• Attention, c'est du lourd. Ce clip est particulièrement dangereux pour les âmes sensibles :




    Vous n'êtes pas obligés de regarder jusqu'au bout. C'est juste pour planter le décor du billet.

    Parce que j'en ai marre des machins pseudo-celtes à la Peter Jackson de kermesse de village. Merde, à la fin !
    Et ce clip est la quintessence de ce celticisme de merde qui me fait physiquement souffrir à chaque fois que je tombe sur un exemplaire. Il reprend tous les clichés, tous les grands thèmes des légendes d'Écosse, d'Irlande et de Bretagne, et en fait quelque chose d'effroyable (et je ne parle pas des qualités de chanteuse de la fille).

    Nous avons tout d'abord, très marquée, l'inspiration préraphaëlite. Les tableaux des peintres de ce mouvement sont presque tous magnifiques ; c'est le Moyen Âge vu à travers une loupe romanesque, avec une étude de la lumière, de la couleur et des détails qui est à chaque fois merveilleuse de délicatesse. De l'orientalisme à la sauce de l'Occident médiéval et du roman courtois. Dans le cadre du Celtic Revival de la fin du XIXe et du début du XXe siècle en Irlande (un peu moins en Écosse), le préraphaëlisme a été mis à contribution pour enjoliver l'histoire et les légendes du pays. Mélangé à l'Art Nouveau, tout ça a donné des illustrations et des dessins qui, pour pousser le bouchon un peu loin parfois, demeuraient a) des productions originales et b) relativement fidèles à cette chose insaisissable qu'on appelle l'esprit celte, et que personne n'a encore réussi à définir avec précision. C'était aussi bien la vision que les contemporains avaient de leur patrimoine historique et culturelle que celle qu'ils souhaitaient que les autres en aient.
    Sauf que là, dans ce clip qui n'est qu'un exemple parmi tant d'autres, c'est l'interprétation d'une interprétation (et en plus pas l'une des meilleures). Comme si la question du réalisateur n'avait pas été « comment faire quelque chose de celtique ? » mais « comment faire quelque chose qui ressemble à ce qui est inspiré des vrais trucs celtiques ? ».
    On retrouve tous les standards du préraphaëlisme : robe (en synthétique...) richement ornée, bijoux abondants, finement ciselés, longs cheveux en cascade, la barque au milieu des nénuphars et des iris (peut-être un clin d'œil à Ophélie qui est, rappelons-le, un personnage danois du très anglais Shakespeare, et donc tout sauf irlandocelte ?). Premier hic : pour faire plus riche, on l'a coiffée comme une Indienne. Attention, je n'ai rien contre les coiffures indiennes, mais juste aussi longtemps qu'elles restent dans Devdas et apparentés.
    Donc nous avons pour l'instant un mélange, pas encore toxique, d'Inde et de préraphaëlisme.

    C'est là qu'entre en scène le Beaugosse. Regardez-le, comme il est sexy. Cheveux mouillés, chemise mouillée, lèvres pulpeuses, musculature puissante, c'est Orlando Bloom dans Pirates des Caraïbes en plus vulgaire. Et, pour faire plus romantique, il est visiblement un humble pêcheur auquel la belle dame a donné son cœur. La petite fille riche maquillée comme un camion volé avec le viril homme du peuple, je suis sûre que ça a déjà été tourné en porno (règle n°34 — If it exists, then there is porn of it. Pas d'exceptions.).
    Là, ça commence à sentir le roussi, mais la coupe n'est pas encore vidée.

    L'Écosse et l'Irlande ont une longue tradition de chansons a capella. Je ne sais pas d'où ça vient pour l'Irlande, mais en Écosse, c'est suite au Dress Act de 1746 qui avait banni tartans, cornemuses, et violons (entre autres). Plus d'instruments de musique, donc on chante. C'est comme ça qu'est né le puirt a beul, un genre de chansons rapides destinées à la danse plutôt qu'à être écoutées. Et on ne compte plus les complaintes traditionnelles, généralement chantées par des femmes.
    Celle-là, brune à la peau claire, a le phénotype celte. Et elle chante. Là s'arrête la ressemblance. Ce n'est ni Karen Matheson, ni Mary Black, ni Eddi Reader, ni... n'importe quelle véritable chanteuse « celtique ». Parce que tadam, voici le scoop de la semaine : allez crapahuter du côté de l'Écosse, et les seuls articles labelisés « celtiques » sont dans les boutiques de souvenirs et clairement destinés aux touristes. Pas un seul véritable artiste ne dit faire de la « musique celtique ». Ils font de la musique écossaise, de la musique gaélique, ou de la musique irlandaise, selon leurs origines et la langue dans laquelle ils chantent, mais rien de celtique. Ce celtisme de pacotille a été fabriqué de toutes pièces à des fins commerciales et touristiques ; il a été façonné par le regard des étrangers à cette culture qui n'en veulent que le clinquant et le tape à l'œil. Ah oui, j'oubliais, le nom du groupe qui chante ça est Celtic Legend. Tout un programme.

