• Je trouve que c'est une immense connerie. Une telle journée ne peut que servir à donner bonne conscience à ceux qui en ont besoin.

    Qu'on se le dise : je ne suis pas une féministe militante. Pour moi, l'égalité entre hommes et femmes est d'une telle évidence qu'il devrait être inutile que des associations le rappellent à cors et à cris. A quoi bon faire interdire l'affiche d'un chanteur comme scandaleuse, alors que la page d'accueil d'un site de rencontres reprend le même concept que l'affiche, mais en pire ? Ah, on me dit dans l'oreillette que adopteunmec.com « joue sans complexe avec la marchandisation de l'homme ». Sans déconner ? Mais où est la différence avec l'affiche de Saez ? Et lui, au moins, ne fait pas des rapports amoureux un produit de consommation. 
    Alors qu'imaginez seulement le tollé que provoquerait un site identique, mais appelé adopteunemeuf.com ? On n'aurait pas fini d'entendre aboyer les chiennes de garde...

    Et pourtant, en ce huit mars, on a 'achement parlé de Damien Saez. L'égalité des sexes semble partie bien loin... Et on retrouve plutôt une sorte de galanterie à la place.

    Plouf plouf. 

    La Journée de la Femme est une arnaque qui ne devrait pas avoir cours. Instaurer et perpétuer une telle journée ne sert qu'à commémorer le souvenir de l'inégalité entre hommes et femmes. Ou alors je veux aussi une Journée de l'Homme. La Journée des Droits de l'Enfant existe déjà, c'est heureux. Mais je veux aussi une Journée des Vieux. Une Journée des Jeunes. Et toutes les combinaisons : journée des femmes jeunes, journée des vieux cons et celle des blancs-becs métrosexuels...

    Il y a cent ans, s'inscrire en médecine, pour une femme, était un exploit. Et faire autre chose de la pédiatrie ou de l'obstétrique une illusion. Il y a cinquante ans, les femmes commençaient seulement à infiltrer les facs de médecine. Aujourd'hui, il y a 80 % des filles dans les promos. Dans ma promotion de chirurgie, sur 18 internes, nous sommes cinq filles (si mon compte est bon).
    Et celui qui prononce l'immonde mot « chirurgienne », je le force à regarder le Patient Anglais en boucle.

    En effet, hélas, il paraît que ne pas féminiser un nom de profession est sexiste. Le monde est donc envahi d'écrivaines, d'auteures, et j'en passe. Mais à quoi bon créer à la pelle des néologismes pour désigner des métiers existant depuis des millénaires ? Le sexe de la personne l'exerçant importe-t-il au point qu'il soit vital d'en informer le monde ? Les gens ne sont pas cons, ils savent bien reconnaître un homme d'une femme quand ils en ont un ou une sous les yeux. Quand, de garde aux Urgences, je programme une consultation avec l'une des deux orthopédistes de l'hôpital, je leur dit qu'ils verront le chirurgien. Ils verront aussi qu'elle a une grande natte et que c'est une femme. 
    Le nom d'une profession ne désigne que la fonction, pas celui l'exerçant. C'est pour cela que j'ai moins de haine pour le snob maïeuticien, qui peut connaître les deux genres.

    Après, on me dit dans l'oreillette que le 8 mars sert à Combattre dans le Monde les Injustices Faites aux Femmes. 
    Un jour, il faudra qu'on m'explique pourquoi l'ouvrière surexploitée d'une fabrique de textiles en Amérique du Sud a plus besoin d'une journée à elle que l'ouvrier des mines de rubis birmanes.
    Un jour, il faudra qu'on m'explique pourquoi il est plus honteux de frapper une femme qu'un homme.
    Un jour, il faudra qu'on m'explique comment une Journée célébrée par les pays les moins sexistes au monde peut améliorer le sort des femmes excisées en Afrique et ailleurs. 

    Ne vaudrait-il pas mieux s'élever contre toutes les injustices, toutes les violences ?

    Celles à qui une Journée de la Femme servirait ne peuvent en bénéficier. Ce sont aux sociétés à évoluer d'elles-mêmes ; une célébration artificielle ne peut prendre si le substrat n'y est pas propice. 

