écrit en sms (ça existe, j'en ai vu) sera dans le pire des cas ridicule. Certes, son auteur n'aura plus qu'à se raser la tête et émigrer bien loin pour éviter les puristes, mais au final, il sera simplement ridicule. Comme BHL entarté ou Sarkozy enketchupé, c'est tout.
    Kikoololeur 3.0, lui, aura un Idéal. Et c'est de cet Idéal que va se nourrir son art.
    Le prétexte sera parfois léger - un manga plus ou moins obscur, un acteur ou un chanteur aux canons de beauté TF1, ou des vidéos censément drôles - mais Kikoololeur 3.0 le prendra à coeur. Ce sera sa raison de vivre, la mission que Dieu Lui-même lui a confié dans les éclairs et le tonnerre - Kklolr 3.0 deviendra un missionnaire.
    Son But : convertir les masses ignorantes, vouées à l'éternelle damnation, à son Idéal, et ainsi leur faire connaître la Lumière.
    Ses armes : une langue choc, des arguments simples, une syntaxe énergique, qui répandront la Parole dans une terreur sacrée.
    Et le pire, c'est qu'il y arrive. Et ça, c'est bien la preuve qu'il est béni du Ciel. Parce que franchement, vous en connaissez beaucoup, vous, des gens capables de déclencher une avalanche de commentaires extatiques à partir d'un simple :
    Tanaka-San il é tro bo é tro for, jle kiff sèvr lol c tro un dieu.

    Pas moi.

    Ceci dit, une autre catégorie de skymerdeurs peut prétendre au gold-standard. J'ai nommé ceux qui racontent leur vie. Mais attention, ils ne la racontent pas n'importe comment.
    Là où les champions de tout à l'heure conservaient l'excuse de la bonne volonté et de l'Amour de la Science, ceux-ci ne font pas l'effort d'aller chercher un sujet. A quoi bon se fatiguer quand ils en ont déjà un, complexe et fascinant, sous la main, j'ai nommé leur propre personne.
    Il est évident que l'Oeuvre qu'ils accomplissent chaque jour ne peut que captiver les foules. Comment résister à ces récits, pimentés d'humour délicat, qui narrent au jour le jour les infâmies perpétrées par les scélérats d'enseignants qui les entourent ? Comment ne pas se trouver rapidement accro à l'art consommé qu'ils ont de décrire l'entorse qu'ils se sont faite dans les escaliers du collège ? Et comment ne pas rêver devant leurs romanesques histoires de coeur ?
    Non, auprès d'eux, les soeurs Brontë ne sont rien. A la sombre folie des Hauts de Hurlevent se substitue l'incomparable innocence d'un jeune être meurtri dans son âme par un deux en maths. La tension dramatique de Jane Eyre s'efface, pâlie, face au piment des relations adolescentes. Et la finesse de l'analyse d'Agnes Grey n'est rien devant cette conversation philosophique : Rudy, de Plus Belle la Vie, et Chimène Badi pourront-ils s'aimer un jour ?
    (Après mûre réflexion, je suppose que oui - à condition que Pocahontas fasse un show au Crazy Blue Horse de Ratata-les-Bains avant.)

    Mais, malgré l'abondance de ces esprits brillants, force m'est de reconnaître que tous ces Kklolr 3.0 rendent les armes face à - qui ?
    Face à un être dont la pensée pénétrante n'a d'égale que la pureté de son langage, où le franc-parler se double de l'antique esprit des Lumières.
    Cet homme est hors concours, car il n'écrit pas. Il parle, et son Verbe est Sagesse ; il a énoncé le Destin du Langage - auprès duquel ces piètres smseries s'effacent.

    A l'an 3000 les gens vont se parler avec,..., les yeux, des ondes. Ne me prends pas pour un fou les baleines le font, les dauphins aussi. Ce sont des animaux très intelligents dans la mer. Nous on vit dans la terre. Et eux se communiquent, vu qu'ils ne savent pas parler dans l'eau, ils sont forcés d'utiliser des ondes, des ondes de love ou de hate et la communication se fait comme ça.