    Dire qu'une femme brune à la peau claire qui chante (mal) une complainte dans les tons mineurs, la robe dans l'eau ou sur une barque au milieu des nénuphars est celtique, c'est comme dire qu'un homme moustachu, un béret sur la tête et portant, dans un cabas, un litron de rouge et une baguette de pain, est Français. C'est un raccourci qui donne la nausée. Les cultures irlandaises et écossaises sont tellement riches que les voir réduites à des éléments aussi anecdotiques est émétisant. Ce celtisme de pacotille, c'est une poignée d'éléments flashy retirés de la fin du XIXe siècle, conservés dans la naphtaline et remis au goût du jour à grands coups de Photoshop et avec tout le mauvais goût que l'argent (ou le désir d'argent) peut acheter.

    Alors vous allez me dire oui, d'accord, on te comprend, mais ceux qui n'en connaissent pas mieux, ça leur plaît...
    Nan, sans déconner ? Je ne m'en étais pas doutée ?
    Bien sûr que, si ça ne se vendait pas, ça ferait longtemps que Michael Flatley aurait arrêté de monter ses spectacles affligeants (sauf Riverdance. Depuis qu'il s'est barré et que les chorégraphies ont été reprises, c'est chouette. Kitsch, mais chouette, et surtout quels danseurs. Pas touche à Riverdance dans sa version de 2002.). C'est comme Windows Vista : c'est de la merde, mais les gens l'achètent. C'est ça, le pire : il y a un public pour ces scories bariolées.

    Sur ce, je vais retourner écouter les Transatlantic Sessions. Ceux qui ne connaissent pas, cherchez sur YouTube. Il y a des petites merveilles là-dedans. Et que du bon.

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  • En faisant un test àlakon sur Facebook, j'ai sélectionné une équipe de cinq personnages destinés à sauver le monde :
    • Gandalf
    • MacGyver
    • Marie Curie
    • Yoda
    • William Wallace

    Imaginons le scénario.

    Année 3601. La Terre est un désastre écologique ; le réchauffement climatique a détruit la moitié des espèces vivantes, l'atmosphère déborde de CO2 et de gaz toxiques, et l'apocalypse nucléaire menace, car la énième guerre mondiale achève de déchirer un monde où la guerre civile est devenue la règle...

    1°) Gandalf
    Il commencera par réunir un Conseil (équipe en plus de l'Équipe, devilish plan inside my choice, niark niark) qui fera le bilan du pourquoi et du comment, puis fera une conférence de consensus sur comment détruire le Grand Méchant Qui Va Finir De Détruire Le Monde.

    2°) MacGyver
    Armé d'un trombone, d'un rouleau de scotch et d'un flacon d'huile essentielle de mandarine, il neutralisera la menace d'apocalypse nucléaire et mettra KO les conseillers du Grand Méchant, les livrant pieds et poings liés à la justice internationale des mouvements de résistance locaux.

    3°) Marie Curie
    Pendant que ces messieurs s'occupent de politique, elle, elle va trouver comment dépolluer l'atmosphère, enrayer le réchauffement climatique, et rendre à la Terre sa diversité écologique. 

    4°) Maître Yoda
    Il enseignera le maniement de la Force à une équipe de Jedis triés sur le volet (deuxième équipe en plus de l'Équipe, je suis la reine de la sous-traitance) et sera le référent spirituel de tout ce petit monde. Lesdits Jedi mettrons fin aux guérillas en explosant à regrets la gueule de la moitié des gens, et en leur expliquant ensuite les bienfaits de la paix universelle.

    5°) William Wallace
    Il mènera les Jedis lors de la Grande Bataille Finale en hurlant à l'ennemi des insultes pipicaca. Ensuite, il fera un enfant à Marie Curie et se sacrifiera, permettant à MacGyver, Gandalf et Yoda, de mener le monde vers la paix et la liberté.

    FREEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEDOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOM !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!


    Plusieurs questions se posent alors :
    a) Pourquoi ne pas avoir recruté Chuck Norris ?
    Parce qu'il n'y a pas d'extraterrestres à défoncer. Les extraterrestres sont des gens gentils, beaucoup trop sensés pour se mêler de Terriens qui se tombent dessus à bras raccourcis. Exit les ET hostiles = exit Chuck Norris.
    b) Yoda et Gandalf ne font-ils pas double emploi ?
    Si. Mais du coup, ils se répartissent les charges. A Gandalf la planification de tout le tintouin et à Yoda la direction des opérations.
    c) Et pourquoi pas James Bond ?
    Parce que, dans ce futur lointain, il n'y aura ni James Bond girls, ni vodka-martini (c'est moi qui l'ait décidé). Donc les capacités de James Bond seraient réduites de 98% et en gros il ne servirait à rien.
    d) Et Bruce Willis ?
    Ta gueule. 

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  • L'anorexique entre en scène. Un pas en avant, et la lumière tombe sur elle. Immobile, petite et légère, elle se tient droite et attends. Après le temps d'un souffle, l'anorexique élève ses bras en couronne et danse. Son corps d'enfant famélique obéit encore et s'élance, porté par une musique belle et triste ; sous le costume et les lumières, il se fait oeuvre d'art et nul ne voit la maigreur - seule reste la danse. Des ombres courent au fond de creux qui ne devraient pas être, mais les reliefs secs de muscles nerveux accrochent, eux, la clarté puissante des spots - l'anorexique se fait sylphe, phalène, et courbe et étend ses membres pour danser. Sous les fards blancs et noirs, ses yeux, alourdis de nuit, brûlent son visage, et, au méplat de ses joues, perle la sueur. Son thorax se soulève plus vite, et les côtes qui percent sous le tissu blanc sont fines comme un squelette d'oiseau.
    C'est avec la Mort qu'elle danse, ardente promise, fiancée ingénue. Elle lui sourit et lui tend les bras, tandis que sa chair spectrale se durcit et l'arrache à la pesanteur. Elle ne voit point ses partenaires de danse, elle bondit, et son ossature fragile se tend à se rompre. Arabesques légères, pas de basque nerveux ; les figures de la danse font plier le corps de l'anorexique à sa volonté terrible. Là où la courbure de la taille devrait compléter la beauté se trouve le vide ; là où les tendres reliefs d'un bras doux devraient mimer les ailes, l'oeil bute sur une architecture de muscles et d'os. L'anorexique pivote en une pirouette sans que ses mollets ne gonflent et bondit, comme une biche, sans que ses fesses ne semblent la propulser. Ce sont des mains décharnées qu'elle tend vers son compagnon, mais elle sourit. Elle se sait belle, émaciée, le corps réduit à sa plus simple expression, maté par sa volonté tout comme un chien de cirque.
    Elle se sait belle, parée de claire lumière, et son regard étincelle.