    Le secret, je vais vous le dire, c'est qu'en France, aujourd'hui, une femme peut faire ce qu'elle veut. Elle peut choisir d'être libre. Elle peut aussi choisir de perpétuer les traditions. Mais elle a le choix. Socialement acceptable ou non, le choix n'en reste pas moins présent. Une femme, en France, en 2010, peut choisir d'être une greluche ou une universitaire. Elle peut choisir d'être militaire ou mère au foyer. Ou les deux à la fois. Ça ne veut pas dire que c'est facile. Juste que c'est possible, et que chacun est libre.

    C'est pour cela que je trouve la Journée de la Femme, en France, d'une vacuité complète. Celles à qui une journée d'action, une vraie (et pas une journée de reportages aux divers JT), profiterait, celles-là en sont coupées, socialement, culturellement. Et, en France, cela ne sert qu'à perpétuer vivace le souvenir d'une époque qui est, qui doit rester, révolue.

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  • Le service de communication de Paperblog m'a contactée ce soir, sans succès, pour eux. Pour moi, ce fut l'occasion de leur expliquer tout le bien que je pense de leur site. Vu que j'ai passé une heure à écrire le mail, et que cela vous prive, chers lecteurs, de l'article passionnant que je voulais publier ce soir, autant le partager avec vous, ça mettra les « Coups de griffe » à jour...


    Message de ***, envoyé par le formulaire de contact de stockholm.eklablog.com
    Sujet : Paperblog a remarqué votre blog "le blog de
    E-mail : ***@paperblog.com
    ------------------------------------

    Bonjour,

    Suite à la découverte de votre blog, je me permets de vous contacter car j'aimerais vous faire découvrir Paperblog, un service de diffusion dont la mission est d'identifier et valoriser les meilleurs articles issus des blogs.

    Pour vous faire une idée, je vous invite à visiter http://www.paperblog.fr. Si le concept vous intéresse, n’hésitez pas à proposer votre blog. Certains de vos articles pourraient sans doute intéresser les lecteurs de la thématique Santé, mais pas seulement, bien sûr, vu la diversité des thématiques que vous abordez ici.

    Parmi la masse d’informations créées chaque jour sur les blogs, il existe en effet des pépites difficilement accessibles pour le commun des internautes. Nous souhaitons donc donner une plus grande visibilité aux meilleurs articles. Pour parvenir à notre objectif, nous organisons ces articles pour les proposer aux bons lecteurs.

    En proposant votre blog sur Paperblog, chaque article sera associé à votre blog via un lien vers l’article original et associé à vous via votre nom et votre fiche Auteur. Certains de vos articles pourront également être mis en « coup de cœur » Paperblog par l’équipe éditoriale (qui essaie d’en mettre 1 à 2 nouveaux par jour et par thématique).

    En espérant vous retrouver sur Paperblog, je me tiens à votre disposition pour toute question, remarque ou suggestion.

    Bien cordialement,

    ***
    Responsable communication




    Bonjour,

    Merci de m'avoir contactée au sujet de Paperblog, cela fait toujours plaisir. Toutefois, je ne soumettrai pas mon blog à votre plateforme, pour diverses raisons. J'ai, il y a quelques temps, placé mon blog sous licence Creative Commons BY NC ND ; les conditions d'utilisation de Paperblog me semblent hélas aller à l'encontre de cette licence, à laquelle je suis attachée, tant par la liberté qu'elle offre à l'internaute que par la qualité du contrat moral le liant au blogueur.