    Cet homme s'appelle Jean-Claude Van Damme. Et je l'aime, depuis qu'il a prédit la fin du sms et son remplacement par les ondes des yeux.

    Quand on croit à la perfection, on a fait la moitié du chemin. Et ça, croyez-moi ou non, c'est lui aussi qui l'a dit.

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  • C'est dans dix jours.

    La Saint-Valentin, c'est la période des prix discount pour aller à Venise voir le Carnaval ; pour aller au soleil à la Guadeloupe ou aux Seychelles et, éventuellement, aller écouter Gheorghiu à Pleyel (sauf que ce n'était pas prévu le 14 et qu'elle a annulé pour raisons de santé de toute façon) - à deux. Non, parce que tout seul, c'est nib. Les célibataires ont le droit de payer plein pot - et ça fait d'autant plus mal en période post-soldes qu'on avait pris l'habitude des réductions. Cette discrimination est intolérable.
    Enfin, on ne va pas refaire le monde aussi facilement, hein. Le jour où les célibataires auront des réductions pour la Saint Valentin, les démocraties africaines seront devenues des modèles de stabilité et de prospérité.

    Ce qui est particulièrement exaspérant pour le célibataire moyen à cette période de l'année, c'est cette débauche de sucre candi qui englue soudain le monde. Passe encore d'écouter les demi-couples faire leur liste de projets, mais vous avez vu les vitrines ?! A côté, Disneyland, c'est le modèle du bon goût !
    Entre les boutiques de lingerie qui exposent des modèles froufroutants de dentelles et de noeuds-noeuds rouge vifs à la con, les chocolatiers qui ont jeté tout moule n'étant pas en forme de coeur, les libraires qui ressortent côte à côte Barbara Cartland & Cie et le Sexe pour les Nuls - les centres villes deviennent des endroits tout à fait infréquentables.
    Quand on a évité les étalages de DVD à regarder à deux, les piles de CD de slows et les pubs pour aller voir les Pyramides en namoureux et qu'on rentre chez soi, qu'on s'assied à son bureau et qu'on regarde ses mails... Le spam a ressorti les petits coeurs et vous avez trois pourriels de magasins de mode et de deux coiffeurs qui vous invitent à passer chez eux avant de rencontrer l'être aimé le quatorze au soir (et sans réduction pour les coiffeurs).
    Puis vous allumez la télé, et là aussi, on parle de la Saint Valentin sur les plateaux de Ruquier et autres émissions habituellement intéressantes.

    Du coup, vous décidez de ressortir et d'aller vous balader. Mais toutes les femmes que vous croisez dans le tram sont au téléphone avec Meilleure Amie (elle en a, du boulot, celle-là ! si elle se faisait payer à l'heure...) et gloussent comme une soprane qui a trop bu, et qui a parié qu'elle pouvait chanter le Requiem de Verdi en se brossant les dents. Et quand elles ne gloussent pas, vous profitez de leurs plans pour la soirée avec l'être aimé. Le petit repas aux chandelles qu'elles vont cuisiner au cas où il n'ait pas réservé de restaurant. La position n°74 qu'elles vont sûrement essayer - une variante de la 73bis améliorée (où, comme chacun sait, la femme est debout dans la cuisine tandis que l'homme est assis devant la télé. L'élément de variation est que, dans la 74, la femme laisse la vaisselle en foutoir jusqu'au lendemain matin avant de s'en préoccuper).
    Décidément, le tramway n'est plus un endroit décent.
    Et les rayons des langues étrangères de la FNAC non plus - le vendeur psychote longuement avec son copain du rayon bédé pour savoir s'il emmène sa chérie au ciné avant de la sauter ou pas.