    Le spectacle achevé, l'anorexique regagne sa loge. Elle marche dans les coulisses, maquillée, costumée, le corps chaud et souple, et paraît belle encore. Puis elle ferme la porte de sa loge et s'assied, papillon las.
    Elle enlève sa tunique, son collant et ses chaussons trempée de sueur, et la lumière crue des spots entourant le miroir tombe sur elle. Elle se regarde, nue, et sourit. Elle se voit sculptée par sa volonté, mince, légère, délicate, sublimée par son regard trompé. Elle ne voit pas le dessin cruel de ses côtes, de son sternum. Elle ignore le creux terrible d'un ventre où la peau tendue moulerait, pour un peu, les contours de ses viscères affaiblis. Elle ne perçoit pas la cruauté de ses seins absents, qui font de son torse le jumeau de celui d'un garçon miséreux. Ses cuisses, d'où la plus discrète molécule de graisse a été chassée à force de jeûne et d'ascèse, lui semblent juste bien - et pourtant, elles sont plus minces et plus faibles que le bras d'un homme.
    Dans son dos, les vertèbres sont prêtes à percer la peau, et son bassin semblent une structure incongrue - cet os qui devrait porter muscles arrondis et graisse harmonieuse fait l'effet, sous la peau tendue à se rompre par dessus des reliefs étranges, d'un cintre de fil de fer.
    Sa peau est sèche, fragile, recouverte d'un duvet malsain, et ses ongles mourants se brisent à la première sollicitation. Ses cheveux sont rares et ternes ; lorsqu'elle défait son chignon, c'est un long foin misérable qui s'en échappe.
    Maintenant, l'anorexique se démaquille. Elle ôte ses faux cils et nettoie les fards ; le gras du démaquillant luit pauvrement sur le misérable visage, hâve et creusé par une faim toujours niée. Sans le mouvement des yeux, cette tête semblerait le chef embaumé d'une créature affamée par ses ennemis. La peau grise et terne se colle aux os ; l'arcade zygomatique semble un schéma d'anatomie ; les orbites vides sont des puits d'ombre. Et les lèvres amaigries de l'anorexique s'étirent en un sourire terrible lorsqu'elle contemplent ce désert de corps qui est le sien. Elle n'a nulle conscience d'avoir dévasté son corps au-delà de ce qu'il pouvait supporter. Elle refuse d'entendre sa fatigue, son besoin de manger - ce que certains font pour combattre, en dernier recours, elle le fait pour... Pour quoi ? Ses raisons sont floues ; elle ne veut pas être grosse, elle préfère être affamée, malade, mourante, plutôt que d'avoir conservé la douceur d'un corps normal. Elle se voyait autrefois obèse ; elle est aujourd'hui, à ses yeux, parfaite. Elle compte les calories et les connaît par coeur - elle sait ce qu'elle ingère, et cherche à le perdre encore par des courses implacables et des douches glacées.

    Lorsqu'elle se rhabille, elle enfile de nombreux pulls et cherche à camoufler sa maigreur. On lui dit qu'elle est trop maigre, trop dénutrie, et qu'elle ne peut vivre ainsi longtemps, et cela, elle ne l'aime pas. Son corps n'est qu'à elle - qu'elle cache ce qui déplaît aux autres, tant que son propre esprit le trouve à son goût, après tout...

    Elle quitte enfin le théâtre et marche dans la rue, silhouette anguleuse, butée. Elle n'a pas entendu les prières de son corps et le refusera encore. Ce que tous veulent lui dire, elle ne l'entend pas - effroyable surdité ! Ce à quoi elle se soumet, si d'autres le lui infligeaient, ils seraient coupables de torture. Et même si parfois elle tente de se rebeller contre son esprit et de manger, les aliments se transforment en cendres dans sa bouche et elle repousse son assiette encore pleine. Elle ne peut se forcer à se nourrir, quand bien même elle le voudrait, sous peine de nausées et de malaise. Et ceux qui ont tenté de l'alimenter par les veines se sont heurté à un cuisant échec, refus glacé... La situation est sans issue, l'anorexique est prise au piège de son propre esprit.
    D'autres ont brisé la ronde mortelle et s'en sont échappés - elle leur a parlé, mais le secret, pourtant partagé, de leur fuite, est resté pour elle un mystère. 

    L'anorexique marche dans la rue sombre. Combien de temps son corps pourra-t-il la porter ? Combien de temps avant qu'elle ne s'écroule, épuisée ? Elle l'ignore et ne cherche pas à le savoir.
    Mais demain sera semblable à hier, faim et colère, corps contre esprit - et ce jusqu'au dernier de ses jours.
     

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  • Dieux merci, c'est fini !