    Tout d'abord, je regrette grandement le manque de visibilité des liens vers les articles originaux. Je ne souhaite nullement que mes articles soient repris sous une mise en page suggérant à l'internaute n'aimant pas lire les petits menus sur les côtés (et, soyons honnêtes, c'est le cas de beaucoup) que Paperblog est mon hébergeur. Mon blog est hébergé par EklaBlog, et c'est là que j'écris. En l'absence d'un lien très visible en début d'article vers mon blog, je n'estime pas les conditions de transparence remplies afin de satisfaire à la licence CC. De plus, les commentaires laissés sur Paperblog ne sont en aucune façon relayés sur le véritable blog, ce qui est plus que peu pratique.
    Et lorsque l'on rajoute le fait que Google offre la primeur de la référence aux reprises de Paperblog sur les articles originaux (probablement en raison du grand nombre de visites sur Paperblog), allant jusqu'à considérer les billets originaux comme de vulgaires doublons, je trouve que Paperblog est plus qu'éloigné dans son concept de sites comme Digg. Tout l'intérêt des « Digg-like » réside dans le partage rapide, facile et efficace de billets populaires, avec un référencement limpide vers le site d'origine. Paperblog, à l'instar de certains autres sites que j'estime peu, se nourrit de ce que d'autres écrivent et hébergent sans pour autant fournir de contrepartie en termes de référencement dans les moteurs de recherche. C'est regrettable, car l'idée de partage équitable est au cœur même de la notion de web 2.0.

    Ensuite, les conditions générales d'utilisation de Paperblog me paraissent — pardonnez-moi l'expression — abusivement totalitaires. Céder mes droits à Paperblog pour toute la durée de la protection littéraire et artistique, soit 70 ans après ma mort, et ce pour toute utilisation, quelle qu'elle soit, que Paperblog souhaiterait en faire un jour ? A ce compte-là, autant chercher un éditeur... même leurs contrats sont moins désobligeants pour l'auteur. C'est tout de même ce qui se rapproche le plus d'un contrat d'exclusivité sans oser en être un. Où est donc ici la liberté de diffusion et de partage de ma licence CC ?

    En outre, le fait que Paperblog héberge de la publicité me dérange. Je conçois qu'il vous faut payer des frais d'hébergement, ainsi que le personnel, les serveurs informatiques, ordinateurs et machines à café, et il est plus que légitime de souhaiter gagner sa vie en faisant ce que l'on aime ! Mais lorsqu'un site regroupe des contenus créés de manière gratuite et désintéressée, et cherche à en créer des bénéfices — ma foi, la vive polémique suscitée par cette ancienne suggestion de publicité sur Wikipédia devrait suffire à montrer que l'internaute est animal sensible à ce sujet. Et je revendique un triste conformisme en ce domaine.
    En effet, Paperblog se démarque des Digg-like par sa reprise intégrale des articles. Il s'agit de réutilisation pure et simple de contenu, bien qu'avec l'accord de l'auteur. En tirer bénéfice me semble se rapprocher douloureusement de l'éthique des maisons d'édition à compte d'auteur, qui font miroiter la gloire sans espoir de retour financier. Bien qu'il ne soit pas question, ici, de rémunérer l'auteur, et que l'argent ne vienne pas de lui, mais des régies publicitaires, le concept est hélas voisin à mes yeux. Et frise trop une utilisation commerciale à mon avis.

    Paperblog prétend ouvrir une porte vers la notoriété, mais c'est au prix de l'abdication de trop de valeurs auxquelles je tiens. La création sur internet est un vivier foisonnant qui mérite la liberté de partage. Paperblog est pour moi une abdication de cette liberté, ainsi qu'une tentative de récupération financière d'un travail désintéressé. Je ne rejoindrai donc pas votre communauté, mais je lui souhaite de tout cœur une évolution positive vers des idées plus en adéquation avec l'avenir du web.


    Bien cordialement,

    ** ***, aka Stockholm

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  • Il y a des fois, dans les repas de famille, j'aimerais avoir choisi une autre voie que la médecine. Genre les Beaux-Arts ou le paysagisme. Ça éviterait des sujets de conversation pour le moins embarrassants.

    Parce que, dès que quelqu'un a table a eu des ennuis de santé dans les trente dernières années, ou dès que les dernières frasques de notre Roselyne B-N sont à l'affiche de la conversation, c'est l'avis de l'étudiant en médecine qu'on demande. A noter que mon cousin vétérinaire se plaint exactement de la même chose, mais que j'envie grandement sa possibilité de botter en touche en répondant : Ah, mais moi je soigne les animaux, la médecine humaine, j'y connais rien. Ceci dit, ça doit bien faire vingt ans qu'il a son diplôme de véto, et depuis vingt ans on lui demande toujours son avis, donc la parade n'est pas invincible.