    Non, la première moitié de février est une période particulièrement exaspérante pour les célibataires ostracisés. Il n'y en a plus que pour les couples qui roucoulent de roucoulantes roucoulades comme dans les films américains avec Gwyneth Paltrow dedans.

    Et du coup, je vous présente mon 13 Février idéal :


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    Téléchargez-le gratuitement et rapidement en cliquant ici : http://www.adobe.com/shockwave/download/download.cgi?P1_Prod_Version=ShockwaveFlash&Lang=French&P5_Language=French


    Pourquoi, me direz-vous ?
    Parce que d'abord c'est beau.
    Et parce que l'amour ne se murmure pas, il se hurle*.



    Bonne Saint-Valentin  à tous !

    *(c) Lena

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  • Attention, ce qui suit révèle la fin du film. Enfin, pas qu'il y ait grand-chose à révéler, mais bon...



    Bref.
    En rentrant de chez des amis, j'ai fait un zapping rapide et je suis tombée sur le dernier quart d'heure du film Mission: Impossible, avec Thomas Croisière et Manu Béart-les-Grands-Yeux. Je n'avais jamais visionné ce chef d'oeuvre du cinéma, ce qui m'a permis de porter un regard impartial et critique sur le scénario (ou pas).
    Pour commencer, une petite précision : j'aime les histoires d'espionnage à la Henry Porter, avec agents doubles, cryptanalyse et tout le tintouin. Quelques morts stratégiques mais pas trop et une histoire solide. Les seuls effets spéciaux que je tolère sont ceux de la série Alias - et encore, le coup de l'adrénaline intra-cardiaque m'est restée là. Menfin, faut pas être trop exigeant non plus. Des scénaristes forcés d'inventer vingt-quatre fois par an des missions de préférence impressionnantes ont droit à un instant de faiblesse : ils ont produit Irina Derevko, leur imagination a pu être momentanément épuisée après ça.
    Mais pour en revenir à Mission: Impossible.

    J'ai pris l'histoire au moment où une quadragénaire ménopausée appelée Max sortait un téléphone portable vieux comme Hérode pour réceptionner un truc sur un PC portable dans un TGV Paris-Londres.
    Déjà, entre Paris et Londres, ce n'est pas le TGV, c'est l'Eurostar. C'est écrit dessus. Ensuite, à l'époque où a été tourné le film, il n'y avait pas d'Internet dans le TGV, et encore moins grand public. Ca vient seulement de se faire. Pis je suis désolée, mais la liste des agents d'une agence gouvernementale qui s'affiche sur un écran puant les jeux vidéos à cent mètres - pas trop crédible. A moins que la couverture de Max n'ait été qu'elle jouait à Deviens un espion en dix leçons en attendant d'arriver à Londres. Ceci dit, Max aurait eu besoin de cours là-dessus : le code de la serrure où était caché l'argent est 1314. Le premier connard venu peut se passer d'elle pour le trouver, si tant est qu'il ait quelques notions au sujet des cadenas.
    Puis, plan large et vue du TGV-qui-n'est-pas-aux-couleurs-de-l'Eurostar. Et qui n'a pas de cathéners non plus.
    Ce train avance par l'opération du Saint-Esprit.
    Je sais, c'est une formidable avancée technologique. Plus besoin d'électricité ! On installe une chapelle dédiée à Saint Louis Gallois dans la cabine du conducteur, et paf ! ça avance tout seul. La classe, non ?

    Mais bon, tous ces détails n'ont en fin de compte aucune importance. Ce n'est pas grave. C'est du détail, ça ne compte pas. Ce n'est pas vraiment dans le scénario.
    Ce qui est intéressant, c'est la suite.
    Après qu'Emmanuelle Béart se soit fait descendre par son mec, encore un vieux beau à tenir le rôle du mauvais méchant qui pue, Bogôsse Cruise a décidé de poursuivre Vieux Beau pour venger la minette avec qui il avait probablement couché dans l'heure et demie avant.