    On va pouvoir à nouveau regarder la télé tranquilles. Même si les programmes de l'été combinent les vertus soporifiques du Lexomil à l'action émétisante d'un écureuil bouffé par les vers.
    Pour les gens qui n'aiment pas le sport, la retransmission massive des JO peut se résumer à quinze jours de souffrance lancinante. Indigestion de muscles en action. Overdose de sueur cathodique. S'il y a des gens qui aiment courir quarante kilomètres sous un soleil de plomb, tant mieux pour eux, qu'ils le fassent ! Et que celui qui court le plus vite en soit heureux. S'il y a des gens qui aiment patauger dans le chlore insalubre des piscines, laissons-les faire ! Ils ne font de mal à personne et s'amusent - quel est le mal à cela ? Si d'autres trouvent leur passion dans le combat au corps et la virile empoignade de deux organismes en sueur, qu'ils se soient libres de vivre leur passion ! Et ceux qui veulent battre le lapin Duracel au saut en longueur - hop hop hop hooôoop badaboum - doivent le faire, si c'est là que mène leur voie.
    Mais que les journalistes amateurs de records ne l'imposent pas au monde lassé, ennuyé, par le sport. Si les amateurs de corps aux limites de l'extrême doivent avoir le droit souverain de regarder sans participer, ceux que ça emmerde devraient pouvoir y échapper.
    Ce que j'aurai retenu des JO de Pékin ? Manaudou s'est pris une raclée - tant mieux, ses frasques ne feront plus la une. Un épéiste polonais a fait preuve d'une chevalerie discutée envers son adversaire blessé. Un Chinois a dû faire des excuses publiques après s'être ramassé un gadin à ce truc où il faut sauter les haies. Il paraît que la cérémonie d'ouverture était très belle. Point. Ah oui, et puis les multiples aventures de la flamme olympique, dont je me contrefoutais royalement. La Chine a les JO ? Tant mieux pour eux, et pourvu qu'ils aient beau temps pour les faire. Il ne faut pas chercher des noises aux monstres économiques et politiques - du moins, pas ouvertement. Le Tibet et les libertés individuelles méritent qu'on se batte pour eux. Mais les victimes du régime nazi auraient-elles bénéficié de l'annulation des Jeux de Berlin, en 1936 ? Je ne pense pas. Tout ça sans vouloir comparer la Chine de 2008 à l'Allemagne totalitaire d'il y a (pas assez) longtemps. Le sport est le combat du corps. L'engagement est le combat de l'âme. Ceux qui font l'un ne peuvent se consacrer à l'autre.

    Ahem. Je parlais de la torture olympique télévisuelle.
    D'accord, N'oubliez pas les paroles est plus futile que Un jour à Pékin. On n'y parle pas du combat sans fin des athlètes pour repousser leurs limites et donner le meilleur d'eux-mêmes. Mais merde, laissez-nous voir la météo avant le JT ! Voir quelqu'un suer et se tuer à l'effort m'a toujours mise discrètement mal à l'aise, et je trouve que regarder quelqu'un en train de fournir un effort physique est aussi impudique que la contemplation, pour l'éternité, d'un gamin de dix-huit mois en train de se faire nettoyer les narines au sérum physiologique. Vous pouvez respirer. Même, je vous le conseille.
    Et il y a le compte des médailles. Suzy en a plus que Julie, nanananèreuh !
    Puéril. Le jour où je serai intéressée par le nombre de médailles d'or gagnées par mon pays, ou n'importe quel autre, c'est sans doute que j'aurai remporté l'une d'entre elles. Et encore.
    Il y a tant d'orgueil national, dans ces Jeux ! Tant d'amour-propre gonflé à l'EPO et assimilés ! Non, décidément, le sport organisé me fait vomir. Le sport est une pratique individuelle ; chacun utilise son corps comme il l'entend. Voir ces représentants et politiciens se parer des plumes du paon pour crier, de leur voix de geai, la fierté que leurs compatriotes plus musclés leur inspire, m'emplit de dégoût. Certains s'étonnent et rechignent à ce que les sportifs se voient décerner la Légion d'Honneur, au même titre que ceux qui ont versé leur sang pour cette idée que l'on nomme la France. D'autres en sont enthousiasmés. Moi, ça ne me fait ni chaud ni froid ; c'est simplement la preuve que la vie est une lotterie, et que, pourvu que l'on soit au bon moment au bon endroit, tout peut arriver. Car un sportif ne sert pas son pays. Il ne sert que lui-même. Qu'un Français gagne ceci ou cela, c'est un évènement, certes heureux pour lui, mais qui ne peut que l'intéresser lui, et ses amis, bien sûr. En quoi cela touche-t-il à l'honneur ou au rayonnement d'un pays ?
    Ce qui m'amène, actualité oblige, à cette étreinte de la Russe et de la Géorgienne sur le podium. On dirait que ça a tiré la larmichette aux journalistes ; c'est vrai que c'est beau comme un bouquin de Marc Levy. Leurs pays, entités abstraites, sont en guerre. Et, par cette étrange alchimie de la culture et de l'éducation, elles savaient, de manière intuitive, que l'autre était l'Ennemi. Elles ont simplement prouvé qu'avant d'appartenir à un pays quelconque, elles étaient humaines. C'est peut-être le sport qui fait ça - comme en médecine, on y apprend qu'un être humain en vaut un autre, qu'il soit blanc, noir, russe, géorgien, prix Nobel ou dernier des cons. Et puis l'Ennemi est la personne la plus proche que l'on ait, après tout. Enfin bon, elles ont fait ce qu'elles ont voulu ; ce geste aurait dû rester dans la pudique sphère personnelle au lieu d'être placardé contre les yeux du monde entier. Encore une fois la faute des journalistes. Ce geste, qui aurait été sublime dans l'intimité, devient, une fois public, grotesque. Ces deux sportives ont prouvé qu'au final les politiciens sont des cons, mais ce n'était pas la peine de s'appesantir là-dessus. Le ressasser était indécent et, je le maintiens, bouffi de ridicule.
    Ah, les bons sentiments ! Je pourrais en écrire un livre... C'est l'un des plus gros défauts de notre humanité adolescente ; sans doute que le savoir et l'accepter avec la même bénévolence que les tourments des guerres est l'un des premiers signes de philantropie.