    Afin de vous sensibiliser à la chose, vous mes lecteurs non-médecins, et pour tenter de faire rire les padawans comme les maîtres Jedi qui me lisent, voici le compte-rendu fidèle d'un repas de famille qui s'est tenu voici quelques mois.

    Personnages :
    Vieux cousin jovial (VCJ), voisin de table de Stockholm et seigneur des lieux
    Stockholm, DCEM4 (à l'époque)
    Divers membres de la famille étendue

    Décor :
    Une salle à manger dans un pavillon, à la campagne. Un chat dans une corbeille dehors, derrière la porte-fenêtre, au fond à droite. A l'opposé, porte menant vers la cuisine et les toilettes.

    Temps :
    Après l'apéritif, au moment du passage à table. La compagnie est joyeuse, en raison du plaisir de se retrouver, mais aussi du muscat, du Martini et du 51.

    VCJ : Stockholm va s'assoir à côté de moi, et sa maman en face de moi, que je profite un peu de leur compagnie, elles viennent de si loin.

    Stockholm s'installe, mal à l'aise et se doutant de ce qui va suivre, parce que c'est déjà arrivé. 

    VCJ, prenant la salade : Alors comme ça tu vas être interne ? A partir de quand ?

    S
    :  A partir de novembre. Oh, elle a l'air bonne, cette salade, c'est des gésiers ?

    Épouse du VCJ, de loin : Oui, ils viennent du marché !

    S
    : Super !

    VCJ
    : Ah, mais moi je connais bien les hôpitaux, j'y ai passé pas mal de temps ! Té, je vais te raconter quelque chose, que tu saches ce que ressentent les patients. Alors quand j'ai eu ces douleurs dans la poitrine en montant les escaliers, ils m'ont passé la coronographie...

    S
    : Ah ouais, carrément !

    VCJ
    : Eh oui ! Et ils ont découvert que j'avais trois artères coronaires, alors que les gens n'en ont que deux !

    S, qui entend l'histoire pour la quinzième fois depuis sa P1 et a la bouche pleine de salade de gésiers
    : Ahan ! Quand même !

    Autre cousine
    : Ah, mon Lévothyrox ! (Prend le médicament avant de reprendre) Dis-moi, Stockholm, tous les combien est-ce qu'il faut faire la TSH ?

    S
    : Euh... quand ton médecin traitant le demande ? Tu sais, j'en sais rien, je veux faire de la chir... 

    Époux de l'autre cousine
    : Ah, la salade de gésier, j'en ai mangé, pendant qu'elle était à l'hôpital et qu'on lui enlevait la thyroïde ! C'est compliqué, comme opération ?

    S
    : Euh... Je suis qu'en D4, hein... Mais enfin ça dépend des fois, si c'est un nodule, un goître, et pis de l'anatomie du patient...

    VCJ, qui ne va pas laisser la conversation échapper à son contrôle
    : Est-ce que tu fais des choses, de temps en temps ?

    S
    : Oui, je fais des sutures, pis aussi des plâtres...

    VCJ, catégorique
    : Est-ce que tu sais poser les sondes urinaires ?

    S, prise de court
    : Euh... J'en ai posé au bloc, enfin le patient dormait, pis j'ai fait que deux ou trois fois, mais je maîtrise le concept épistémologique de la pose de sonde urinaire.

    VCJ
    : Ah, parce que quand j'ai eu ces problèmes de hernie discale en 1992, j'ai été opéré à la clinique Biduletruc et après, je n'arrivais plus à uriner. J'avais envie, mais je ne pouvais pas.

    S, qui sent comment ça va tourner parce qu'elle se rappelle vaguement ce passage des annales familiales
    : Whoa, cousine, comme il sent bon ton magret !

    VCJ
    : Alors on m'a posé une sonde urinaire.

