• Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire
    J'ai vu tous les soleils y venir se mirer
    S'y jeter à mourir tous les désespérés
    Tes yeux sont si profonds que j'y perds la mémoire

    À l'ombre des oiseaux c'est l'océan troublé
    Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent
    L'été taille la nue au tablier des anges
    Le ciel n'est jamais bleu comme il l'est sur les blés

    Les vents chassent en vain les chagrins de l'azur
    Tes yeux plus clairs que lui lorsqu'une larme y luit
    Tes yeux rendent jaloux le ciel d'après la pluie
    Le verre n'est jamais si bleu qu'à sa brisure

    Mère des Sept douleurs ô lumière mouillée
    Sept glaives ont percé le prisme des couleurs
    Le jour est plus poignant qui point entre les pleurs
    L'iris troué de noir plus bleu d'être endeuillé

    Tes yeux dans le malheur ouvrent la double brèche
    Par où se reproduit le miracle des Rois
    Lorsque le coeur battant ils virent tous les trois
    Le manteau de Marie accroché dans la crèche

    Une bouche suffit au mois de Mai des mots
    Pour toutes les chansons et pour tous les hélas
    Trop peu d'un firmament pour des millions d'astres
    Il leur fallait tes yeux et leurs secrets gémeaux

    L'enfant accaparé par les belles images
    Écarquille les siens moins démesurément
    Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens
    On dirait que l'averse ouvre des fleurs sauvages

    Cachent-ils des éclairs dans cette lavande où
    Des insectes défont leurs amours violentes
    Je suis pris au filet des étoiles filantes
    Comme un marin qui meurt en mer en plein mois d'août

    J'ai retiré ce radium de la pechblende
    Et j'ai brûlé mes doigts à ce feu défendu
    Ô paradis cent fois retrouvé reperdu
    Tes yeux sont mon Pérou ma Golconde mes Indes

    Il advint qu'un beau soir l'univers se brisa
    Sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent
    Moi je voyais briller au-dessus de la mer
    Les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa

    Louis Aragon (1942)


    Encore un poème qui m'a fait rêver, adolescente... Aragon, maître des images conjurées depuis nos songes...

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  • ... n'est pas de ce monde, je le sais. Quoique ?

    « La perfection est atteinte, non pas lorsqu'il n'y a plus rien à ajouter, mais lorsqu'il n'y a plus rien à retirer. »

    Antoine de Saint-Exupéry

    Thingvellir


     Bright summer night in Iceland, photographie de J. Fr. Thorsteinsson (site de Thingvellir, Islande)

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  • « Sois humble, car tu es fait de boue ;
    Sois noble, car tu es fait d'étoiles.
    » 

    Proverbe à la saveur orientale 

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  • Je combattrai pour la primauté de l'Homme sur l'individu — comme de l'universel sur le particulier.
    Je crois que le culte de l'Univers exalte et noue les richesses particulières — et fonde le seul ordre véritable, lequel est celui de la vie. Un arbre est en ordre, malgré ses racines qui diffèrent de ses branches.
    Je crois que le culte du particulier n'entraîne que la mort — car il fonde l'ordre sur la ressemblance. Il confond l'unité de l'Être avec l'identité de ses parties. Et il dévaste la cathédrale pour aligner les pierres. Je combattrai donc quiconque prétendra imposer une coutume particulière aux autres coutumes, un peuple particulier aux autres peuples, une race particulière aux autres races, une pensée particulière aux autres pensées.

    Je crois que seule la de l'Homme fonde la seule Égalité et la seule Liberté qui aient une signification. Je crois en l'égalité des droits de l'Homme à travers chaque individu. Et je crois que la Liberté est celle de l'ascension de l'Homme. Égalité n'est pas Identité. La Liberté n'est pas exaltation de l'individu contre l'Homme. Je combattrai quiconque prétendra asservir à un individu — comme à une masse d'individu — la liberté de l'Homme.

    Je crois que ma civilisation dénomme Charité le sacrifice consenti à l'Homme, afin d'établir son règne. La charité est don à l'Homme, à travers la médiocrité de l'individu. Elle fonde l'Homme. Je combattrai quiconque, prétendant que ma charité honore la médiocrité, reniera l'Homme et, ainsi, emprisonnera l'individu dans une médiocrité définitive.

    Je combattrai pour l'Homme. Contre ses ennemis. Mais aussi contre moi-même.



    Antoine de Saint-Exupéry, Pilote de guerre (1942)

    (Et comme à chaque fois que j'ai fini un livre de Saint-Exupéry revient le leitmotiv : « Quelle horreur qu'il soit mort si jeune... » Je pleure tous les mots qu'il n'a jamais assemblés.)

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  • Good night, sweet prince, and flights of angels sing thee to thy rest.


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