    Enfin, les Jeux sont finis. Les athlètes vont rentrer chez eux et se remettre au travail. Ceux qui suivaient leurs exploits avec délices et engouement vont se détourner du rêve et replonger dans les tâches des routines sombres. Quoi qu'on en dise, les Jeux sont porteurs de rêve - les sportifs réalisent les ambitions de ceux qui les soutiennent. Leur corps ne leur appartient pas ; il est à ceux qui, engoncés dans la sédentarité coutumière des mornes jours, rêvent d'atteindre les limites de l'humain. C'est sans doute pour cela que les Jeux déclenchent tant de passions - parce que ceux qui y participent ne concourent plus pour eux-mêmes ou leur pays, mais pour les myriades que leurs dons font rêver.
    Pour cela, pour éclaircir le quotidien languide et pâle des hommes tristes, qu'ils soient remerciés.

    Ce qui ne me dispense pas d'être contente que ce soit fini. Parce que moi, j'aime pas le sport.


    2 commentaires
  • J'aimerais profiter de cette humble tribune - offerte gratuitement par Eklaweb - pour demander pardon. Un très grand et très repentant pardon. Je suis infiniment désolée, mais alors mais à un point, vous ne pouvez même pas imaginer.

    Pardon à cette femme désespérée qui recherchait "comment aimer un dépressif". Savoir que vous avez quitté ces lieux sans apprendre comment gérer les crises de larmes et le blues de cet homme que vous aimez, et qui vous trompe probablement avec quelqu'un de plus gai (orthographe incertaine), obscurcit mon âme d'un sombre nuage. Savoir que vous avez écumé plus de dix pages de Googlage intensif avant d'atterir au milieu de vidéos des Capercaillie et de chanteurs de l'Altaï me fait sentir toute la détresse de votre âme blessée.
    Vous prendez bien un petit verre ?
    Pardon aussi aux visiteurs réguliers qui veulent "boire un coup à Stockholm" ou "sortir à Stockholm". Tenez, pour la peine, je vous offre un Talisker.

    Pardon (oui, il commence à y en avoir plus qu'en Bretagne, mais on fait ce qu'on peut) à celui ou celle qui se demandait ce que c'était qu'un "type de baiser inverse". Il ne l'aura pas appris ici, et me laisse avec cette question existentielle : kesséksetruk ???

    Pardon aussi aux lycéens qui ont Farenheit 451 et Les Fleurs Bleues à leur programme et qui cherchent des commentaires tout faits. Allez bosser, jeunes crétins, au lieu de glander devant l'ordinateur ! (auto-flagellation au passage).

    Et surtout, surtout,
    pardon à la personne - sans doute un homme - qui est arrivé sur ce blog en cherchant une "video de femmes nues qui baisse avec des mecs''.
    Vous ne pouvez pas savoir, monsieur, combien je regrette profondément que vous n'ayez pas trouvé pareille filmographie céans. Mon coeur saigne à l'idée de votre déception - qui dût être plus profonde que certaines gorges (du Verdon, bien sûr). Car enfin, vous étiez sans doute prêt, ô être lubrique, à caresser certaine partie de votre anatomie jusqu'à ce qu'extase s'en suive, et vous avez trouvé des cours de gaélique. Imaginer la stupéfaction de votre être, et sa molle transformation, me remplit d'une horreur sans nom.

    Et je vais vous laisser sur cette pensée profonde de cette grande philosophe de la vie qu'est Anne Roumanoff - à moins que ce ne soit Oscar Wilde, qui savait de quoi il parlait :

    "La société pardonne souvent au criminel, jamais elle ne pardonne au rêveur."

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