    S, paniquant
    : Cousin véto, tu peux me passer l'eau, s'il te plaît ? Quelqu'un a soif ?

    VCJ
    : Et après je m'autosondais. Je suis très fort pour me sonder. Je l'ai fait longtemps. Tu sais comment on fait ? 

    Les personnages restent figés ; la lumière décroît, sauf une douche au-dessus de Stockholm, qui se lève et hurle longuement :

    S : Je m'en fous de savoir comment tu faisais pour te sonder !!! On est à table, putain de bordel de putes à ressort !!! OK, je ne sais pas sonder les hommes, mais tu es mon putain de cousin et pas mon senior !!! Le jour où j'aurai envie d'apprendre à sonder, je demanderai à quelqu'un de m'expliquer, mais ce sera un senior ou un interne, et on sera tout sauf en train de manger du magret, merde !!! Ça fait trois heures que j'essaye de te faire comprendre poliment que j'en ai rien, mais absolument rien à fiche du récit par le menu de tes antécédents !!! A chaque fois, c'est pareil, tu te fous à côté de moi et tu me pourris le repas à me parler de tes putains d'angor, de prostatectomie, de cholestérol et de hernie discale opérée quand j'étais en CE1 !!!

    Stockholm se rassied ; la lumière redevient normale et l'animation du repas reprend son cours. Durant la tirade suivante, Stockholm va devenir de plus en plus rouge et se tasser sur sa chaise en regardant désespérément le magret en train de refroidir dans son assiette.

    VCJ, mimant au fur et à mesure : Alors c'est pas bien difficile, il faut d'abord décalotter et faire entrer la sonde euh... dans le trou. Alors il faut aller tout droit en tenant... euh... enfin tu vois, en tenant tout horizontal, mais bien horizontal, sans la lever. Puis à un moment on bloque sur un obstacle, et c'est la prostate, alors il faut, euh, tout passer vertical, tout droit, enfin comme ça tu vois. Après il faut la rabaisser comme au début, comme ça, et continuer de pousser jusqu'à ce qu'il y ait de l'urine qui sorte. Et il ne faut pas oublier de... euh, recalotter quand on a fini.

    RIDEAU



    Je jure que c'est vrai, et qu'il me l'a raconté comme ça, en mimant et tout. Je ne sais pas si je dois être reconnaissante qu'il n'ait pas osé prononcer les mots
     méat et pénis à table.

    Tout ça pour dire, ayez pitié de l'étudiant en médecine, de l'interne ou du médecin de votre famille, et ne vous mettez pas à raconter les détails de votre intimité à table. Par pitié.

    Et si l'appel à la pitié ne marche pas, dites-vous que Dieu tue un chaton à chaque fois que vous le faites. Et qu'en cas de récidive, Il va s'attaquer à vos neurones et vous donner le cancer. 

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  • Au sortir d'une garde, je sens le poney. Ou le fennec. Ou le chacal. Ou les trois à la fois.
    Et j'ai faim et sommeil. Autant dire que je ferais fuir un gobelin des monts Brumeux.

    J'ai donc trois impératifs urgents : me laver, dormir et manger. Difficile de choisir un ordre, mais je commence en général par un solide petit-déj', parce que sinon j'aurai trop faim quand je me réveillerai à deux heures de l'après-midi.
    Et ensuite, je dors. Un black-out de quelques heures pour récupérer, il n'y a que ça. Puis quand on dort, on ne se sent pas. 

    Ce n'est qu'une fois réveillée que je m'adonne à un plaisir inavouable en ces temps d'écologie : un bon bain moussant bien chaud parfumé au thé vert ou au pamplemousse, selon l'inspiration du moment. Le reste du temps, je ne prends que des douches, à cause de la progression du désert en Afrique, et parce que j'aime ça (la douche, pas le désert, où il fait trop chaud pour moi). Mais au sortir de garde, la seule chose que j'aime, la seule dont j'anticipe le plaisir, c'est ce bain.
    Et ce bain moussant, pour moi, c'est le summum de la civilisation occidentale.
    Parfumer de l'eau chaude de manière subtile et rafraîchissante, inventer une substance capable de produire des tas de bulles partout, et le tout à seule fin hédoniste, égoïste, et profondément inutile, pour moi, c'est le luxe et la technologie tout à la fois. Quand je sors de garde, si vous me donniez à choisir entre ce bain et le dernier MacBook Pro, je prends le bain (message caché : Apple, offrez des bains moussants avec vos ordinateurs). Et de très très loin.