    - Non, tu n'es pas morte, non, Yeux Dhibou, sanglota Bogôsse sur le corps encore tiède de sa belle espionne. Je vais te venger.
    N'écoutant que son courage, Bogôsse fonça à la poursuite de Vieux Beau.
    Sur le toit du TGV.
    Oh Seigneur quel vent de vitesse !!! La veste de Bogôsse en a même été emportée !!! Débordant de haine, Bogôsse regardait Vieux Beau ramper sur le toit du train - et pis il s'est rappelé qu'au casting on lui avait dit d'enlever sa cravate pour être plus sex, alors il l'a fait. Débordant de sexitude, il a rampé lui aussi. Sauf que sa chemise griffée offrait la prise au vent d'une voile de catamaran, alors il a fait un triple saut périlleux arrière en se retenant du bout des doigts au bord du train, pis il a atterrit à plat ventre sans s'exploser la tronche, parce que mine de rien il a des gènes de Spiderman.
    Ensuite, l'hélico est arrivé. Jean Reno (aka Yeux de Poissons) voulait hélitroyer Vieux Beau du haut du train. Alors il lui a lancé un truc qui s'est attaché à la rame de TGV, et Vieux Beau a commencé à le prendre pour s'envoler, aller plus haut, aller plus hau-au-aut. Sauf que Bogôsse avec sa chemise ouverte, ben il avait tout vu. Alors il s'est lâché et c'est lui qui s'est envolé dans le vent terrible de la vitesse pour se rattraper à Vieux Beau et lui faire lâcher prise. Il a rattaché le câble de l'hélico sur la rame du train (qui du coup était tenu en laisse par le train comme un chihuacha par sa patronne obèse), et pis, pas bête le gars, il a attendu qu'il y ait un tunnel.
    En voyant arriver le tunnel, Yeux de Poissons a fait la tête d'un type qui rencontre son patron dans une boîte de nuit alors qu'il est censé être en train de se faire opérer des oreillons que lui a filé le gamin de sa greluche de soeur.
    La suite, comme on dit, appartient à l'Histoire. Je vais tenter de la raconter comme un enfant le ferait, d'une plume innocente et fraîche. Ou comme un élève de techno de 6e4.

    [voix de gamine]
    Alors, ben le nhélicoptère il est rentré dans le tunnel en suivant le TGV et pis le tunnel était vachement long et pis Bogôsse il s'est roulé sur le toit du train sans se salir parce qu'ils font vachement bien le ménage sur le toit des trains, et pis il est tombé devant, et pis Vieux Beau il avait sauté sur le gros nhélicoptère et Yeux de Poissons ben il voulait tuer Bogôsse en lui arrachant la tête avec les pales du nhélicoptère, mais Bogôsse ben il est vraiment trop trop fort pasqu'il est passé sur le côté et il est pas tué, et pis après le nhélicoptère il arrête de voler dans le tunnel derrière le TGV passqu'il essplose et pis les deux méchants eh ben ils meurent.
    [/voix de gamine]

    Ce bijou du cinéma s'achève quelques minutes plus tard, après que Tom Cruise ait bu une bière avec un copain Noir, pour bien montrer aux spectateurs que les scénaristes sont pas racistes, même si ça rime, et refuse de regarder un film dans le navion qui le ramène chez lui. Et là j'ai été trop déçue, parce que l'avion vole tout bêtement dans le ciel et ne fait même pas trois loopings dans un tunnel étroit.

    Bref, ce film est un authentique diamant, étincellant de mille feux. Mais il m'a laissée une grande terreur.
    Celle que, la prochaine fois que je monterai dans un TGV, un hélicoptère le suive et vole avec lui dans un tunnel étroit...

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  • Nicolas le Petit

    Quelle belle couverture que celle du Point de Vue de cette semaine !
    Ah non, ça c'est de la photo. C'est beau comme une affiche de film américain.


    L'Homme et la Namoureuse. Si c'est pas romantique...

    L'Homme, viril, empli de testostérone, et pas n'importe quel Homme, un Grand Homme qui regarde Sa Vision de la France. Il lève les yeux au ciel et sourit, comme devant une apparition divine. Car Il voit Marianne ou Jeanne d'Arc (les pauvres, se trouver embringuées là-dedans... quand même...) Lui sourire et Lui dire :
    Nicolas, tu es comme les petits Pimousses, petit mais costaud. Tu as été élu au poste suprême, car, devant ta noblesse et ta générosité, le peuple de France a été séduit. Séduit par tes cravates bleues et tes costumes Dior, séduit par ton éloquence qui remue les foules. Tu leur a promis la sécurité, le pouvoir d'achat, l'emploi ; qui donc a jamais proposé mieux ? Tu ne le feras sans doute pas, mais les promesses tiennent les enfants joyeux, et les tiennes sont si belles...

    Et Lui de répondre : Je suis digne de te recevoir, ô France, mais dis seulement un mot et... non, tais-toi, c'est mieux.

    L'Apparition, chantonnante : Cela est juste est bon... Enfin je dis ça je dis rien, c'est mon avis, pas celui des syndicats...

    Lui, enflammé de passion : Je serai le Président de tous les Français !

    L'Apparition : Même de ceux qui n'ont pas grand chose ? Parce que les cadeaux fiscaux, ils n'étaient pas pour eux, si ?

    Lui, même pas surpris : Madame Royal, je trouve cette attaque indigne de vous.

    L'Apparition : Eh oh, je ne m'appelle pas Ségolène non plus, faut pas pousser. L'élevage de dindes, c'est chez madame de Fontenay que ça se passe. A la rigueur sur la scène de la nouvelle chanson française, mais pas ici, enfin...

    C'est là que la scène française se réveille et qu'une petite voix sussurre : Eh bien, on parle ici de moi ? Quatre consonnes et trois voyelles, c'est le prénom de Nicolas, je le murmure à mon oreille et chaque lettre me remplit d'émois.

    L'Apparition, scotchée : Gnhé ? C'est qui, elle ?

    Elle, c'est Carla B. Nous conserverons son anonymat ; sa position est en effet peu glorieuse.  Dans quelques années, elle pourra témoigner chez Jean-Luc Delarue dans son émission spéciale "Comment j'ai visité Disneyland avec mon mec et que c'était la première sortie qu'on faisait tous les deux".
    Carla chante, paraît-il, bien que peu de gens l'aient entendue. Elle passe également pour un très belle femme. En effet, elle a un temps servi d'idole aux greluches sur le papier glacé des magasines.
    Certains signes laissent en outre à penser qu'elle pourrait souffrir de sarkoïdite aiguë. La preuve, le signe pathognomonique ? Voyez comment elle regarde l'Homme d'Etat Viril... La tête tendrement posée sur l'épaule de Celui qui contemple Sa Vision de la France (SVDLF, aka UMP), Carla rêve. Elle repense à leur rencontre, à leur première sortie entre amoureux...