    Il faut dire que le plaisir qu'il y a à se glisser dans cette eau est tellement chouette qu'il devrait être interdit. C'est quitter sa défroque de saleté et de restes de fatigue pour entrer dans le monde charmant et délicat des instituts de beauté, où tout sent bon, où la lumière dorée est douce, et où les femmes ont toutes été retouchées sous Photoshop. Le bain moussant, à cet instant, c'est une part de rêve à l'état brut. C'est le monde tel qu'il devrait être, sans crasse, rien qu'en raffinement — heureusement d'ailleurs que le monde n'est pas comme ça, parce qu'on s'ennuierait sec.
    Arg, vous voyez, quand je parle de bains moussants, je n'arrive même pas à jurer ni à écrire comme une harengère pour retrouver les champs lexicaux un peu naïfs et surannés de mon adolescence.

    Non, prenez-moi les masques à l'argile, les peelings, les shampooings qui devraient vous donner les cheveux de la fille de la pub, prenez-moi... euh, non, pas le dentifrice ni le savon, ni la crème hydratante, quand même. Ah oui, prenez-moi l'eye-liner (je ne m'en sers jamais, de toutes façons), le blush et le gloss... mais laissez-moi mon bain moussant post-garde !

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  • J'aime beaucoup Faust de Gounod. Le seul problème, c'est que les librettistes... comment dire, ils ont, parfois, fait preuve d'un certain laisser-aller.

    Il faut dire ce qui est, le bon docteur Faust a l'une des techniques de drague les plus pourrites qui soient. Et, par malheur, quand il a une ligne pitoyable en bouche, c'est très souvent à un moment où la musique est particulièrement belle. Comme si Gounod, en lisant le truc, s'était dit qu'il fallait faire quelque chose pour que les gens dans la salle ne remarquent pas le texte.

    Plantons d'abord le décor, pour ceux que la performance de la Castafiore avait à tout jamais dégoûté d'écouter Faust.
    Faust est ce qu'il convient d'appeler un vieux geek, qui a perdu sa belle jeunesse à bosser comme un D4 trois semaines avant l'ECN (sauf que lui l'a fait pendant trente ou quarante ans). Maintenant qu'il est vieux, il se retrouve tout seul comme un con (bé oui, à l'époque, Internet n'existait pas et il ne pouvait pas se rendre à des IRL avec ses semblables) et se dit qu'il a raté sa vie. Qu'il aurait mieux fait d'aller boire le samedi soir et de courir les filles. Que la vie est une chienne et, dans un accès de lyrisme enragé, il maudit tout ce qui existe, depuis l'amour jusqu'à l'espoir en passant par « toutes les passions humaines ». Sérieusement, c'est un passage saisissant de puissance lyrique.
    Bref, Satan (qui n'a jamais l'oreille dans sa poche) débarque et offre à Faust de lui donner tout ce qu'il regrettait si amèrement cinq minutes avant. Faust est dubitatif, mais signe finalement des deux mains après que Méphisto lui ait montré une vision de Marguerite, jeune, belle et pure, à sa toilette.

    Et donc, Satan va se faire l'entremetteur entre le ténor et la soprano. Disons tout de suite que ce n'est pas gagné.
    Faust, jeune de corps, mais vieux d'esprit, n'a visiblement pas approché une femme depuis deux décades. Marguerite possède la tournure d'esprit purement naïve des jeunes filles de la bourgeoisie du Second Empire.



    Faust approche donc Marguerite. Et se prend le plus beau râteau de l'histoire de l'opéra (voire de l'Art en général) :
    -  Ne permettrez vous pas, ma belle demoiselle, qu'on vous offre le bras pour faire le chemin ?
    - Non, monsieur. Je ne suis demoiselle ni belle, et je n'ai pas besoin qu'on me donne la main. 