    Il faisait froid, c'était l'hiver. La foule se pressait aux portes de la ville enchantée ; les rires des enfants frémissaient dans le vent comme l'eau sous la caresse de l'aile de la preste hirondelle. Elle était venue avec son fils - elle l'élève seule, malgré les difficultés - avec sa mère, aussi. Elle attendait, sans trop savoir quoi, lorsque la foule s'est écartée, nouvelle mer Rouge sous les pas d'un Moïse moderne, et Lui est apparu.
    Il était beau comme un nain de Blanche-Neige, dans son petit costume coupé sur mesure à sa taille, ses petites chaussures, et son blouson bien chaud. Elle portait le manteau blanc copyrighté par Sainte Ségolène, et ses cheveux courts voletaient dans l'air lorsqu'elle souriait...
    Je le vis, je rougis, je palis à sa vue, expliqua-t-elle plus tard au téléphone à Meilleure Amie. Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ; je sentis tout mon corps, et transir et brûler.
    Bon, dit sans doute Meilleure Amie. Et après ?
    Après ? demanda Carla. A marcher chez Disney cinq minutes avec lui et r'garder les journalistes tant qu'y en a, parler du bon temps qu'est là, qu'on aura, en serrant dans ma main ses p'tits doigts. Pis donner à bouffer aux électeurs idiots, leur filer d'la croissance pour de faux, et entendre les rires qui lézardent les murs et surtout font les caricatures.
    Impressionnée, Meilleure Amie ne put que murmurer : Ouh là, c'est du sérieux, on dirait...
    Enthousiasmée, Carla s'extasia Y'a Nicolas qu'a dit qu'il m'aimait encore, et les journalistes ont dit que c'était pour la vie, et on va bientôt se marier !!! Les journalistes, ils ont même dit que si ça se trouve j'étais enceinte et que j'allais avoir un autre enfant !!!
    Oui, enfin, si j'étais elle je ferais plus confiance à madame Irma pour ça...

    Puis Carla a retrouvé son petit Nicolas avec sa Grande Vision de la France ; amoureuse, elle a incliné sa tête sur son coeur pendant qu'il contemplait sa propre grandeur, et le monde a chanté :

    Ils sont vraiment
    Ils sont vraiment
    Ils sont vraiment
    [censuré par l'Elysée]

    ...

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  • En direct de la savane d'à côté, à l'heure de l'apéro.

    Les lionnes coursent une antilope dodue juste comme il faut. Le petit peu de cellulite de son fessier alléchant promet un bon casse-croûte... La lionne en chef en feule d'envie et, d'un saut puissant, bondit sur l'échine de l'animal. Enfonçant ses crocs dans sa chair palpitante, elle achève l'antilope qui s'effondre sous elle.
    Les fauves s'assemblent maintenant pour le festin ; la viande, selon les morceaux, est de qualité variable, mais les visiteurs mangent de bon appétit sous l'oeil appréciatif de la lionne. Une fois repus, les fauves s'éloignent de la carcasse, encore charnue, lorsqu'une hyène famélique s'approche et vole un généreux quartier de viande. Le dos courbe, le regard faux, elle s'enfuit avec son butin, inaperçue des lions ; c'est la loi de la savane. Les charognards se nourrissent des restes de la table des chasseurs, et c'est normal ; ils reconnaissent
    eux-même ne pas chasser et se contenter de récupérer. Nul ne penserait que cette hyène misérable tenterait de faire croire que ce savoureux morceau venait d'un animal qu'elle avait elle-même tué.
    Et pourtant, la hyène puante a cherché à faire croire au peuple de la brousse qu'elle avait chassé et tué l'antilope... Les éloges ont plu, et l'hypocrite, indigne d'un tel trophée, a enflé, sous l'orgueil, comme la grenouille de la fable.

    C'est toute l'histoire du plagiat. Un pilleur, avide de reconnaissance, qui mourrait pour un instant de gloire, s'empare de textes et les fait passer pour siens. Il s'agit le plus souvent d'une personne médiocre, redoutablement médiocre, car c'est de ces mégalos incapables que naissent fiel et jalousie.
    Le portrait d'un plagieur ?
    Quelqu'un, de n'importe quel âge, qui a sans doute essayé d'écrire un jour. Ses textes n'ont jamais été appréciés, sans doute parce qu'ils sont mauvais, lourds et insipides, sans cette étincelle d'où naît la magie des mots. La hyène va dénigrer les écrits des autres, projetant son absence radicale de talent sur les défauts des autres. Si, par le plus grand des hasards, la hyène se révèle capable d'écrire en français, elle pourra réussir dans la critique littéraire, acerbe et fielleuse, qui caractérise certaines revues. A défaut d'avoir du génie, elle fera tout pour briser celui des autres... Aigrie et rageuse, elle sombrera longuement dans sa folie masquée, son désir de célébrité.

    Mais la hyène peut se révéler incapable d'aligner deux mots. Ses misérables productions d'autrefois étaient un paradoxe frappant ; pour elle, il s'agissait d'un roman d'amour et, pour les autres, d'un croisement entre les Nonsense Rhymes de Lewis Caroll et les délires les plus destructurés des surréalistes... Mais si, vous savez de quoi je parle ! L'ambiance oscille entre glauque et guimauve, mais il est difficile de deviner ce qui est sombre de ce qui est romanesque, puisque pas une seule phrase ne se tient debout. Les mots sont utilisés à contre-emploi sans que cela n'apporte quoi que ce soit au style, ce dernier se dissolvant derrière les théories fumeuses élaborées par l'esprit atteint de la hyène.
    On peut d'ailleurs ranger également dans cette catégorie les humoristes ratés qui enchaînent contrepèteries complexes et comparaisons sans saveur. Leurs textes présentent en général le degré d'humour d'une série Z tchécoslovaque sous-titrée en birman, et ne peuvent même pas figurer au palmarès de Nanarland.
    Eh oui, tout le second degré de l'univers ne peut suffire à transformer l'eau de vaisselle grasse du bouiboui du coin en Chanel numéro 5.

    Rongée au coeur par sa propre médiocrité, la hyène n'en conserve pas moins intacte sa soif inaltérable de célébrité. Ah, que l'on dise que ses textes sont brillants et pleins d'esprits, alors qu'il ne sont que faibles et creux ! Qu'on la reprenne même, qu'on la critique, mais qu'elle existe ! et que le monde sache qu'elle écrit...
    Mais la médiocrité des enfants de sa plume enflée d'orgueil est telle qu'ils ne récoltent même pas un "lol mdr tro pouri ton truc".
    Et la solution, peu à peu, se fait jour... La hyène empruntera les textes des autres. Dans son esprit, il ne s'agit pas d'un vol, enfin, presque, mais pas tout à fait... C'est en ligne, elle a le droit de se servir...
    Elle cherche alors des textes possédant ce qu'elle n'a jamais pu instiller aux siens, si jamais elle a d'ailleurs pris la peine de s'essayer à écrire. Ces textes, elle les réutilise alors sous son nom et croit mourir de joie lorsque les commentaires flatteurs affluent sur le forum.

    Mais quelle misère morale, Seigneur, peut pousser quelqu'un à usurper des louanges ? Quelle déchéance intellectuelle peut satisfaire un être humain de ces compliments qui se trompent d'adresse ? Comment peut-on tirer une satisfaction, aussi faible soit-elle, du fait de recueillir des louanges pour un copier-coller qui ne reconnaît pas l'auteur ?
    Mon Dieu, faut-il être bas dans l'échelle des êtres pour se prostituer et s'adonner à pareil charognage... Faut-il avoir soif de reconnaissance pour entreprendre ce métier de fangeux de l'écriture, de crève-la-faim de célébrité...
    Pour se complaire dans une telle situation, la hyène est sans aucun doute abjecte de nature. Car qui d'autre qu'un loqueteux de l'amour-propre peut galvauder ainsi son honneur pour un pauvre compliment ?

    Que justice soit faite et que la voleuse rende gorge, cela suffira. Il est inutile de chercher à punir un être aussi avili ; le châtiment est déjà dans la coupe. Car comment conserver une estime de soi lorsqu'il faut s'approprier les louanges d'un autre ? Commettre cet acte rabaisse au dernier rang la hyène, non seulement aux yeux des autres, mais aux siens propres. C'est la confirmation de sa médiocrité ; les autres pourront l'oublier, mais pas elle, et elle restera toujours ce charognard infâme qui a voulu faire passer l'antilope pour la sienne...

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