    Faust bat donc en retraite, la queue entre les jambes, prêt à retourner à ses bouquins.

    Entendant ça, Satan constate, philosophe, qu'à ces amours il va falloir prêter secours. Et comment ! Sans Méphistophélès, point d'opéra. Personnage d'une immense intensité dramatique, il planifie et manipule avec la même facilité (et toujours à mauvaise fin, ce qui ne gâche rien). Comme il s'agit du Diable, tout de même, il n'y a pas eu de censure à apporter ; il est le Mal incarné, conduit les hommes et les femmes à leur perte en passant par la case luxure, sans nuance sympathico-larmoyante. Pas de crise de foi de dernier moment, par exemple.
    Sans lui, il faudrait écouter Faust en arménien ancien, parce que l'histoire ne serait pas écoutable dans une langue intelligible. Heureusement, il compense les concessions à l'esprit du public des salles de la fin du XIXe siècle, j'ai nommé Valentin (le frère de Marguerite, que quand Faust le bute en duel, j'applaudis des deux mains et je crie bien fait).

    Mais je disgresse. 

    Faust s'est donc pris le râteau de sa vie. Méphisto, bien décidé à lui rattraper le coup, l'amène devant la maison de Marguerite ; ayant cerné le caractère de la demoiselle, il laisse Faust chanter seul une superbe cavatine pendant qu'il va chercher les fameux bijoux.



    Coupons court, les bijoux font leur effet et Marguerite redonne aux râteaux une fonction exclusivement jardinière pour écouter d'une oreille attendrie les déclarations de Faust.
    - Eh quoi, toujours seule ?
    - Mon frère est soldat ; j'ai perdu ma mère. Puis ce fut un autre malheur : je perdis ma petite sœur. Pauvre ange ! Elle m'était bien chère. C'était mon unique soucis... Que de soins, hélas, que de peines ! C'est quand nos âmes en sont pleines que la mort nous reprend ainsi ! Sitôt qu'elle s'éveillait, il fallait que je fusse là... Elle n'aimait que Marguerite ! Pour la voir, la pauvre petite, je reprendrais bien tout cela [sous-entendu les bijoux].

    Vous aurez donc compris que Marguerite ne s'est toujours pas remise de la mort de sa sœur, qu'elle la pleure nuit et jour, etc etc. De la part d'un homme attentionné, ça mérite quelques mots de consolation.
    Quand j'écoute la scène, j'ai l'impression de voir Faust regarder le bout de ses chaussures, réfléchir un brin, se dire qu'il fallait parler sinon ça fait tarte, frotter le bord de sa semelle droite contre sa cheville gauche, respirer un grand coup et lâcher :
    - Si le Ciel, avec un sourire, l'avait faite semblable à toi, c'était un ange, oui, je le crois ! 
    Sans déconner ?
    Elle te parle de sa sœur qui est morte, et tu lui sors le compliment bas de gamme qui pue des pieds ?



    Heureusement, Marguerite est une gentille oie blanche qui va à la messe trois fois par jour. Et, de manière encore plus heureuse, le duo d'amour que lui chante Faust a une musique à faire tomber raide la femme la plus à cheval sur les bienséances de la séduction. Même en se disant que les échanges précédents font de Faust un potentiel « même pas dans tes rêves », la musique de ce duo replace le bon docteur en tête de course, loin devant Roméo himself, sans même parler d'Alfredo voire, même, d'un condensat de tous les Casanova qui furent, sont et seront.

    (NSFW, vous êtes prévenus)


    Après avoir chanté ce long duo d'une beauté à glacer le sang, le genre qu'on a envie de mourir après, surtout quand c'est Gheorghiu et Alagna qui chantent, Marguerite décide d'effeuiller une fleur afin de savoir si son Faust l'aime ou non.
    Là encore, je vois bien Faust, dans ses petits souliers, la regarder faire en se demandant ce qui arrivera si la fleur dit qu'il ne l'aime pas. Comme celui qui ne peut voir, sans anxiété, sa greluche de copine envoyer un SMS surtaxé pour s'assurer de sa fidélité. Et il est tellement soulagé du résultat qu'il déclame sans honte :
    - Oui !... crois-en cette fleur éclose sous tes pas ! Qu'elle soit pour ton coeur l'oracle du Ciel même ! Il t'aime ! Comprends-tu ce mot sublime et doux ?
    Invoquer le Ciel dans ce domaine alors qu'on reçoit justement l'aide du Démon, respect, il faut avoir de l'estomac. Puis il dégage parce qu'elle le lui demande. Ce qui est poli. Mais ne fait pas l'affaire de Faust, qui ne veut pas de la politesse ni de beaux sentiments, mais juste qu'ils partagent une nuit d'amour enfiévrée pour faire un petit enfant que Marguerite, folle d'avoir été abandonnée par Faust, va tuer. Mais pas avant que Valentin n'ait été tué par Faust, parce qu'il y a une justice en ce bas monde.
    Toutefois, n'anticipons pas.

    Marguerite est donc allée se coucher seule. Méphisto prend Faust par derrière et lui glisse à l'oreille :
    - Tête folle !
    - Tu nous écoutais ?
    lance Faust, un peu défiant, et mécontent d'avoir eu un témoin de son caractère de gentleman (et de son manque de don juanerie, puisque don Juan n'aurait pas lâché l'affaire tant qu'il n'aurait pas été dans le lit de Marguerite et que Méphisto l'entraînait justement à être le don Juan de ces dames). 
    - Par bonheur ! réplique Satan. Vous auriez grand besoin, docteur, qu'on voit renvoyât à l'école !
    Il se gausse, Méphisto, et avec raison. En faisant rester Faust cinq minutes de plus, il s'assure que la nuit sera trop courte pour les deux amants, et que le miel n'aura jamais coulé avec autant de magnificence dans les oreilles des spectateurs. Tout le monde est content, rideau, fin du troisième acte.

    Les deux derniers actes sont du niveau du duo d'amour. En coupant au montage, bien sûr, le chœur des soldats (quel censeur débile a donc insisté pour ce morceau de patriotisme franchouillard aussi tonitruant qu'inutile ? Qu'il soit maudit et voué à écouter Dessay chanter la Traviata), et le second air de Valentin, dans la même veine que le premier.

    La séduction est finie ; Faust n'a plus de bourdes à commettre, et Satan se révèle le personnage central de l'action.

    Il me faut pourtant rajouter que le courage de Faust, dans le dernier acte, rachète amplement ses errements de séducteur godiche. Il brave Méphisto pour tenter de sortir Marguerite de sa prison, où, folle, elle va être exécutée pour avoir tué son enfant. Les mots que Barbier et Carré placent alors dans sa bouche sont touchants et simples ; cela rachète un peu les fantaisies chargées, très Second Empire, des trois premiers actes.

    Notez au passage qu'Angela fait très bien la schizophrène.


    Qu'on ne me fasse pas dire ce que je n'ai pas dit. Faust est peut-être le seul opéra que j'écoute régulièrement en entier.
    C'est comme certains films : on les adore, on les connaît par cœur, mais quelques répliques distillées sur les trois heures font grincer des dents, qu'on le veuille ou non. 

    (Les vidéos sont toutes extraites de la production de Covent Garden, starring Angela Gheorghiu, Roberto Alagna et Bryn Terfel. La meilleure. Et fuck Callas. Disons seulement qu'Alagna réussit la performance de transformer les quelques répliques idiotes qui lui sont allouées en séduction canaille à l'italienne, ce qui est bien sûr irrésistible. Saluons également l'exploit de mon couple préféré, qui réussit à chanter tous les duos d'amours en s'embrassant et s'enlaçant comme s'ils étaient tous seuls dans leur salon. Respect. Ils me vendent du rêve, ces deux-là. Et tenez, parce que je vous aime bien, la vidéo de la scène de l'église, où Marguerite veut prier après avoir été abandonnée par Faust).



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